Pression sur les opposants : quand le pouvoir politique sert d’arme de dissuasion

tawassoul

Jamais, le pouvoir politique n’a été utilisé d’une manière aussi ostentatoire que de nos jours, selon l’avis de plusieurs opposants qui dénoncent les nombreuses dérives du régime. C’est sans doute ce qui a poussé le vice-président du parti Tawassoul, Mohamed Ghoulam Ould Hadj Cheikh, abattu par la démission forcée d’un des députés islamiste, à demander la démission collective de l’ensemble des instances du parti. Si les opposants sont ainsi contraints d’abdiquer pour se sauver d’une faillite par le pouvoir du Prince, que dire alors des acteurs économiques que les lois ne protègent plus ?

Tonitruante fut la démission du député de Tintane, Mohamed Mahmoud Ould Sidi, qui vient de claquer la porte de Tawassoul. Ses camarades évoquent les lourdes pressions exercées sur lui, ainsi que sur tous les autres ténors du parti islamiste. Particulièrement visés par les limiers du fisc qui ne leur laissent aucun répit, contrairement aux autres acteurs économiques rangés sous la bannière du pouvoir, déboutés des marchés publics, les hommes d’affaires et les membres des professions libérales actifs au sein de l’opposition d’une manière générale sont combattus par le moyen de l’arme économique. Les plus vaillants acceptent la faillite de leurs entreprises sans abdiquer, mais la majeure partie préfère se rendre avec armes et bagages pour sauver leurs affaires. C’est ce qui serait arrivé au député islamiste de Tintane, qui militait jusque-là au sein du parti Tawassoul et qui vient de présenter sa démission. «Cette démission n’est pas objectivement motivée » confie un membre influent du parti.
Pourtant, dans sa lettre de démission adressée au président du parti, Mohamed Jemil Mansour, le député démissionnaire qui a été élu deux fois à la tête de la Moughtaa de Tintane pour le compte de Tawassoul, a bien donné ses raisons. Selon lui, sa décision survient après moult tentatives de sa part, d’attirer l’attention du parti sur des dérapages nuisibles à ses intérêts. Mais selon plusieurs observateurs, la démission de Mohamed Mahmoud Ould Sidi, qui est considéré comme l’un des plus puissants bras nourriciers du parti, ne serait dû que par le fort recul du parti Tawassoul au niveau local. Dans une première réaction sur son compte Tweeter, le président du parti, Mohamed Jemil Mansour, s’est dit opposé à une telle démission qui survient au moment où Tawassoul, l’un des plus grands partis de l’opposition démocratique représenté au sein du Parlement, accueillait un millier d’adhérents originaires de l’Est du pays.
Face à cette guerre, jugée par les Islamistes de déloyale, de la part d’un régime qui utilise le pouvoir politique pour régler ses comptes à ses opposants, le cri de rage du vice-président de Tawassoul, Mohamed Ghoulam Ould El Hadj Cheikh. Celui-ci a en effet demandé à tous les députés de Tawassoul, aux militants et aux cadres du parti, à présenter leur démission collective face aux manœuvres d’un régime qui a mis tous les moyens de l’Etat au service de sa guerre contre ses opposants politiques.
Ces manœuvres qui appartiendraient à de vieilles pratiques des «militaires » qui ont pris le pouvoir en Mauritanie depuis près de quatre décennies, ne seraient que le remake de ce qui était des faits usuels sous le régime de Maaouyia Sid’Ahmed Taya. Tous les cadres et fonctionnaires de l’Etat, qui militent au sein de l’opposition seraient ainsi voués à un chômage technique, bannis de toute fonction et réduits à leur salaire net. Ils sont ainsi écartés des nominations et de toutes missions. «Il s’agit pour le pouvoir de les acculer sur le plan économique, et les pousser à rejoindre ses rangs ou mourir dans la misère » commente l’un d’entre eux.
Mais la guerre prend des ampleurs encore plus surréalistes contre tous ceux qui osent dénoncer, même avec vérité, les actes du pouvoir en place. Le cas du président du Patronat, Ould Ezizi serait édifiant sur ce plan. Après avoir tenté de faire pression sur les membres du patronat pour le destituer afin de mettre à sa place un ancien général à la retraite, son accréditation en tant que consul d’Italie en Mauritanie lui fut simplement retirée, par le biais du ministère mauritanien des Affaires étrangères et l’immixtion flagrante du Premier ministre dans cette affaire.
Plus inquiétant est ce qui vient de se passer au Port Autonome de Nouakchott où 18 sociétés de transit, qui exerçaient pour la plupart depuis plus d’une vingtaine d’années, ont été obligées de disparaître, pour faire place nette à quatre nouvelles sociétés dont les propriétaires, selon des sources d’information, appartiendraient au cercle rapproché du pouvoir en place.
La pression n’épargne pas les défenseurs des droits de l’homme, mis au pas ou aux fers, à l’image de la décapitation du mouvement IRA, par l’emprisonnement de l’ensemble de son Bureau Exécutif. Le président Birame Dah Abeid, leader d’IRA, attendu de pieds fermes, selon certaines sources par le pouvoir pour l’envoyer rejoindre ses amis au cachot, n’est pas toujours rentré en Mauritanie, forcé de prolonger son séjour à l’étranger.

 

 

 

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