Lecture dans le discours de Mohamed Abdel Aziz à Néma : Les non-dits sur la révision constitutionnelle envisagée

Aziz inaugure l'usine de lait

Le discours prononcé par le président Mohamed Abdel Aziz, ce mardi 3 mai 2016 à Néma, a abordé divers aspects de la vie nationale. Certaines vérités ont été dites et beaucoup de contre-vérités aussi, selon plusieurs observateurs qui soulignent que contrairement à la déclaration du président de la République «tout n’est pas si rose comme il le prétend ». Parmi les points essentiels qui ont retenu l’attention des analystes, le référendum constitutionnel envisagé et le dialogue politique qui pourrait bien être lancé d’ici trois à quatre semaines avec ou sans l’opposition.

De l’aéroport de Néma où il a débarqué à bord d’un avion de la Mauritania Airlines International (MAI), le président Mohamed Abdel Aziz s’est dirigé directement vers la tribune montée la veille sur l’espace qui tient lieu de stade municipal. Dans son discours qu’il a prononcé à l’occasion, le président Mohamed Abdel Aziz a parlé d’économie, de droits de l’homme, d’agriculture, élevage, santé, éducation, hydraulique. Il a surtout renouvelé ses attaques acerbes contre l’opposition dont il a qualifié le discours de radical et de mensonger. S’adressant à la foule venue en surnombre au meeting, Aziz la lancé «méfiez-vous de ces gens et de leur poison ! ».
Abordant l’aspect économique, Mohamed Abdel Aziz a déclaré que contrairement aux fausses thèses de l’opposition, «le pays se porte bien, trop bien même » et que «la Mauritanie se porte dans le meilleur des mondes possibles » malgré un environnement international difficile.
En ce qui concerne la part de la région du Hodh Charghi dans cette «manne économique », il a évoqué trois grands projets en cours, l’usine de lait, le projet hydraulique «Edh Har » qui devra régler définitivement le problème d’eau potable dans la Wilaya et enfin, le nouvel hôpital de Néma.
Pour ce qui est de l’usine de lait, des problèmes persistent et c’est le cafouillis au sein du ministère de l’Elevage chargé de sa gestion. Jusqu’au jour-J de la visite de Mohamed Abdel Aziz à Néma, la ministre de l’Elevage, Vatma Vall Mint Soueina ne savait même pas encore si le président allait inaugurer l’usine (pas encore entièrement au point) ou se suffire d’une simple visite technique pour constater ce qui a déjà été réalisé. Selon plusieurs témoignages, beaucoup d’improvisation et d’impréparation ont caractérisé la confection de cette usine qui représente l’un des principaux maillons du projet «Progrès-Lait » financé en partie par l’Union européenne et qui concerne la Mauritanie et le Sénégal. Cette usine de lait d’une capacité de 30.000 litres par jour mettra fin, selon Ould Abdel Aziz, à la dépendance de la Mauritanie par rapport à l’extérieur, précisant que la Mauritanie importe chaque année 22 milliards d’UM en produits laitiers et dérivés. «Cet argent sert des éleveurs dans des pays étrangers ». La réalisation de l’usine de lait de Néma selon lui contribuera à lutter contre le chômage et la pauvreté, qu’il offrira des revenus stables aux éleveurs mauritaniens. Ceux-ci cèdent le litre de lait à 210 UM le litre et son payés par chèque chaque mois.
Le mégaprojet d’autosuffisance en eau potable de la région du Hodh Charghi, représenté par le projet «Edh Har», est en état avancé selon les techniciens qui déclarent qu’il profitera non seulement à Néma et ses environs mais aussi aux habitants d’Amourj et de Timbédra. «Avec sa finalisation, c’est l’un des problèmes majeurs du Hodh, la soif permanente pour les hommes et les bêtes, qui sera résolue » affirme Saleck Ould Jiddou, un des plus anciens habitants de la ville.
Quant au nouvel hôpital régional de 150 lits, une des plus grandes réalisations qui fait la fierté de Mohamed Abdel Aziz, son chantier est en arrêt depuis six mois. Le bâtiment commence déjà à s’effriter du fait de l’abandon. Ses maçons et ses ouvriers, dont des nationaux et des étrangers, l’ont déserté faute d’avoir reçu le moindre sou depuis le début des travaux.
A côté de ces trois réalisations, Mohamed Abdel Aziz a aussi évoqué deux autres projets d’importance, une fabrique d’aliment de bétail et une décortiqueuse de riz. Il soulignera dans son intervention que la Mauritanie importe chaque année la valeur de 2,8 milliards d’UM en aliments de bétail et que le pays a assuré son autosuffisance en riz à hauteur de 85%.
S’attaquant à l’opposition, Mohamed Abdel Aziz qualifiera ses adeptes de menteurs et d’affabulateurs, «qui ont échoué lorsqu’ils avaient à diriger le pays et qui ne savent faire qu’aligner des inepties ». Selon Ould Abdel Aziz, le tableau apocalyptique que l’opposition dresse du pays ne serait que le fruit de leur «imagination malade ». S’adressant aux populations massées à ses pieds, il leur dira «écoutez les bonnes informations que je vais vous donner, la situation économique du pays va bien et il n’y a aucun problème ». Et d’ajouter sur sa lancée «le budget de la Mauritanie a toujours été déficitaire par le passé ; en 2015, nous avions un excédent de 19 milliards d’UM grâce à une bonne gouvernance et une gestion rationnelle des ressources publiques ».
Evoquant le cas de la SNIM, Mohamed Abdel Aziz reconnaît «oui, c’est vrai la SNIM a connu des problèmes dus à la conjoncture internationale ; la tonne de fer est passé de 174 dollars US la tonne à moins de 50 dollars, enregistrant une baisse de recettes de 650 millions de dollars à 124 millions de dollars ». Ce déficit enregistré par la SNIM a été résorbé, dira-t-il en substance, «grâce à des politiques saines de gestion économique ». C’est grâce à une lutte rigoureuse contre la gabegie, ajouta-t-il, que «le budget de l’état est passé de 205 milliards en 2007 à 452 milliards d’UM en 2015 ». Plus catégorique, il s’est interrogé, «comment peut-on nous qualifier de gabegiste alors que le fonds des hydrocarbures installé dans un compte à l’étranger est crédité de 30 milliards d’UM ». Selon lui, «l’opposition est déconnectée par rapport à la réalité et ne raconte que des mensonges ». Pour lui, l’opposition serait même antipatriotique et qu’elle saute sur chaque occasion pour salir l’image du pays à l’extérieur. «Ils nous ont accusé d’avoir fait la guerre par procuration, lorsque nous avons attaqué les terroristes » faisant allusion à l’opération conjointe franco-mauritanienne au Mali, notamment dans la forêt de Wagadu et Hassi Sidi au Mali. «Nous n’avions agi que dans l’intérêt de la Mauritanie pour éloigner le mal terroriste de nos frontières », évoquant le refus de l’armée mauritanienne à participer aux deux opérations franco-africaines, Serval puis Barkane. «Parce que nous estimons que cette guerre-là ne nous concernait pas » s’est-il justifié. Mohamed Abdel Aziz a ainsi démenti les informations livrées par l’armée américaine sur un quelconque deal avec Al Qaïda. «Nous n’avons jamais versé un sou à Al Qaïda et nous n’avons libéré le moindre prisonnier parmi les éléments du mouvement en détention dans nos prisons » a-t-il martelé.

