#Nous voulons une Mauritanie laïque : le hashtag qui enflamme la toile !

Après l’affaire Ould M’Kheïtir, ce jeune ingénieur mauritanien accusé d’apostat et condamné à mort, voilà une autre pomme de discorde qui divise encore plus les Mauritaniens : le hashtag #Nous voulons une Mauritanie_laïque. 

Islam oul Laïcité (Crédit photo : flickr)

A l’extrémisme religieux, alimenté selon l’activiste Mekfoulla Mint Brahim par les revenants d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie, se dressent désormais les tenants d’une Mauritanie laïque, débarrassée de toute charge autocratique. Une polémique qui met aujourd’hui le feu aux poudres dans les réseaux sociaux locaux.

Décidément, la crise sociale et politique en Mauritanie s’inscrit désormais dans l’escalade. Les Mauritaniens semblent aujourd’hui au carrefour d’un destin dont le basculement s’avère tragique. D’un côté, les progressistes à la recherche d’un point d’ancrage pour un Etat débarrassé de tout relent autocratique. Une réaction à la vague envahissante d’un Islam de plus en plus extrémiste et intolérant en Mauritanie, selon certaines thèses.

Plusieurs activistes voient en effet d’un mauvais œil la montée de l’intégrisme religieux, y entrevoyant un programme politique dont les tenants comptent se servir de la rue et de sa naïveté pour implante en Mauritanie un Etat autocratique, inspiré par les thèses des mouvements extrémistes comme Daech et le Front Nousra. «Une idéologie destructrice qui a fait ses preuves en Afghanistan, en Irak et en Syrie, et que des Mauritaniens  fraîchement débarqués de ces zones de tension cherchent à importer chez nous », a récemment déclaré l’activiste des droits de l’Homme, Mekfoulla Mint Brahim, lors d’un débat à la chaîne Al Watanya TV.

Les partisans de la laïcité
Mekfoula Mint Brahim, apostasiée et excommuniée par les mouvements extrémistes, s’en veut particulièrement aux chaines de télévision mauritaniennes qui sont devenues, selon elle, des tribunes exclusives ou se relayent charlatans et tenants de l’extrémisme religieux, ceux qui d’après elle, se sont mués en détaillants de la grâce divine, distribuant ici-bas des places aux Paradis et en Enfer. Mais aussi, tous ceux qui font l’apologie de l’intolérance religieuse pour un public mauritanien en majorité peu averti, et dont la dévotion est à la mesure de son absence de discernement. Le tout, malgré les scandales récents qui, selon elle, ont révélé l’identité réelle des soi-disant «Défenseurs du Prophète», qui se sont avérés être de simples manipulateurs de foules incrédules.

«Ce hashtag, # Nous voulons une Mauritanie_ laïque doit être, selon Mekfoula Mint Brahim, le cri de ralliement de tous ceux qui s’opposent aux trafiquants religieux, ceux qui veulent utiliser la religion à des fins personnelles, partisanes ou mercantiles ». Et de conclure, «en tant que citoyens, nous appelons à l’émergence d’un Etat mauritanien civil. Nous voulons une Mauritanie laïque».
Hanevi Ould Dahah, journaliste, directeur du site «taqadoumi.net» et dissident en exil au Sénégal, s’est lancé dans l’explication pédagogique de ce qu’on entend par laïcité, un terme que le commun des Mauritaniens confond avec l’athéisme. «La laïcité défend le sacré contre toute manipulation de la part des trafiquants du religieux qui l’utilise souvent pour justifier les injustices des tenants du pouvoir » entame-t-il. Selon lui, «la religion est sacrée, contrairement à la politique. Mélanger religion et politique, c’est nuire à l’une comme à l’autre, surtout pour la religion quand elle devient source de manipulation et de business. Perte aussi pour la politique, lorsqu’elle n’est plus capable d’offrir un cadre d’épanouissement et d’innovation, ou qu’elle ne peut plus accompagner l’évolution du monde moderne».

