Abdallah Sidya Ebnou , un écrivain captivant

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Un très beau texte de Ahmed Mahmoud Mohamed Ahmedou dit Jemal, ancien chef des services des Domaines, de l’Enregistrement et du Timbre de Dakhlet-Nouadhibou, sur l’ouvrage écrit par Abdallah Sidya Ebnou, un ancien administrateur dans lequel ce dernier relate ses quarante ans de service dans l’administration mauritanienne

J’ai lu  avec  intérêt << Quarante ans au service de l’Etat mauritanien (bribes de souvenirs, ça et là)  1960-2000 d’Abdallah Sidya Ebnou. Dans son récit, l’auteur lègue aux générations actuelles et futures son autobiographie, son expérience professionnelle, ses brouilles, ses désaccords, ses échecs et ses succès. Même,  si la narration des faits << n’a pas tourné au règlement de comptes >>, comme le note le professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, l’auteur, il faut l’avouer Abdallah Sidya Ebnou (A.S.E) n’avait pas sa langue dans la poche. Il a été, quelques fois, mordant et sans états d’âmes vis-à-vis des personnages croisés dans sa vie active. Quant au traitement réservé aux protagonistes qu’il a, parfois, délibérément  souhaité anonymes, A.S.E est sorti de ses gonds.

Pas si surprenant, si l’on tient compte que certaines remueurs présentent A.S.E  comme un  administrateur, suffisant,  autoritaire  et aux propos directs et sans fards.

Dans son ouvrage, de bonne plume, d’un style débordant, A.S.E, tassé par le temps, restitue certains faits, sa moisson d’informations  et  << ses souvenirs de fonctionnaire, certes fondés, mais non exempts d’inexactitudes et oublis inhérents à tout document, reconstitué à partir de la seule mémoire d’une  personne >>.  Dixit A.S.E.

Justement, en évoquant ces  <<inexactitudes>>,  nous souhaitons,  à travers ses lignes, en tant que témoin de l’une des étapes abordées par A.S.E, celle de Dakhlet-Nouadhibou, relever une inexactitude, parmi d’autres, dans l’ouvrage et, relativiser certaines informations qui ne rendent pas justice  à l’action de ses prédécesseurs. Ils sont légion. Pour la mémoire, A.S.E  a été précédé à la tête de la circonscription administrative de la Wilaya de Dakhla- Nouadhibou par six commandants de cercles, dix huit gouverneurs, un délégué régional et succédé par un Waly.  Une mine d’informations utile qui pouvait alimenter  et enrichir le récit d’un << anthropologue de l’administration mauritanienne >>.

Cette contribution s’intéresse à un fait précis, relatif à l’attribution de terrains à usage d’habitation, que l’auteur s’est attribué à tort en revendiquant sa <<paternité>>.

A.S.E, profitant d’un lotissement qui venait de s’achever, décida selon ses termes, de procéder à une distribution de terrains à usage d’habitation <<en corrigeant les injustices chroniques dont souffraient les autochtones. >>  Et d’ajouter, que << c’est pour la première fois que ces autochtones bénéficiaient d’attributions de parcelles dans des conditions équitables. >>.

C’est le lieu de rafraichir la mémoire du gouverneur qui a rompu le silence,  pour rappeler, que le premier  développement du plan directeur urbain de la ville de Nouadhibou, fut initié par l’un de ses prédécesseurs. C’était en 1985. A cette date là,  la ville de Nouadhibou était limitée au Nord par le Château d’eau. Le Fort Le Rumeur, actuel camp de la garde nationale, l’aéroport et les infrastructures de l’ASECNA constituaient l’extrémité  Nord- est de la ville.  Toutes les surfaces habitables de la baie du lévrier étaient occupées illégalement par des bidonvilles formés de baraques précaires en tôles ondulées.

Des tentatives de lotir et  de morceler les zones occupées par les baraques eurent lieu sous l’autorité administrative du gouverneur, le regretté commandant Diallo Mohamed, en 1979 et, en 1980,  durant le passage du gouverneur, le regretté Mohamed Ould Boubacar.  La plus part des bénéficiaires des attributions de terrains à cette époque n’ont jamais pu jouir de leur concession provisoire, en raison du fait que ces lotissements n’ont jamais été  intégrés au plan directeur de la ville et déclarés d’utilité publique en Conseil de Ministres. En jargon urbanistique, ces zones n’ont jamais été officiellement bornées. Cela, a crée une situation de litiges inextricables à laquelle aucune solution de compensation n’a été trouvée malgré les opportunités  d’agrandissement urbain de la ville intervenues  et de distributions de terrains effectuées par les gouverneurs qui se sont succédé.

Sur le plan des infrastructures routières, il n’existait que deux voies bitumées : le Boulevard médian et le boulevard maritime. Le mérite  du projet de l’extension de la voirie  de Nouadhibou revient au remarquable administrateur, le regretté Bamba Ould El Yezid, un autre prédécesseur du gouverneur A.S.E. Sous l’autorité administrative du gouverneur Bamba, une route bitumée prolongeant le boulevard médian d’environ 7 km fut  construite en 1984.