Sur le plan politique, Mohamed Abdel Aziz affirme que «la Mauritanie est un pays démocratique qui ne compte le moindre prisonnier d’opinion ni de prisonnier politique, aucun journaliste n’est en prison». Il est revenu sur le débat enflammé sur la Constitution, sans qu’il n’ait évoqué la question du 3ème mandat. Selon lui, le peuple est le seul détenteur de la souveraineté, et le seul à décider s’il doit modifier la constitution ou pas. Selon lui, l’occasion n’est pas encore venue de s’approfondir sur la question, soulignant que «l’opposition mauritanienne actuelle ne constitue pas pour le moment une alternative politique». Il a évoqué la dissolution du Sénat et a déclaré aux Mauritaniens de se préparer pour un référendum constitutionnel dans ce cadre.
Quant au thème sur l’esclavage, les observateurs n’ont noté aucun changement dans le discours de Ould Abdel Aziz sur cette question. «Il s’entête encore à jouer aux négationnistes, accusant les organisations de lutte contre le fléau de profiteurs qui chevauchent ce thème pour leur intérêt personnel, répétant qu’il n’existe aucun esclave en Mauritanie».

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aidara
je suis né le 31 octobre 1960 à Dakar (Sénégal). Je suis titulaire d'un DEUG en économie et d'un diplôme en journalisme de l'Ecole de journalisme de Lille (France). Je suis journaliste depuis plus de vingt ans en Mauritanie, dont douze au Quotidien L'Authentique en Mauritanie.

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