Crise politique en Gambie : La diplomatie mauritanienne encore indécise

Le président Mohamed Abdel Aziz avait dépêché son ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, auprès du Président gambien, Yaya Djamé, au lendemain de sa défaite aux présidentielles du 1er décembre dernier et son refus de quitter le pouvoir. Depuis, « blackout » officiel sur la position diplomatique de la Mauritanie par rapport à la crise gambienne.

Beaucoup  de zones d’ombre subsistent encore sur la position du gouvernement mauritanien par rapport à la crise politique qui sévit en Gambie, après le refus du président Yaya Djamé de quitter le pouvoir, alors qu’il avait félicité son tombeur après sa défaite à la présidentielle du 1er décembre 2016. Il faut rappeler que Nouakchott avait présenté ses félicitations au nouveau président élu, Adama Barrow, après la proclamation des résultats et les félicitations publiques que lui avaient présentées Yaya Djamé, au milieu de la stupeur mondiale.

Revirement du président sortant
Le revirement du président sortant fut ainsi condamné par tous les pays, sauf la Mauritanie. Interpelé sur la question au cours du point de presse hebdomadaire en marge du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Mohamed Lemine Ould Cheikh, avait déclaré que «la Mauritanie est en train d’évaluer la situation en Gambie», soutenant qu’une position officielle sera prise.
Au lendemain de cette déclaration, le ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Dr.Moulaye Mohamed Laghdaf s’envolait vers Banjul porteur d’un message particulier du président Mohamed Abdel Aziz à Yaya Djamé. Cette visite en solo avait d’autant plus étonné les observateurs, qu’elle intervenait un jour après la visite d’une délégation de la CEDEAO venu convaincre Yaya Djamé de reconnaître sa défaite et de transmettre le pouvoir à son successeur.

Un communiqué empressé de la Présidence gambienne sur cette visite qui « vise à renforcer les liens bilatéraux et cordiaux entre la République Islamique de Gambie et la République Islamique de Mauritanie» viendra ainsi mettre de l’eau au moulin de ceux qui soutenaient que «Mohamed Abdel Aziz, le président mauritanien, s’invite dans la crise gambienne et veut, peut-être, se poser en soutien de Yaya Djamé». Pendant qu’en Mauritanie, la presse locale interpellera la visite de Moulaye Mohamed Laghdaf, comme une tentative de médiation mauritanienne après l’échec de la CEDEAO, la presse sénégalaise titre dans ses UNE «Nouakchott ignore Barrow et adoube Djamé ».

Position incertaine face à la crise gambienne 
Jusque-là, le gouvernement mauritanien n’a pas encore déclaré officiellement sa position par rapport à la crise gambienne, ni lequel de Djamé ou de Barrow reconnait-elle. Certaines sources ont évoqué le refus de Nouakchott d’accorder au président Yaya Djamé l’exil sur son sol, mais cette information n’a été ni confirmée ni infirmée de source officielle mauritanienne.
Certains ont interprété la position mitigée de Nouakchott par rapport au dossier gambien par l’existence d’un tissu d’intérêts de l’Etat mauritanien en Gambie, mais surtout par la présence d’une forte colonie mauritanienne sur son sol.
Aujourd’hui, avec les menaces d’une intervention militaire de la CEDEAO en Gambie, la diplomatie mauritanienne reste encore indécise.

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aidara
je suis né le 31 octobre 1960 à Dakar (Sénégal). Je suis titulaire d'un DEUG en économie et d'un diplôme en journalisme de l'Ecole de journalisme de Lille (France). Je suis journaliste depuis plus de vingt ans en Mauritanie, dont douze au Quotidien L'Authentique en Mauritanie.

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