Référendum constitutionnel : le gouvernement persiste et signe

Le pouvoir a décidé malgré toutes les déclarations hostiles aux amendements constitutionnels, dont celle de trois anciens chefs d’Etat, d’aller vers le référendum populaire. Le gouvernement vient de le confirmer lors de sa réunion hebdomadaire par le biais du communiqué final pris en conseil des ministres.

Réuni ce jeudi 30 mars 2017, le conseil des ministres a adopté deux projets de loi relatifs à la révision constitutionnelle qui sera proposée à un référendum populaire dont la date n’est pas encore fixée officiellement.
Le premier projet de loi constitutionnel qui sera soumis au référendum porte sur la révision de certains articles de la Constitution du 20 juillet 1991, conformément aux résultats issus du dialogue politique tenus du 29 septembre au 20 octobre 2016 et auquel une partie très importante de l’opposition n’avait pas pris part.

Selon les motifs avancés, ces amendements visent à améliorer les performances des institutions de la République et mettre en place un nouveau cadre de représentativité populaire par le biais de la création de conseils régionaux capable d’améliorer la planification pour un développement intégré des régions.
Il s’agira dans ce cadre de la suppression de plusieurs institutions, tels le Sénat, le Haut Conseil Islamique, la Haute cour de la Fatwa, la Haute Cour de Justice, le Conseil économique et social, entre autres.

Le deuxième projet porte sur la révision de l’article 8 de la Constitution, conformément aux résultats du dialogue politique précité. Il s’agit, selon la lecture des motifs, d’améliorer le drapeau national pour y adjoindre un souffle patriotique. Ce sont les deux fameuses bandes rouges sensées représentées le sang versé par les martyrs tombés durant la résistance à la pénétration coloniale.

Par l’adoption de ces deux projets de loi, le pouvoir signe et persiste dans sa détermination à aller vers un référendum populaire controversé alors que la scène politique connaît de profondes dissensions.
Trois anciens chefs d’Etat, Mohamed Khouna Haïdalla (1981-1984), Ely Ould Mohamed Vall (2005-2007) et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (2007-2008) viennent chacun dans un communiqué de condamner l’entêtement d’un régime qui selon eux «est en train de conduire le pays vers des lendemains incertains ». A ces voix, viennent s’ajouter d’autres lancées par l’opposition radicale réunie sous le Forum national pour le développement et l’unité (FNDU), une partie non négligeable de la société civile et de personnalités indépendantes. Tous s’élèvent contre ce qu’ils appellent «un coup d’état constitutionnel », allusion à l’usage par le pouvoir de l’article 38 de la Constitution après le refus du Parlement d’entériner les amendements constitutionnels qu’il voulait faire passer par la seule procédure valable, celle dictée par l’article 99 de la Constitution.

La confrontation sur le terrain politique pourrait s’exacerber par ce coup de force par lequel le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz compte imposer ses amendements.

Le FNDU a prévu une grande campagne pour faire échouer le référendum, alors que d’autres parlent déjà d’éventuelles risquent qu’une démarche initiative du régime pourrait entraîner.

Certains observateurs croient que de la confrontation qui s’annonce, dépendra en grande partie les enjeux prévus en 2019. Que Mohamed Abdel Aziz réussisse à imposer sa 3ème République, les Mauritaniens devront ainsi s’attendre à une alternance au pouvoir qui sera largement biaisée, par un maintien en l’état d’un système politique qui tient le pays en otage depuis 1978.

Que l’opposition parvienne à déjouer ce plan savamment ourdi, elle pourra espérer enfin obtenir la véritable alternance politique que le peuple mauritanien attend depuis plus de quatre décennies.

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