Pour la fête de Tabaski, des chefs de ménage effondrés !

J’ai effectué un petit tour, ce jeudi 31 août 2017, à un jour de la fête de Tabaski, dans les endroits les plus fréquentés ces jours-ci par les Nouakchottois, les marchés aux fripes, les marchés de mouton, mais surtout les banques, là où le drame des chefs de famille est le plus saisissant.

Marché central de Nouakchott (Crédit photo Aidara)

J’ai vu une femme qui était venue faire un retrait. Le caissier lui rend son chèque en lui disant que son compte est vide et que le virement dont elle s’attendait n’a pas eu lieu. Je l’ai vue s’agripper au comptoir, les jambes flageolant, au bord de l’évanouissement. Je l’ai aidée à s’asseoir sur un des fauteuils réservés à la clientèle et lui ai demandé ce qui n’allait pas. «Je n’ai pas eu mon virement. C’était mon seul espoir. Je ne sais pas ce que je vais dire à mes enfants qui attendent leurs habits ». Je ne savais que lui dire, sinon de chercher quelqu’un pour lui prêter le montant nécessaire. «Qui va me prêter de l’argent ces temps-ci ?» s’interrogea-t-elle, les mains sur la tête.

Ailleurs, la désolation était plus grande chez les retraités. Une carrière remplie au service de la Nation et l’oubli dans la vieillesse. Aucun virement d’avance fête ne leur a été accordée comme les fonctionnaires. Et les banques ne consentirent que rarement à délivrer des visas pour certains d’entre eux. Ils erraient, âmes absentes dans les allées des banques. Les yeux perdus dans le vide. «J’ai reçu de vieux retraités au bord des larmes me demandant un visa, alors que j’étais impuissant à le leur accorder » témoigne un banquier.

En ces jours de tension, certaines banques ont même eu leurs lots d’empoignades verbales entre certains clients et des caissiers. Comme ce relent de racisme qui opposa au guichet d’une des banques, un négro-mauritanien, un maure et un hartani. Tout commença lorsque le négro-mauritanien détenteur d’un compte d’épargne se mit à épuiser le chèque guichet en se trompant à trois reprises. La caissière, une hartanya de lancer à son intention : «eh, ne pense pas que le chèque guichet on le fabrique gratuitement. Remplis correctement ton chèque au lieu de nous en faire perdre plusieurs » Et le type de l’apostropher «tais-toi, tu n’es qu’une (mot vulgaire) placée là juste pour nous servir » Ce à quoi, le maure acquiesça, alors que la caissière choisit de ne pas relever l’insulte. Elle se tourna vers un vieux hartani pour le servir. Ce que à quoi le négro-mauritanien s’opposa, déterminé à être servi le premier. «Parce qu’il est hartani comme toi, tu cherches à le libérer avant moi ! » l’apostropha-t-il. Les échanges devenant de plus en plus violents, il fallut ameuter la sécurité.

Au marché de la Capitale, complètement bouclé à la circulation aux quatre axes qui y convergent, des centaines de personnes avaient envahi les avenues, heureux de battre le macadam sans la concurrence des voitures. Des femmes, des enfants, des hommes, sachets bourrés d’habits et de chaussures à la main, repartaient l’air satisfait. «Cette année, on peut faire la fête. Il y en a vraiment pour toutes les bourses. Les prix sont plus abordables » témoigne une femme, traînant deux garçons et une fille à ses basques. Il faut dire que le nombre de vendeurs semble s’être décuplé. De l’immeuble BMCI, plus connu sous le nom Afarco, des étals à perte de vue, sur des centaines de mètres jusqu’au cœur du marché central. Des boubous, des serwals, des chaussures, des chemises, des pantalons, bradés presque à même le sol et sur le macadam. Même les taxis n’ont pas doublé leur prix, comme en de pareilles occasions, où les prix du transport public flambaient au double. C’est comme si tout le monde était conscient de la misère qui a frappé les populations et de la raréfaction des signes monétaires. Faire de la surenchère dans ces conditions n’arrangerait en effet personne.  La raison semble ainsi l’avoir emporté sur la cupidité des années d’opulence que la Mauritanie n’a plus connue depuis 2008.

Mais les vendeurs de mouton ne semblent pas avoir compris la nouvelle donne. Au Marbatt de Haye Saaken, le prix du bétail semble défrayer la chronique. Là, le plus maigrelet mouton se négocie à prix d’or, 35.000 UM. Pour un mouton raisonnable, il faut casquer pas moins de 45.000 UM. Plusieurs pères de famille ont choisi de partir et de revenir le jour de la fête. Le dernier jour où les vendeurs sont obligés de revoir leurs ambitions à la baisse, car passé le Jour-J, leur cargaison risque de leur rester sur les bras, faute de clientèle.

Les plus prévoyants, comme moi, ont choisi quant à eux de commander leur mouton de fête depuis les régions de l’Est, à 25.000 UM, plus 1.000 UM pour le transport.
Bonne fête de Tabaski.

Cheikh Aïdara

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