Le dialogue des bénis-oui-oui !

dialogue

Le Palais des Congrès de Nouakchott a renoué avec son sempiternelle foire à dialogue. C’était jeudi 29 septembre dernier, après un dernier conseil des ministres et un ultime réglage dans les couloirs du palais présidentiel. Ni les forces de l’opposition réunis au sein du FNDU, ni la presse indépendante, n’ont été représentés. Les premiers ont choisi le boycott et les derniers ont été exclus, pour «rébellion» contre l’ordre des bénis-oui-oui.

Un dialogue bien dimensionné, taillé à la mesure du régime de Mohamed Abdel Aziz ! Voilà l’évènement phare qui a drainé plusieurs centaines d’invités au Palais des Congrès de Nouakchott, le jeudi 29 septembre dernier. Et c’est parti pour dix jours de conclave, dans un énième monologue parrainé par le pouvoir et dont seuls les alliés, ou quelques dernières recrues, ont voulu prendre part. Sans l’opposition radicale et surtout, sans la presse indépendante, dont les syndicats les plus représentatifs sont ainsi «punis» pour avoir osé se débattre dans leur dernière agonie. Ils avaient décrété la veille, une journée sans presse papier, pour protester contre l’acharnement du pouvoir à les réduire en silence.
Le décor a été ainsi planté par le président Mohamed Abdel Aziz et son gouvernement, en présence de quelques partis politiques conviés à la kermesse. L’évènement survient dans un pays où la méfiance s’est définitivement installée entre les deux principaux pans de la classe politique, la majorité et son opposition. Le tout au milieu d’un véritable assassinat officiel du peu qu’il restait d’indépendance de la justice et du peu de respect des droits de l’homme, dernier rescapé de la rectification de 2008. Tout autour de ce menu concocté dans les officines du pouvoir, un tas d’invités hétéroclite, une écrasante assemblée d’applaudisseurs, quelques anciens opposants essoufflés par une longue traversée du désert, des partis politiques, dont certains pourtant interdits, mais devenus subitement fréquentables.
L’ouverture du dialogue a été marquée par le discours du président Mohamed Abdel Aziz dans lequel il a réitéré la main tendue du pouvoir pour le dialogue avec tous les partis politiques. Il a annoncé également l’organisation d’un référendum constitutionnel pour garantir l’application des résultats du dialogue.
Bâ Mamadou Soma dit Ballas, président du parti Arc-en-ciel a prononcé pour sa part un discours dans lequel il a plaidé pour la cause de sa communauté, les Négro-africains, objets selon lui d’une discrimination tacite, évoquant la situation désastreuse des populations de la Vallée, notamment les conditions difficiles des rapatriés, le difficile accès de ses populations à leurs biens, et même à leur état-civil.
Un discours qui soulèvera un véritable tollé dans la salle, l’intervenant se voyant de traiter de raciste et sectaire.
Une coalition de partis de la majorité profitera de la mauvaise organisation de la rencontre pour annoncer son retrait des assises, fustigeant l’attitude méprisante avec laquelle ils ont été traités.
A noter que trois dissidents du FNDU se sont ralliés au camp du dialogue. Ils ont été brandis comme un trophée par le pouvoir en place, voyant dans leur participation, l’échec du FNDU. Ces trois personnalités n’occupaient d’ailleurs, selon les observateurs, que des postes mineurs de responsabilité. Il s’agit de l’ancien diplomate Mohamed Vall Ould Bellal, ancien Secrétaire exécutif au sein du FNDU, de Mahfoudh Ould Dadach, ancien ministre et ancien Secrétaire exécutif représentant le pôle des personnalités indépendantes au sein du FNDU, et enfin, Sidi Mohamed Ould Said.
Lors du dialogue de septembre 2015, quelques défections avaient aussi émaillé les rangs du FNDU, sans que la présence de ses transfuges n’ait changé par la suite,  le rapport de forces entre le pouvoir et l’opposition.
Le Chef de file de l’opposition démocratique, Hassan Ould Mohamed,  dit ne pas comprendre «le sens d’un dialogue politique inclusif dans lequel l’opposition est complètement absente ».  Pour Moustapha Ould Beddredine, figure de proue du parti UFP (Union des forces du progrès), l’une des principales forces du FNDU, «ce dialogue va donner davantage à Mohamed Aziz des forces pour mieux détruire le pays et spolier ses richesses ». Il considère que ce conclave qui bat son plein au Palais des Congrès avec plus de cinq cent invités, n’est qu’un «rendez-vous amoureux entre Aziz et ses partisans».

ENCADRE

La feuille de route des dialogueurs
Une feuille de route a été établie autour de quatre axes essentiels autour desquels devront s’engager les débats.
1- Politique et dispositions électorales
Ce point suggère de capitaliser les résultats du dialogue de 2011, boycotté par le FNDU. Il propose également des élections législatives anticipées, la révision des règles de la proportionnelle ainsi que la composition de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Les assises devront également étudier la proposition faite par le Président Aziz lors de sa visite à Néma relative à la création de conseils régionaux et la dissolution du Sénat. Il s’agira également de revoir les textes créant le Chef de file de l’opposition démocratique, de revisiter la loi sur les partis politiques et leur financement, mais aussi de débattre de la décentralisation.

2-Transparence dans la gestion des fonds politiques
Ce dernier point stipule quelques réformes constitutionnelles et propose de revoir le fonctionnement de certaines institutions, comme la création d’un poste de Vice-président de la République, la révision de l’article 26 relatif à l’âge limite d’éligibilité à la magistrature suprême (fixé à 75 ans dans la présente Constitution), la révision des symboles de la nation (drapeau et hymne national), la réforme du Conseil constitutionnel, du Conseil économique et social, du Haut conseil islamique et du Médiateur de la République, la représentativité des régions au sein du Parlement et la question du Sénat.

3-Etat de droit et justice sociale
Les parties prenantes au dialogue ont proposé un débat sur le principe de séparation des pouvoirs, la réforme de la justice, la liberté individuelle et collective, l’administration publique, l’accès aux médias d’État, l’unité nationale et la cohésion sociale, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, la discrimination positive, la lutte contre les séquelles de l’esclavage, le  règlement du Passif humanitaire et l’Etat-civil.
Dans ce point seront aussi abordés, le besoin d’asseoir une armée républicaine, la question de l’emploi, la propriété foncière,  le tarissement des sources de financement et la lutte contre les organisations vivant de propagandes nuisibles au pays. Seront aussi débattus le problème des Mauritaniens vivant à l’étranger, la révision des objectifs et des programmes de l’Agence Tadamoun pour la lutte contre la pauvreté, les séquelles de l’esclavage et l’insertion des réfugiés. Seront aussi discutés, la politique de santé, d’éducation et d’habitat, la politique agricole, environnementale et celle de l’eau, le tourisme, l’artisanat et les mines, la politique étrangère, la citoyenneté et le service militaire obligatoire.

4-Bonne gouvernance
Ce point porte sur le développement économique, la répartition équitable des richesses nationales, la bonne gouvernance dans la gestion des ressources humaines, la révision des accords dans le domaine des pêches et des mines, l’appui au programme EMEL, la révision des grilles salariales, la création d’un observatoire pour la transparence des marchés publics.

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