Révision constitutionnelle : mieux incruster la crise politique

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«Décision unilatérale !» Tel est l’avis de l’opposition par rapport au projet de révision constitutionnelle qui vient d’être adopté par le dernier conseil des ministres, en prélude au référendum populaire prévu en décembre prochain, alors que couve une crise multiforme, nourrie par les dissensions politiques, la grogne des Sénateurs et la colère sociale.

«C’est cela les vrais soubassements du dialogue non inclusif que le régime en place avait convoqué et que l’opposition avait boycotté : faire passer l’agenda unilatéral du pouvoir ! » C’est en ces termes que plusieurs cadres militants du FNDU (opposition radicale boycottiste) ressassent le projet de révision constitutionnelle, adopté lors du dernier conseil des ministres, et qui touchera à la configuration du Parlement, par la suppression du Sénat, la distribution des pouvoirs et le changement du drapeau et de l’hymne national, entre autres.
D’ores et déjà, les constitutionnalistes mettent le gouvernement en garde contre tout forcing qui tomberait dans le déni du droit. En effet, ils trouvent anti-juridique, les visées de l’Exécutif visant à la suppression du Sénat sans l’avis préalable des deux tiers au moins du parlement mauritanien. C’est l’avis du Dr.Mohamed Lemine Ould Dahi, professeur de droit constitutionnel, qui considère comme obligatoire le passage devant les députés et les sénateurs du projet de révision constitutionnel avant tout référendum. Le texte doit, selon lui, être approuvé par les deux tiers du parlement sous peine de nullité. Il considère d’ailleurs que la suppression du Sénat constitue un recul dangereux de la démocratie, estimant que les régimes parlementaires à une chambre sont en général l’apanage des régimes dictatoriaux.
De leur côté, les Sénateurs sont résolus à barrer la route à toute suppression de leur chambre sans l’avis du Parlement. Une commission spéciale chargée de suivre l’évolution de ce dossier a été d’ailleurs mise sur pied, après le passage du ministre de la Défense lors de la conférence de presse d’après-conseil des ministres, au cours de laquelle il a confirmé la volonté du gouvernement à soumettre la révision constitutionnelle au référendum populaire direct.
Par ailleurs, un autre débat divise les Mauritaniens. Il s’agit du drapeau et de l’hymne national dont le changement sera soumis au peuple au cours du référendum envisagé. Alors que certains considèrent que ces deux symboles de la souveraineté nationale doivent rester intacts, d’autres trouvent qu’ils ne reflètent pas les réalités historiques et patriotiques de la Mauritanie.
Certains analystes ont vu derrière la démarche du pouvoir actuel à changer le drapeau et l’hymne national, une volonté tacite de faire table rase du passé, notamment celui de la Mauritanie des Daddah et des Cheikh Sidya. Avec en toile de fond, un règlement de compte d’anciens contentieux tribaux, entre «Gens du Nord » et «Gens du Sud » autour de la colonisation et de sa résistance supposée.
Par delà le débat qui enfle autour de la révision constitutionnelle, se pose pour le FNDU, l’inopportunité d’une telle démarche à l’heure où les dissensions politiques sapent les fondamentaux du consensus national. D’où la contre-offensive qui s’annonce pour déjouer l’unilatéralisme du régime en place dans sa gestion des affaires communes de l’Etat. Ce qui augure d’un approfondissement de la crise politique née des Accords de Dakar en 2009 et l’élargissement du fossé social.
Très éloigné de cette guerre de l’élite autour du pouvoir et de sa dévolution, le petit peuple est tout accaparé à gérer un quotidien de plus en plus difficile, écartelé entre le chômage endémique des jeunes, la précarité de l’emploi et des salaires d’une part, et de l’autre, une vie économique presque à l’arrêt et un coût de vie à la limite de l’insupportable.

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