Le Sénat mauritanien : derniers barouds d’honneur !

Héros pour l’opposition républicaine depuis qu’ils ont constitutionnellement mis fin au projet de loi sur les amendements qui prévoyaient entre autres la suppression de leur chambre, renégats et sacs à corruption pour le régime qui les accuse d’être à la solde de puissances étrangères, les Sénateurs frondeurs mauritaniens ont entamé depuis plusieurs mois leurs derniers barouds d’honneur.

Les sénateurs lors d’une visite que leur a rendu le leader abolitionniste Birame Dah Abeid (Photo crédit IRA)

Mise sur pied d’une Commission d’enquête sur les malversations supposées de l’Exécutif, attaques frontales contre l’institution de la Présidence de la République et contre des membres du gouvernement, lettres à l’adresse de la Cour constitutionnelle pour quérir son avis sur l’irrégularité d’une consultation populaire illégale et anticonstitutionnelle et re-lettes à la Commission électorale nationale indépendante pour attirer son attention sur l’irrégularité du processus électoral qu’elle allait superviser.

Et quand tous les moyens légaux de recours se heurtèrent à la surdité de ceux censés faire respecter la législation, les Sénateurs se barricadèrent dans leur Pinacle, dans un geste suicidaire de désespoir.

Pendant près de cinq jours, ils vécurent reclus dans l’hémicycle de la Chambre Haute du Parlement. Ils étaient une dizaine de sénateurs frondeurs environ, dont quelques femmes. Pendant des jours et des nuits, ils résistèrent à la faim, à la soif, au manque de médicament et de sommeil, livrés à l’obscurité et à la morsure des moustiques, entourés par une armada policière qui empêchait tout ravitaillement. L’extrême sacrifice aurait été de s’immoler collectivement dans leur dernier sanctuaire ou de se faire ensevelir sous les décombres de leur antique chambre, le jour où Aziz, conforté par la victoire du « OUI », décidera de raser la vieille bâtisse comme ses partisans le laissent entendre.  Ce suprême sacrifice aurait certainement déclenché la révolution populaire qui allait emporter l’un des derniers régimes militaires qui sévit encore dans la région ouest-africaine. Mais le peuple mauritanien mérite-t-il un tel hara-kiri collectif, lui qui n’a même pas daigné s’émouvoir du sort des Sénateurs en barricade ? Où sont ces foules qui se sont déversés devant le Sénat pour exiger la levée du blocus qui leur était imposé ? Le peuple est-il même conscient de la valeur des symboles pour lesquels les sénateurs étaient prêts à se sacrifier ?

De l’autre côté, des questions se posent. Pourquoi les Sénateurs ne se sont souciés de la légalité constitutionnelle que lorsque la suppression de leur chambre a été décidée ? N’est-ce pas les mêmes sénateurs qui avaient soutenu la fronde de 2008 qui permit la destitution d’un président démocratiquement élu, Sidi Mohamed Cheikh Abdallahi ? N’ont-ils pas été accusés à l’époque d’être à la solde des généraux lorsqu’ils installèrent la crise politique qui entraîna la fragilité du pouvoir civil naissant ? Ne sont-ils pas artisans de ce coup d’Etat du 6 août 2008 qui permit à Mohamed Abdel Aziz de prendre les rênes du pouvoir mauritanien ? Ce dernier n’a-t-il pas lui aussi pris le malin plaisir de choisir justement la date du 6 août 2017 pour les liquider ?  Finalement, entre Aziz et les Sénateurs, ne serait-ce pas un simple règlement de vieux comptes personnels, dont eux-seuls détiennent le secret ?

En définitive, le peuple mauritanien n’est-il pas le dindon d’une farce politique dont le scénario serait tissé depuis les manoirs obscurs du BASEP, lieu où le général Aziz faisait toutes ses intrigues ?

Ce qui est sûr, c’est que les Sénateurs frondeurs sont entrés dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais dans quel sens ? Seule la suite de cette histoire qui s’écrit encore et dont l’encre de l’épilogue ne s’est pas encore desséchée, pourra le dire un jour.

Cheikh Aidara

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