Après Rabat, l’axe Nouakchott-Dakar s’embrouille

AZIZ MACKY

L’axe Rabat-Nouakchott s’est embrouillé depuis quelques années, ponctué d’échanges peu gracieux entre les autorités du Royaume Chérifien et les autorités mauritaniennes, dont le dernier acte est le refus du président Mohamed Abdel Aziz de recevoir deux émissaires du Roi Mohamed VI, si l’on en croit des sources de presse marocaine. Allié fidèle du Maroc, le Sénégal aurait-il choisi d’assombrir les nuages de ces relations avec la Mauritanie ?

 

L’expulsion de milliers de têtes de bétail mauritaniens en transhumance au Sénégal, suite à une décision unilatérale des autorités locales qui a complètement pris de court leurs homologues mauritaniens, marque le début d’un noircissement des nuages dans le ciel des relations sénégalo-mauritaniennes pourtant décrites encore récemment comme exemplaires et historiques. Réponse du berger à la bergère, les autorités mauritaniennes s’apprêtent elles aussi à rendre aux Sénégalais la pièce de leurs monnaies. En effets, le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz préparerait sa riposte, avec le renvoi programmé de plusieurs centaines de pêcheurs sénégalais qui exerçaient jusque-là paisiblement leurs activités en Mauritanie. La décision pourrait être exécutée juste après le Sommet de la Ligue Arabe que Nouakchott abritera du 25 au 26 juillet 2016.
Last but not the least, la réintégration du Maroc et le renvoi de la République arabe sahraoui de l’Union Africaine, soutenue par Dakar et refusée par Nouakchott, marque une autre phase de rupture dans les positions diplomatiques entre les deux pays, qui ont toujours pourtant veillé à la concordance de leurs points de vue sur les questions régionales et internationales.
Aussi, les observateurs cherchent encore à comprendre-la raison d’une telle escalade de la part des autorités sénégalaise, et surtout pourquoi maintenant. Le Maroc frustré par la tenue à Nouakchott d’un Sommet arabe où il s’est auto-exclu a-t-il pensé pouvoir étrangler la Mauritanie en lui créant une tension dans ses frontières Sud ? Les autorités sénégalaises ont-elles voulu exprimer leurs soutiens au Royaume Chérifien dans son bras-de-fer avec la Mauritanie, en lui prouvant l’excellence de leurs relations privilégiées ? Ont-elles voulu répondre aux exactions commises contre leurs concitoyens résidant en situation irrégulière en Mauritanie, prenant au sérieux les informations sur des traitements indécents qui leur auraient été infligés?
Selon un haut responsable qui a préféré garder l’anonymat, «le renvoi par les autorités sénégalaises de plusieurs milliers de têtes de bétail qui étaient en transhumance régulière sur le territoire sénégalais, selon les accords entre les deux pays, est un acte de belligérance ». Selon lui, «les autorités mauritaniennes ont pourtant toujours fermé les yeux sur  les activités subversives menées sur le sol sénégalais par des groupuscules agissant contre le gouvernement de la Mauritanie, sans qu’on ait cherché à nuire aux intérêts du Sénégal ».
Beaucoup de citoyens interrogés regrettent l’escalade naissante entre la Mauritanie et le Sénégal, considérant que cette situation nuit en premier lieu aux populations des deux pays. En effet, les échanges sociaux et économiques pâtiraient de la dégradation des relations entre Nouakchott et Dakar, si l’on évalue le nombre de voyageurs et de marchandises qui transitent par le bac de Rosso et le poste-frontalier de Nouadhibou.
Le renvoi des troupeaux mauritaniens du Sénégal et celui des pêcheurs sénégalais de Mauritanie, pourrait évoluer vers des situations encore plus dramatiques, eu égard au nombre important de Mauritaniens vivant au Sénégal, y étudiant ou s’y rendant pour des soins ou des activités commerciales, sans compter les institutions financières et les entreprises créées par le privé mauritanien au Sénégal. Vice-versa, c’est la vie et la tranquillité de milliers de Sénégalais vivant en Mauritanie qui pourrait être compromise, selon les observateurs.
Quid de l’exploitation commune des réserves de gaz trouvées dans les frontières maritimes communes et que les deux pays devaient gérer d’un commun accord ?  Beaucoup s’inquiètent en effet de cette querelle politique naissante sur la gestion des ouvrages communs et le partage paisible des richesses bipartites.

1 Commentaire

  1. La Mauritanie, le Mali et le Sénégal sont des pays frères et leurs relations doivent, à cet effet, être privilégiées. Les gouvernants de ces trois pays doivent aller dans le sens de cette volonté populaire au risque de ne pas voir les peuples leur emboîter le pas sur des chemins hasardeux.
    L’expérience de 1989 entre le Sénégal et la Mauritanie est loin d’être enviable car certains ennemis des deux pays n’hésiteront pas à entrer dans la valse pour attiser ce qui n’était qu’une légère et passagère incompréhension. Sachons raison garder. Entre frères, il n’y a pas d’incompréhensions insurmontables.
    Diawara Cheikh.

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