 

Au-delà,  du camp de la garde nationale, se situe l’Agueguer,  terrain très accidenté, sablonneux et caillouteux  prisé par les chacals. C’était un véritable no man‘s land  qui finissait à l’embouchure de la zone << Bouchon>> célèbre par sa ceinture de mines explosives, dernière trace de la guerre du Sahara.

Ce sinistre état des lieux est à l’origine de la première et plus grande opération d’aménagement, de lotissement et de recasement des populations qu’a connu la ville de Nouadhibou. Les Quartiers de l’ilot A, ext P1, P2, P3, P4  communément connus sous les patronymes de robinet ou bornes fontaines, 1,2, 3, 4,5 sont crées.

Les autorités administratives d’antan sous la houlette d’un administrateur sage, un homme de Dieu et des lois, Dah Ould Cheikh, avaient procédé au déplacement des habitations précaires au site des zones nouvellement aménagées, tout en respectant les soucis d’équité et de justice sociale. De mémoire de stéphanois, l’opération s’était déroulée en toute  transparence. C’était le premier début d’un réel habitat évolutif de la ville de Nouadhibou.

Cette action de grande envergure fut poursuivie par son successeur  l’administrateur d’obédience souffiste, le regretté Sidi Mohamed Ould Mohamed Lemine disparu au cours de son deuxième séjour à Nouadhibou dans un avion militaire en 1992, en partance pour Zouerate, son nouveau lieu d’affectation. S.M.M.LEMINE continua, en étroite collaboration avec la commune le projet d’agrandissement de la ville et ses infrastructures routières. Au moment  de l’achèvement technique de l’opération de l’extension du lotissement, S.M.M.Lemine quittait son poste sans pouvoir  procéder à une attribution de terrains.

La seconde plus grande opération fut prise en charge par le successeur d’A.S.E, le regretté administrateur civil Abderrahmane Ould Dah. Le Wali Abderrahmane Ould Dah procéda à la désignation d’une commission consultative présidée par le jovial administrateur civil Abellahi Salem Ould Haye, Hakem de la Moughata de Nouadhibou, chargée de proposer une liste de bénéficiaires de terrain dans la zone à habitat évolutif. Une standardisation des adresses fut effectuée grâce à la collaboration d’un bureau d’études de la place financée par la commune qui a permis de regrouper les demandeurs suivant leur type d’activités. Sur la base de 14522 demandes, des quotas ont été codifiés et retenus pour chaque groupe. Une marge de 10 % a été réservée aux règlements des litiges. Aussi, un traitement particulier a été donné à la demande officielle du personnel de la SNIM-SEM omis des distributions antérieures.  Les quotas retenus ont visé l’objectif de 6000 lots disponibles.  Il est à rappeler que la SNIM-SEM avait collaboré à la finalisation du lotissement par le prêt d’un appareil Dystomat et la mise à la disposition d’un technicien qualifié au profit de l’administration pour les besoins de l’opération.

Etant donné que l’administration est une continuité ; que tout successeur peut s’approprier dans l’intérêt public toute action antérieure ;  que toute  activité publique est un acquis qu’il faut préserver et améliorer dans l’intérêt général ; n’est-il pas légitime de se poser des questions sur cette partie du bilan que le Gouverneur A.S.E s’est approprié ?

Est- ce une raison de dénigrer  le mérite  de ses prédécesseurs et ses successeurs ?

Est-ce bien possible pour un administrateur, quelques soient ses compétences et ses moyens, de  réaliser un  tel actif, en un  temps aussi bref (moins de six mois) et de surcroît, s’affrontant à une situation conflictuelle   ?

Le récit invoqué de cette étape, de l’itinéraire riche, de l’administrateur,  comporte quelques << inexactitudes>>. L’opération de distribution de terrains effectuée était entachée d’irrégularité et n’avait pas été exempt des <<pratiques antérieures faisant du domaine public un fonds de commerce et de publicité>> telles  que décriées par le Gouverneur A .S.E .

Malgré cela,   l’administrateur A.S.E, écrivain captivant, de vaste culture, traditionnelle et moderne, a assuré son devoir de restitution, en mettant du sel dans son écrit. Mais il a aussi, par moments, mis du  vinaigre.

Du reste, comme l’a si bien dit l’analyste Mohamed Yehdih Ould Breideleil , en guise de témoignage : << on peut ne pas partager certaines appréciations ou certaines remarques, mais cela n’enlève en rien l’objectivité, en tant que disposition de l’esprit qui enveloppe le texte. >>

Un adage pertinent nous enseigne que chaque page qu’écrit un auteur est une nouvelle leçon dans l’art d’écrire…. Abdallah Sidya Ebnou est un écrivain de grande qualité, désopilant par son humour ravageur. Son ouvrage qui restitue sa mémoire et sa vaste expérience doit donner l’exemple et ouvrir la voie à d’autres, qui ont également tant de choses à raconter.

Quarante ans au service de la Mauritanie, est loin d’être une petite promenade, c’est un long voyage dans l’histoire, en dents de scie, de l’administration mauritanienne, de l’indépendance à nos jours, que tout administrateur doit revisiter….

Rejoignons l’appel du regretté Mohamed Saïd Hamody : Au suivant !

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