L’après-référendum : faible résistance des «béni non-non », troisième mandat et IIIème Reich

Mohamed Abdel Aziz a réussi son test. Malgré les fraudes massives, le référendum est passé. Finalement, le camp du refus a vite abdiqué, désertant le champ de la bataille contestataire. Un test grandeur nature qui lui vaut d’envisager 2019 avec sérénité. Ce qui peut permettre à Mohamed Lemine Cheikh, porte-parole du gouvernement, de déclarer avec suffisance, lors du point de presse hebdomadaire du jeudi 10 août 2017, que «Mohamed Abdel Aziz n’a pas dit qu’il ne briguera pas un 3ème mandat, ni qu’il quittera le pouvoir en 2019 ou en 2030. Le peuple tient encore à lui !». Ce qui augure d’une IIIème République dont les prémisses se dessinent déjà. Une implacable dictature qui ne compte plus se couvrir de gant. Le IIIème Reich est né, avec l’idéologie en moins.

Les rôles semblent bien partagés entre un  Aziz qui miroite un départ en 2019 et son porte-parole qui dit le contraire. «Un autre président viendra après moi et les problèmes subsisteront» disait-il lors de sa visite à la Fédération mauritanienne de football. Le lendemain, son ministre porte-parole commentant les résultats du conseil des ministres d’interpréter les paroles du maître. «Le président n’a pas dit qu’il renonce au 3ème mandat. Le peuple tient encore à lui », soutiendra-t-il, comme pour freiner le flux d’enthousiasme qui commençait à fleurir sur les réseaux sociaux à l’idée que Mohamed Abdel Aziz allait partir à la fin de son mandat.

Finalement, le référendum constitutionnel n’était qu’un test grandeur nature. D’abord, démontrer qu’on peut torpiller la Constitution sans que le ciel ne tombe sur nos têtes. Ensuite, que l’on peut casser de l’opposant dans les rues, brimer des leaders politiques, traîner des femmes, emprisonner des jeunes, embastiller des sénateurs, mettre une croix sur la démocratie et sur toutes les conventions internationales ratifiés sans s’attirer une quelconque foudre de la part de la communauté internationale.

Enfin, c’est bien possible de passer sur le bien vouloir de toute une nation et de pousser la provocation à son summum en procédant aux pires fraudes qui puissent être imaginées dans un scrutin. Du bourrage des urnes au vote des enfants, de celui des morts à celui des absents, de la mobilisation des tribus et des entités ethniques, de la caporalisation de l’administration publique et de ses fonctionnaires, de la coercition sur le privé et sur la société civile avec forces menaces et pressions, le vote ou le chômage ou les représailles économiques. Peu ont pu résister. Et pour couronner le tout, la certitude d’obtenir le quitus d’une CENI mise au pas et d’une Cour constitutionnelle acquise.

Passer en force en 2019 pour un 3ème mandat n’est finalement plus qu’un jeu d’enfant. En définitive, cela ne dépend que de Mohamed Abdel Aziz. Car, en face, la combativité du camp adverse pour défendre une quelconque cause, semble tellement dérisoire. Les Mauritaniens ne sont pas encore prêts à mourir pour un idéal. Le peuple ? La fraude pourra bien le suppléer. Il est tellement facile qu’une poignée d’électeurs vote pour la majorité et qu’on fasse voter même les diables.

Le règne de la terreur vient ainsi parachever un processus de containment qui ne se pare plus de simagrées. Les opposants à l’installation du IIIème Reich sont tout simplement embastillés. Trois ans pour un jet de chaussures qui a raté de peu le ministre des Finances lors de la campagne référendaire. Arrestations tous azimuts dans plusieurs villes de jeunes manifestants qui ont osé brandir le «Non » lors des meetings. Chasse aux sénateurs réfractaires. Bastonnades de leaders politiques sur la place publique lors de marches de protestations matées avec une violence inouïe. Persécution du Sénateur Ould Ghadde embarqué par la Police politique à vingt-deux heures de son domicile, quelques heures après sa libération à Rosso où il fut empêché de poursuivre un voyage sanitaire à Dakar. Une énième arrestation après un procès politique. Une véritable hargne contre ce parlementaire qui a juré de divulguer des secrets touchant à la fortune du Président Mohamed Abdel Aziz et son entourage.

Que reste-t-il aux opposants mauritaniens ? La résignation ou l’exil ? La capitulation face au fait accompli ? Le sacrifice suprême pour défendre un idéal de plus en plus sulfureux ? Les choix sont ouverts.

Cheikh Aïdara

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