De retour de Dubaï, Messaoud Ould Boulkheir reçu avec tous les honneurs en Mauritanie

L’ancien plus grand opposant politique en Mauritanie, ténor de la lutte antiesclavagiste des années 90, devenu un des proches du pouvoir, a été reçu mercredi 13 septembre 2017  avec tous les honneurs, après une opération réussie à l’hôpital militaire américain de Dubaï (Emirats Arabes Unis).

Messaoud Ould Boulkheïr (turban blanc) lors de son arrivée à l’aéroport de Nouakchott -Crédit photo Aïdara

Jet privé, salon d’honneur, voiture de fonction type ministérielle, accueil populaire et défilé motorisé ouvert par la gendarmerie. Messaoud Ould Boulkheir, président du parti Alliance Populaire Progressiste (APP) et président du Conseil Economique et Social, l’un des anciens ténors de l’opposition pure et dure, rangé depuis quelques années dans l’opposition dite dialoguiste et proche du président Mohamed Abdel Aziz, a été accueilli à son retour en Mauritanie avec panache. C’était mercredi 13 septembre 2017 après plus d’un mois de soins intensifs à Dubaï.

C’est en effet un Messaoud Ould Boulkheir affaibli, soutenu par quelques proches, qui a été accueilli à la porte du pavillon présidentiel à l’aéroport international de Nouakchott par une extraordinaire foule. Chefs de partis politiques, syndicalistes, citoyen lambda de toutes les communautés ont fait le pied de grue depuis les premières lueurs du mercredi 13 septembre dernier pour accueillir l’une des personnalités les plus emblématiques de la scène politique nationale.

Messaoud Ould Boulkheïr qui s’était rendu à Dubaï pour des soins intensifs est arrivé à bord d’un Jet privé. Le salon d’honneur lui a été ouvert.

Dans la cour attenante au Pavillon d’honneur, des dizaines de personnes, femmes, hommes, enfants se bousculaient sous l’œil vigilant de quelques gendarmes en faction. Plusieurs chefs de partis politiques étaient venus à l’accueil, à l’image de Mohamed Ould Maouloud de l’UFPMohamed Borboss et sa tendance du parti Mostaghbal que lui dispute encore l’aile fidèle à Samory Ould BeyeSamba Tham des FPC et Balas d’Arc-en-ciel étaient également au rendez-vous. Plusieurs figures de la société civile étaient aussi présentes avec force, comme la présidente de l’ONG ASPOMSeyide Mint Yenge, mais aussi l’ancien maire de Zouerate Yacoub Saloum Vall ou encore Brahim Bilal Ramadan, président de la Fondation Sahel. Il y avait plusieurs militants du parti APP, dont certaines  têtes pensantes comme Corréra IssaghaSghaïr Ould Atigh ou encore Bilal Ould Bidjel.

L’évènement étant de portée nationale, car concernant l’un des plus grands acteurs de la scène politique, toute la presse nationale avait afflué à l’aéroport. Cueilli à sa descente d’avion, Messaoud Ould Boulkheïr a fait une brève déclaration, dans laquelle il a remercié les autorités émiraties pour le traitement généreux qu’elles lui ont accordé. Certains parlent de gros cadeaux que la famille émirale lui aurait accordés. Il a surtout fustigé la Chine et l’Inde qu’il a maudit, pour leur soutien aux autorités birmanes, accusées de procéder à un génocide sur la minorité musulmane des Rohinguas

C’est surtout la présence de plusieurs femmes, jeunes filles et enfants qui avaient donné le coloris à cet accueil chaleureux. Après quelques minutes d’attente qui parurent des éternités pour ses fans, Messaoud Ould Boulkheïr apparaîtra enfin sur le perron du salon d’honneur, la tête perdue sous un énorme turban blanc. Il a fallu toute l’énergie des gendarmes en faction aidés de quelques militants pour que la foule ne bouscule un Messaoud affaibli et incapable de mouvoir seul. Une voiture de fonction était à son attente.

Puis, à son sillage un formidable défilé de plusieurs dizaines de véhicules qui prirent la direction du centre-ville, sous les sirènes de la gendarmerie nationale.

Ce retour du leader emblématique de la cause esclavagiste en Mauritanie, bête noire de l’ancien régime sous Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qui avait interdit en 2000 son parti, Action pour le Changement (AC), le remet au centre d’une lutte acharnée autour du pouvoirQue de chemin n’a-t-il parcouru depuis cet anathème qui le jeta dans les bras des nationalistes arabes, les Nasséristes, qui le hissèrent à la présidence de leur parti, APP. Depuis, le vieux baroudeur de la couche Haratine, la frange la plus oppressée en Mauritanie, a bien su s’assagir au contact de la real politik. Sa rupture avec l’opposition radicale est née d’une longue inimitié avec Ahmed Daddah, président du RFD et candidat malheureux aux élections de 2006, qui ne pardonna jamais à Messaoud sa «trahison ». Messaouad avait en effet bien négocié son revirement au second tour de cette présidentielle où plutôt que le candidat de l’opposition, il préféra négocier avec les militaires pour soutenir la candidature de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ce qui le mettra au cœur du pouvoir après la victoire de ce dernier aux présidentielles de 2006. Bien après le coup d’Etat qui porta en 2008 l’actuel Chef de l’Etat, Mohamed Abdel AzizMessaoud a su bien conserver cette proximité avec le pouvoir qui le portera d’abord à la tête de l’Assemblée Nationale avec seulement six députés de son camp. Son rapprochement avec Ould Abdel Aziz fera dire à ses détracteurs qu’il a vendu ses positions traditionnelles pour des postes juteux.

Son retour, après plus d’un mois d’absence, intervient ainsi dans un contexte politique marqué par une véritable chasse aux sorcières menées par le pouvoir contre des sénateurs, dont la chambre a été dissoute par référendum en août dernier, mais aussi contre des journalistes, des syndicalistes et des hommes d’affaires, notamment le milliardaire mauritanien exilé au MarocMohamed Bouamatou, accusé de financer une fronde intérieure. Les partisans de Messaoud Ould Boulkheir croient que son retour permettra peut-être d’apaiser la tension politique qui a atteint son paroxysme, en ramenant Mohamed Abdel Aziz, qui l’écoute souvent, à de meilleurs sentiments.

Cheikh Aidara

REPORTAGE PHOTOS


La foule devant le Pavillon présidentiel -Crédit photo Aidara

Au milieu en costume Mohamed Yarg et à ses côtés en boubou blanc Mohamed Borboss, tous les deux anciens ministres de la Jeunesse et des Sports pour le compte du parti APP. Les autres sont des militants APP – Crédit Photo Aîdara

Brahim Bilal Ramadhan (boubou blanc) président de la Fondation Sahel et dissident du mouvement IRA qui lutte contre l’esclavage accompagné de ses collaborateurs -Crédit Photo Aîdara

Des militants de l’APP devant une de leurs banderoles -Crédit photo Aïdara


Foule de partisans, surtout des femmes et des jeunes filles venues à l’accueil -Crédit photo Aïdara

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