Des positions médianes
Pour l’ancien directeur de la Presse écrite, le journaliste Cheikh Bekaye, «peut-être que nous ne divergerons pas beaucoup avec les tenants du hashtag #Nous voulons une Mauritanie laïque, s’ils apportaient une clarification sur ce qu’ils appellent laïcité».
Pour cet autre journaliste, Mohamed Lemine Mahmoudi «ils s’expriment comme s’ils s’imaginaient en costume cravate avec des yeux blonds et nous parlent de laïcité. Que la Mauritanie existe d’abord comme Etat et après, on discutera de ce qu’elle devra être ».
Ce point de vue rejoint celui d’un autre activiste, Ould Sidya Abdallahi lorsqu’il déclare que cette polémique autour du caractère laïc ou religieux de l’Etat mauritanien le fait marrer. «Où est l’Etat ? Construisez d’abord un Etat, ensuite débattez de ce qu’il doit être »a-t-il ironisé.
Un autre, Hamza Filaly de renchérir, «nous nous soignons, nous jeunons, nous nous marions, nous résidons et nous prenons en exemple le mode de vie de pays laïcs dans lequel nous nous établissons, en Europe et en Amérique dont nous cherchons absolument à acquérir les nationalités, et nous ne voulons pas transposer leur laïcité chez nous ?»

Les tenants de l’Etat autocratique
Pour l’ancien Conseiller à la Présidence de la République, Mohamed Ishaq Al Kunty, citant le président Mohamed Ould Abdel Aziz : «la Mauritanie est une République Islamique et ne sera jamais un Etat laïc». Ces propos, le Chef de l’Etat mauritanien les avait tenus lorsqu’il avait accueilli aux portes du palais présidentiel, emmitouflé d’un turban salafiste, les foules venues en masse après la publication des écrits jugés blasphématoires du jeune Mohamed Ould MKheïtir.
Lui emboîtant le pas, certains soutiennent que les Mauritaniens doivent conserver la nature islamique du pays, d’autant plus que tous les Mauritaniens sont musulmans de rite malékite. Que le débat sur la laïcité ne se pose que dans des pays multireligieux où l’Etat est obligé à la neutralité entre ces citoyens lorsqu’ils sont de diverses confessions religieuses. Les tenants de cette thèse considèrent que le hashtag en vogue ne sert qu’à diviser les Mauritaniens sans compter qu’il viole les dispositions de la Constitution qui reconnaît la nature islamique de la République.
Pour le célèbre journaliste, Mohamed Mahmoud Abou Al Maali, spécialiste des questions terroristes et directeur du Groupe MAPECI qui édite les deux journaux papiers «Nouakchott-Info» et «Akhbar Nouakchott» ainsi que «Radio Nouakchott », «nous avons besoin plus d’un nouveau pacte social que d’une laïcité à réinventer».  Après avoir rappelé la genèse de la laïcité en Europe et le besoin ressenti à l’époque de contrer le pouvoir de l’église, il explique que nous n’avons pas besoin d’une pièce de rechange, alors que nous pratiquons tous, en tant que Mauritanien, la même religion et le même rite, Malékite. Nous devons, dira-t-il en substance, inventer un nouveau pacte social qui nous permettra de vivre en harmonie. Selon lui, «notre problème essentiel est dans la cohabitation et dans la stratification sociale, mais surtout l’application des principes de justice et d’équité ».
Un autre activiste de la toile a contre-attaqué par le hashtag #Mauritanie_Islamique. Il s’agit de Mohamed Néma Oumar, un autre journaliste, directeur de publication du site «Al hourriya». Selon lui, «on ne négocie pas l’identité de notre peuple ni ses racines. L’Islam est devenu depuis l’indépendance de notre pays, un mot accolé à la République. Que les mécontents aillent  boire la mer».
Pour Absel Kader Ould Ahmedou, «notre Constitution stipule que la Mauritanie est une République Islamique. Ce qui est en totale conformité avec l’identité de son peuple musulman. Ce n’est pas un Etat laïc, dans le sens négatif du terme qui prône la séparation entre le religieux et l’exercice du pouvoir politique».

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