Grève des transports : Nouakchott paralysée

En Mauritanie, Nouakchott est paralysée depuis lundi 1er mai 2017, date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation du Code de la Route, par une grève généralisée des chauffeurs de taxi. Fumées noirâtres de pneus brûlés et odeurs âcres des grenades de la police donnent à la ville l’élan d’une cité fantôme.

Pneus brûlés près du Virage 18 Dar Naïm

A hauteur du Virage 18 de Dar Naïm, d’énormes volutes de fumées noirâtres obscurcissent le ciel. Ce qui attira des dizaines de curieux, dont de nombreux élèves de l’école privée Al Ghazali mais aussi des collégiens. Armés de gourdins et de barres de fer, des jeunes au visage recouvert par des foulards font la loi. Ils viennent de brûler plusieurs pneus, barrant toute la chaussée et obligeant les automobilistes à emprunter des voies latérales.

Certains taximen immobilisés 

Les taximen qui violent le mot d’ordre de grève, sont immobilisés, les passagers débarqués. Certains se voient tabasser, si leurs vitres ne sont fracassées. Peur au ventre, beaucoup de taxis passent. Vides. Malgré la foule coincée, qui attend depuis des heures, un moyen de se rendre en centre-ville ou au marché.

«Aucun véhicule de transport ne travaillera aujourd’hui » tonna un gros adolescent, torse nu, bras noueux, un gourdin à la main.

«Non au nouveau Code de la Route  ! Non à l’écrasement du peuple ! » vociféra juste à côté de lui, un autre adolescent, les côtes saillants et le visage ruisselant de sueur.

Debout devant  l’épicerie Abdallahi, des groupes discutent. «Il fallait introduire les améliorations dictées par le code de la route progressivement. Mais non ! Paf ! On veut obliger les voitures taxis dont 90% sont des carcasses à se transformer par une baguette magique en rutilances » commenta un homme, boubou blanc et visage disparaissant sous un Hawli noir.

«C’est vrai, acquiesça un quinquagénaire. Cette mesure frappe exclusivement les pauvres qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts ».

Un homme en costume noir de banquier, mallette à la main, s’essuya le visage, puis lança «tout ça, pour renflouer les caisses de l’Etat. Il paraît que le Ministre des Finances, Ould Diay, (baptisé Ministre de la Faim), se frotte déjà les mains, car selon lui, l’application du nouveau code devra renflouer le Trésor public de 10 milliards d’UM !»

Indigné, un homme à l’allure d’un commerçant siffla entre les dents «quel cynisme ! Les citoyens souffrent déjà le martyr, tannés par un excès d’impôts et de taxes ! Nous n’avions pas besoin de tout ça ! » fit-il remarquer en balayant la main sur la foule excitée qui continuait à brûler les pneus.

La fumée surplombe le quartier à Dar Naïm

Brusquement, deux Pick-Up de la Police surgirent du néant. La foule se dispersa dans un vol de moineaux. Arrivés sur place, les agents harnachés comme des extraterrestres, gilet anti-balles au corps et casques vissés sur la tête se mirent à pourchasser les groupes de jeunes, au milieu du fracas assourdissant des grenades lacrymogènes dont l’odeur âcre se mêla à celle plus fétide des pneus en flamme. Deux récalcitrants furent embarqués. Après quelques minutes, les deux Pick-Up se détachèrent de la voie pour se rendre en toute précipitation vers une autre tension signalée un peu plus loin, vers le Virage Badou.

Des heurts dans toute la ville

Pendant toute la journée, des heurts un peu partout, dans les neuf départements de Nouakchott. Les incidents les plus violents sont signalés au Carrefour Madrid.

Si certains trouvent normal de mettre un peu d’ordre dans la circulation routière, se basant sur les chiffres effrayants des accidents de la route qui ont causé plusieurs centaines de morts, rient qu’au cours des dernières années, beaucoup trouvent que les mesures draconiennes prises interviennent dans un contexte difficile pour le commun des Mauritanien. Le bras-de fer risque cependant de pénaliser les citoyens qui n’ont plus de moyens de déplacement, d’autant que les deux camps semblent être intransigeants dans leur position.

Intervenant dans une émission télévisée, le Ministre de l’Équipement et des Transports a déclaré que le gouvernement ne reviendra pas sur l’application de la nouvelle loi, alors que les transporteurs sont déterminés à maintenir leur mot d’ordre de grève jusqu’au retrait du nouveau code.

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