Dialogue Pouvoir-Opposition : L’éternelle boîte à Pandore

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Bien plus qu’une démarche salvatrice  qui viserait à décrisper une situation de crise jugée inextricable, le dialogue politique que le pouvoir sort par intermittence depuis plusieurs années se révèle de plus en plus comme un moyen de déstabiliser le FNDU, selon quelques analystes. Alors que des sources évoquent l’imminence d’une large concertation politique, le feu des dissensions semble déjà miner le camp de l’opposition dite radicale.

Il est déjà loin le fameux discours de Néma du 3 mai 2016. Bien entendu, le délai de quatre semaines lancé à cette occasion par le Président Mohamed Abdel Aziz comme ultimatum adressé aux partis politiques, notamment ceux du FNDU, n’a pas tenu sa promesse. Trois mois après cet appel de Néma, aucune date n’est encore retenue pour ce fameux dialogue qui ressemble de pus en plus à un attrape-nigaud, une sorte de boîte à Pandore destinée apparemment à saper la cohésion du camp adverse plus qu’à rechercher des solutions politiques à la crise qui sévit depuis les Accords de Dakar de 2009.
Dans les méandres de ces concertations politiques, transformées de jour en jour en mirages politiques, se dessinent de mystérieuses et obscures toiles d’araignées. Pour la énième fois en effet, le Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, Moulaye Mohamed Laghdaf vient d’ouvrir les enchères du marronnier. En contactant Salah Ould Hanana, président en exercice du FNDU (principal coalition de partis de l’opposition radicale), il avait rouvert les débats pour se retrouver face aux mêmes intransigeances de ses interlocuteurs. «Pas de dialogue conçu et préparé d’une manière unilatérale » vient de répondre Ould Hanana. L’opposition veut s’asseoir avec le pouvoir autour d’une table pour discuter des termes de référence du dialogue envisagé. Elle déclare ne plus accepter de propositiont-maison servie à domicile. Les débats en sont là, alors que la majorité au pouvoir a déjà désigné son équipe, toute sûre que sa main tendue pour le dialogue n’allait souffrir d’aucun préalable.
Certains analystes croient qu’en mettant le FNDU devant le fait accompli et sous l’effet de l’usure, cette dernière allait finalement accepte d’oublier ses exigences antérieures, notamment la réponse écrite à sa plateforme de janvier 2015 et plusieurs autres préalables qui ne seraient plus à l’ordre du jour. Ainsi, le pouvoir compte beaucoup sur les dissensions qu’il ne manquerait pas de provoquer au sein du camp adverse.
Ainsi, la foire aux manœuvres politiciennes semble s’être ouverte, avec d’un côté, un pouvoir qui tente par le ciblage individuel de diviser le FNDU et de l’autre, une opposition qui cherchera sûrement à accentuer la pression sur le régime par le biais de manifs populaires de grande ampleur. L’opposition compte ainsi profiter des erreurs du pouvoir dans sa gestion des affaires, avec cette vague de répressions contre les libertés, la grogne sociale qui monte, pour l’acculer. Dans cette guerre d’usure où tous les coups sont permis, chaque camp essaie de gagner des points. Ces coups de poing politique se prolongent ainsi jusque sur les plateaux de télévision, dans les studios de radios et sur les pages des journaux et des sites Internet..
Dans un débat télévisé récent, Beïtoullah Ould Ahmed Eswad, éminent cadre du parti au pouvoir, l’UPR, soutenait que «le FNDU ne dispose d’aucun agenda pour le dialogue» contrairement au pouvoir qui est fin prêt, rappelant les efforts inlassables du président Mohamed Abdel Aziz en faveur du dialogue et les refus répétés et incompréhensibles de l’opposition dite radicale.
De son côté, le président du parti Tawassoul, Mohamed Jemil Mansour considère que le pouvoir ne fait rien pour installer une ambiance propice à un dialogue national, eu égard à ses dérives sur le plan sécuritaire, la restriction accélérée des champs de libertés, la répression tout azimut contre les défenseurs des droits de l’homme, la dégradation accélérée des conditions de vie des populations, l’ampleur de la corruption et des malversations économiques…
Seulement, le pouvoir n’a pas seulement que le FNDU comme adversaire. Si cette coalition d’opposants accepte le principe du dialogue politique mais avec des conditions, une nouvelle coalition encore plus radicale est née. Celle-là refuse toute main tendue du pouvoir et considère que Mohamed Abdel Aziz n’a qu’à achever son dernier mandat dont la fin est prévue en 2019 et qu’il s’en aille. Ce nouveau front de l’hyper radicalité est constitué du RFD d’Ahmed Ould Daddah et de l’ancien président du CMJD, Ely Ould Mohamed Vall. Les deux hommes qui accumulent à eux seuls un capital de confiance inégalé auprès des partenaires internationaux de la Mauritanie et dont les avis comptent sur la balance de la géopolitique régionale considèrent que la solution aux crises multiformes dont souffre le pays réside dans le départ de Mohamed Abdel Aziz du pouvoir.

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