Ces noms de quartiers mauritaniens qui font sourire

J’ai bien été inspiré par le blogueur ivoirien Benjamin Yobouet et son clin d’œil sur «Ces rues françaises qui nous font rigoler» paru sur Mondoblog. Surtout lorsqu’il nous promène en France, derrière son hilarité, du «Chemin de Lanusse » à la «Rue de la galère » en passant par la «Rue des mauvais garçons » ou encore de la «Rue des pucelles » à Strasbourg à la «Rue pourquoi pas » à Toulon.

Nouakchott; la capitale sortie des sables (RFI)

C’est vrai que si nous visitons nos propres rues ou quartiers, on ne manque pas de nous étrangler de rire, comme il le fait lorsqu’il nous apprend qu’à Abidjan, ce n’est pas moins drôle avec des noms comme «Carrefour gnamôgôdé ou carrefour enfant bâtard.

Je crois que cette  drôlerie populaire, que nos administrateurs guindés ne sont pas parvenus à effacer en dénommant et renommant certaines rues et quartiers, n’épargne aucune ville ou capitale en Afrique, voire ailleurs dans le monde.

C’est dans cet esprit de partage d’hilarité, histoire de nous déstresser comme le dit Benjamin Yobouet que je vais vous promener dans l’univers mauritanien où certaines appellations ne manquent pas aussi de piquants.

Tiens, et si on commençait par le quartier «Netag » à Nouakchott, ce qui veut dire «déterre » par allusion aux cadavres d’animaux qui étaient ensevelis dans ces contrées autrefois jonchées de bidonvilles. Il y a aussi «Ghambar Wej Hou » ou «voile-toi la face » car ce quartier excentré à l’Est de l’ancien aéroport était connu pour ses poussières d’argile fin qui vous saupoudraient le visage.  Et le quartier «Mellah » ou le quartier du sel, une agglomération créée dans les années 90 par la transposition d’anciens habitants de la «Kebatt Marbatt »ou «dépotoir du marché aux bétails» que les autorités avaient déménagé suite à de fortes inondations. C’est le cas de «Tarhil», ce nouveau quartier de déménagement, somme de toutes les «Kebat » ou «dépotoirs » de Nouakchott, celui des anciens bidonvilles et des squats. Il y a aussi le quartier du «Summun de la beauté » ou «Tevragh-Zeina », le quartier des riches.

Mais à Nouakchott, beaucoup de rues portent des noms populaires de personnalités politiques, d’artistes, et même de fous ou de régulateurs autoproclamés de la circulation routière. C’est ainsi que nous avons la «Rue Birame», du nom du leader antiesclavagiste, président du mouvement IRA, la «Rue Messaoud » du nom d’un autre ténor de la lutte contre l’esclavage, président du parti APP, la «Rue Dimi », cette grande cantatrice disparue en juin 2011 au Maroc, ou encore le «Carrefour Yéro Sarr», du nom d’un ancien gendarme dont la maison jouxte le carrefour (Yéro Sarr) et et le «Carrefour Bakar», un excentriques personnage que certains considèrent comme fous  (Bakar, ancien policier) car sans salaires, il passe son temps à réguler la circulation au moment des grands embouteillages pour le plus grand plaisir des automobilistes

La plupart des départements et quartiers porte également des noms de villes ou de personnalités étrangères, surtout arabes. C’est ainsi que nous nous promèneront de Riadh, capitale de l’Arabie Saoudite (certains soutiennent que le nom est tiré des cimetières qui s’y trouvent) à Dubaï (Emirats), en passant par Arafat (du nom de l’ancien président palestinien) à Pikine (Pékin capitale de la Chine), Fallouja, Kouva  et Basra (villes irakiennes) baptisés ainsi suite à la guerre du Golfe. Nous avons aussi Dar-el Baidha (Maison blanche) allusion à la ville marocaine Casablanca et les Médinas.

D’autres noms sont plus symboliques comme «Le Ksar » ou «le campement » le premier et plus vieux quartier de Nouakchott où se trouvait la caserne de la garde coloniale surveillant l’ancienne «Route Impériale » qui reliait Saint-Louis du Sénégal et Tanger au Maroc, seule ligne de trafic routier qu’il fallait protéger des rezzous.

Il y a aussi «El Heit » ou «Le Mur » à Zouerate, région au Nord du pays, qui servait à délimiter le quartier des français et celui des indigènes. Zouerate a aussi ses noms pittoresques comme «Bakar Ma Sala » où «parti sans prier » qui indiquait l’heure avant l’aube à laquelle les travailleurs de la Miferma (ancêtre de la Société industrielle et minière) devaient se lever pour ne pas arriver en retard au travail. Il y a aussi «Bel we Ejhar» ou «mouille et creuse », un quartier d’Atar où pour percer le sol, il faut d’abord le mouiller tellement il est rocailleux.

C’est surtout à Atar, ville militaire par excellence avec son Ecole interarmes pour la formation des officiers de l’armée mauritanienne, où les noms les plus «fransmaurisés »,(mots français à la sauce maure) sont les plus répandus, comme le quartier «Kanawal » ou «camp de Noël », ou encore «Eghnemrit » ou «camp américain », par allusion aux garnisons françaises et américaines qui y avaient séjourné durant la colonisation mais aussi durant les deux grandes guerres pour recruter des chaires à canon.

En rapport toujours avec les Français, un quartier très ancien à Nouadhibou (ancien Port-Etienne) porte un nom croustillant, «Krâa Nasrani » ou «le pied du Nazaréen » nom donné aussi aux Français. Des tas d’histoire circulent sur cette appellation, entre autres que le pied d’un français coupé y a été découvert ou enterré.

Pays de savoir avec ses anciennes villes historiques, la Mauritanie a aussi sa rue des «40 savants ». Elle se trouve à Ouadane, ville historique datant du  7ème siècle.

Cheikh Aidara

 

3 Commentaires

  1. Je suis flatté que mon billet vous a inspiré ce billet. Merci bien et surtout de nous avoir fait promener dans les rues mauritaniennes. On apprend plein de choses. Tiens, la rue «Ghambar Wej Hou » ou «voile-toi la face m’a arraché un sourire en coin parce que les poussières d’argile fin qui saupoudraient le visage m’a fait pensé aussi au carrefour « potôr pôtôr » ou « la boue » à Abidjan. Bien à vous cher Doyen !

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