Interdire les activités d’IRA : une mesure prise en marge du Conseil des ministres !

Ceux qui s’attendaient à ce que l’interdiction relative à toute activité de l’ONG Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) soit publiée sous forme de communiqué sanctionnant le conseil des ministres se trompent. Ce genre de décision ne sort pas sous forme de communiqué. Il est confirmé que le cas de IRA a été bel et bien discuté en marge du Conseil des ministres du jeudi 12 janvier 2017. C’est le Ministre de l’Intérieur qui a été chargé de prendre les dispositions pour interdire toute manifestation ou activité des militants d’IRA le 15 janvier prochain (dimanche), date de retour de Birame Dah Abeid et de Coumba Dado Kane, tous deux absents du pays depuis plusieurs mois. Un mouvement des forces de la police nationale serait même signalé, quittant  Nouakchott pour se rendre à Rosso.

Birame Dah Abeid, président du mouvement IRA  dénonce la décision prise en marge du conseil des ministres de ce jeudi 12 janvier 2017 relative à l’interdiction de toute activité de son mouvement. «Une décision injustifiée et illégale !», a-t-il commenté en substance.

Décision irréfléchie
Birame Dah Abeid considère que cette décision ne sert pas le gouvernement et risque d’aboutir à des résultats autres que ceux qui sont escomptés, parce qu’elle n’est ni légale, ni constitutionnelle, ni juridique. Elle exprime selon lui le degré de cafouillis de l’appareil sécuritaire du pays, mais aussi la faiblesse d’une gouvernance politique par laquelle le régime en place tente de réguler et de gérer les courants d’idées ainsi que la prise de conscience de populations, qui aspirent désormais à la liberté dans tous les domaines, en particulier la liberté syndicale et associative qui leur donne le droit d’adhérer au mouvement de leur choix. Or, souligne Birame, le régime veut faire de cette liberté syndicale et politique une liberté à sens unique, par l’usage de la restriction, de la traîtrise, de la répression, de la torture et de la manipulation de la justice et de la force publique pour mettre un frein aux courants d’idées, à la liberté de pensée et d’adhésion aux mouvements syndicaux, associatifs ou politiques.
Ce sont là malheureusement, selon le président d’IRA, les signes d’une confusion et d’un manque de vision qui prévalent au sommet de l’Etat.

Pas de riposte aux forces de l’ordre
Birame lance un appel aux Mauritaniens qui attendent, selon lui, son retour avec impatience, notamment les militants d’IRA qui ont l’habitude de lui réserver un accueil populaire. Il leur a demandé de ne pas riposter face à la violence des forces de l’ordre. «Nous ne nous défendrons pas, car notre combat est pacifique» a-t-il déclaré. A ces partisans qui décideront de venir à l’accueil à Rosso, il leur demande d’empêcher les infiltrations d’éléments subversifs et d’encadrer les militants d’IRA non avertis, en les prémunissant des provocations tendant à susciter des réactions de violence de leur part.
Le président d’IRA a déclaré à ses partisans que la victoire est proche contre le système esclavagiste et raciste qui cherche à semer la zizanie entre les composantes de la population mauritanienne.
Aux acteurs de la scène politique et de la société civile, il leur a demandé de suivre attentivement les péripéties de son retour et la manière avec laquelle les autorités vont réagir. «Mes premiers pas sur le sol mauritanien sont des pas de paix et de fraternité » a-t-il précisé.

«Je ne suis pas un citoyen ordinaire»
Par rapport à la décision relative à l’interdiction des activités du mouvement IRA tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, Birame soutient que «cette décision sera perçue par plusieurs observateurs, aussi bien au niveau national qu’international, comme un stimulant médiatique qui participera à la réussite de son retour au pays et lui donnera une dimension populaire inattendue. « Tout le contraire de ce que veut le régime « .
Birame déclare avoir reçu des informations selon lesquelles le gouvernement mauritanien cherche à banaliser son retour. «Ils veulent que je revienne au pays comme un citoyen ordinaire » a-t-il souligné avant de demander «mais pourquoi m’évoquent-t-ils en conseil des ministres si j’étais une personne ordinaire ? », ajoutant qu’il est aussi au centre des discussions des plus hautes autorités sécuritaires du pays, lesquelles distillent dans les organes de presse qui leurs sont proches des informations le concernant. «Pourquoi, si le gouvernement me considère comme une personnalité ordinaire, fait-il bouger des bataillons de policiers de Nouakchott vers la ville de Rosso, par laquelle je compte rentrer au pays ? » s’est-il en plus demandé.  Avec une pointe d’ironie : «que ceux qui me prennent pour une personne ordinaire s’abstiennent de s’intéresser à moi » !

La renommée d’IRA
Tout cela, selon Birame, dénote d’une faiblesse politique et d’une incompétence dans la gestion de la chose publique de la part du régime qui semble oublier, dit-il, le penchant humain vers l’interdit. «La chose la plus appréciée est celle qui est interdite » affirme-t-il.
Selon lui «IRA est un mouvement interdit depuis sa création, ce qui lui confère une grande notoriété auprès des médias internationaux, qui considèrent cet interdit comme une fierté. «Dire qu’IRA est interdite est déjà une reconnaissance de son existence » rappelle-t-il. Pour Birame, IRA est la seule organisation interdite en Mauritanie, elle est aussi la plus évoquée et la plus citée dans ce pays. «Personne, dans les quatre coins de la Mauritanie, du plus petit enfant au vieillard, n’ignore que Birame est le président d’IRA » fait-il remarquer. «Demander à n’importe quel Mauritanien de vous citer le nom d’une seule des centaines d’associations reconnues et vivant de la subvention publique ou le nom de son président, il ne le connaît pas» lance-t-il avec défi.

Un partenaire et non un concurrent

Et de rappeler que «tout cela n’est pas nouveau pour nous. Le régime a toujours usé de ses moyens de coercition à notre égard, mais les résultats auxquels il aboutit sont à chaque fois contraires à ceux auxquels il s’attendait».
Selon Birame, Mohamed Abdel Aziz a un problème. Depuis qu’il a accédé au pouvoir, il a toujours été incapable de souffrir la moindre concurrence face à des personnalités en vue et qui réussissent dans tous les domaines. Le défenseur des droits de l’homme de renommée, toujours selon Birame, est perçu par Aziz comme un concurrent. Il commence alors à le cibler et à le combattre dans son domaine d’intervention au lieu de le considérer comme un partenaire indépendant et libre. Cela est arrivé entre Mohamed Abdel Aziz et beaucoup de personnalités, des hommes d’affaires, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes…  «Ce comportement dénote d’un échec notoire dans la gouvernance, mais aussi dans la fonction présidentielle, qui est la plus haute fonction » a-t-il souligné. C’est ce qui a conduit selon lui Mohamed Abdel Aziz à tomber inutilement dans des erreurs ou à se retrouver dans des positions inconfortables qui ont sérieusement entamé sa légitimité depuis le début, et cela s’est beaucoup aggravé par la suite.

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