Les journalistes ouest-africains édifiés sur les engagements nationaux en faveur de la Planification familiale

Bamako a abrité lundi 18 septembre 2017, l’ouverture d’une session de remise à niveau et d’information à l’intention des journalistes spécialistes des questions de santé de la reproduction et de planification familiale issus des 9 pays du Partenariat de Ouagadougou.

Table officielle : de gauche à droite, Rodriguez NGouana, Cheikh Touré, Fatimata Sy, Marie Bâ et Moctar Diallo (Crédit photo Aïdara)

Pendant trois jours, du 18 au 20 septembre 2017, plus d’une dizaine de journalistes issus des pays membres du Partenariat de Ouagadougou devront suivre une session de remise à niveau, d’échanges et de débats sur l’évolution de la Planification Familiale (PF) en Afrique de l’Ouest.

La séance de lancement de cet important atelier a eu lieu lundi dernier à l’hôtel Radisson Blu de Bamako, en présence de la Directrice Exécutive de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO), Mme Fatimata Sy et ses collaborateurs, en plus du Dr.Cheikh Touré, Directeur d’Intrahealth Mali et du Dr.Moctar Diallo, Directeur du «Civil Society For Familiy Planing » ou CS4FP.

Quid des engagements des Etats

A quelques encablures de la rencontre annuelle des pays du Partenariat de Ouagdougou, prévue en décembre 2017 à Lomé (Togo), les journalistes participants à la rencontre de Bamako ont été largement édifiés sur le rôle crucial qu’ils devront jouer dans la phase actuelle d’accélération. Celle-ci succède à la Première phase, «l’urgence d’agir » pour la période 2011-2016 qui avait tablé sur 1 million d’utilisatrices supplémentaires. Le résultat étant largement satisfaisant, avec 1,2 millions de nouvelles adhérentes, la Phase d’accélération lancée en 2016 cherche à assurer davantage l’atteinte des objectifs fixés à l’horizon 2020 (initiative FP 2020), soit 2,2 millions d’utilisatrices supplémentaires. Or, la lenteur constatée sur ce plan au niveau des Etats membres du Partenariat de Ouagadougou, fait douter de la capacité de ces pays à atteindre leurs objectifs sans des efforts supplémentaires tant au niveau de l’amélioration des taux d’accès aux services de la planification familiale que sur celui de la satisfaction des besoins non satisfaits.

Il s’agira d’accompagner les pays membres à revoir leurs Plans d’action nationaux budgétisés (PANB) pour en faire des plans de deuxième génération capables d’assurer l’accélération de la mise en œuvre de leur politique de planning familial.

C’est dans ce cadre que les pays du Partenariat ont renouvelé en août dernier à Londres devant la communauté internationale, leurs engagements à réaliser leurs objectifs respectifs dans l’atteinte du nombre d’utilisatrices supplémentaires qu’ils se sont fixés. Ils devront à ce titre redoubler leurs efforts tant sur le plan politique, financier que programmatique. Le rôle des journalistes consistera, sur la base d’une production soutenue et de qualité,  à rappeler à leurs gouvernants les engagements qu’ils ont pris, et de parvenir avec le concours de la société civile et des autres acteurs à faire bouger les lignes.

A rappeler qu’en 2015 au cours de la réunion des ministres de la Santé des pays du Partenariat de Ouagadougou, les 9 pays membres (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Sénégal et Togo) s’étaient engagés entre autres, à créer la demande en services PF, à adopter une approche multisectorielle dans leurs démarches, à assurer la sécurisation des produits contraceptifs, à mettre en œuvre des initiatives hautement porteuses et  à aligner leur vision politique sur l’agenda du PF 2020, notamment en adoptant une loi sur la santé de la reproduction, en rehaussant la part de leur budget national réservée à la PF et en élaborant de bonnes programmations.

Accélérer la planification familiale

Rodriguez NGouana, Chargé des Relations avec les Pays au sein de l’UCPO a présenté une communication exhaustive, qui a porté sur les enjeux, les objectifs et les perspectives de la Phase d’accélération 2016-2020 de la PF, mais aussi sur la situation de chaque pays membre du Partenariat. Alors que la zone Afrique de l’Ouest affiche un taux de prévalence contraceptif (TPC) de 11% avec des besoins non satisfaits de 29%, il fait remarquer que dans les pays développés, 57% des femmes utilisent la contraception contre seulement 18% de besoins non satisfaits.

Par ailleurs, M.NGouana fait remarquer que les résultats restent disparates entre les pays membres du Partenariat de Ouagadougou avec des pays qui font des progrès comme le Sénégal qui a fait un bond de 8 points en trois ans, la Mauritanie et le Niger qui ont enregistrés aussi des résultats incitatifs, et d’autres pays qui accusent des retards. Selon lui, en sus de son rôle fédérateur, catalyseur, émulateur et mobilisateur grâce au réseautage des acteurs clés (journalistes et société civile) en plateformes d’échanges et de plaidoyers, le Partenariat de Ouagadougou s’efforce surtout de développer le relèvement de l’ancrage institutionnel de la planification familiale, d’accélérer les objectifs fixés par les États, d’accroître l’investissement et le nombre d’utilisatrices, tout en veillant au maintien du momentum de 2011 et au développement de plans d’action ambitieux avec de bonnes perspectives.

«Avec 84% des accouchements dans les centres de santé, il est inconcevable que seules 16% de femmes partent avec une méthode contraceptive » regrette-t-il. Pourtant, note-t-il, les financements par les partenaires techniques et financiers de la Planification Familiale en Afrique de l’Ouest, sont passés entre 2011 et 2015, de 80 millions à 100 millions de dollars U.S, avec 18% d’augmentation rien qu’entre 2014 et 2016. Selon lui, les pays du Partenariat de Ouagadougou doivent également augmenter leur part du budget réservé au planning familial, soulignant que leur engagement à accorder 15% de leurs budgets nationaux à la santé, reste déjà un vœu pieux.

Pour Rordriguez Ngouana, si les tendances actuelles se poursuivent, l’objectif de 2,2 millions d’utilisatrices supplémentaires en 2020 risque de ne pas être atteint. Ainsi, la Côte d’Ivoire a promis 441.000 nouvelles utilisatrices d’ici 2020, le Burkina Faso 389.000, le Niger 304.000, le Mali 269.000, le Bénin 227.000, le Sénégal 217.000, la Guinée 188.000, le Togo 141.000 et la Mauritanie 39.000.
Il fait remarquer que durant la Première phase 2011-2015, tous les pays du Partenariat, hormis le Burkina Faso, n’avaient pas atteint les objectifs attendus, comme la Mauritanie qui avait promis 7.847 utilisatrices supplémentaires et qui n’a réalisé que 5.657. Si la tendance se maintient, trouve-t-il, les gap risquent d’être importants entre les résultats attendus et ceux qui seront réalisés, précisant que certains gap peuvent aller jusqu’à un chiffre de 50.000 comme dans le cas de la Côte d’Ivoire, fait-il remarquer.

L’impondérable retrait des fonds américains

Brossé par Rodriguez NGouana lors de sa présentation, le financement de la PF sera davantage approfondi par Marie Bâ de l’UCPO, qui a évoqué le risque d’une diminution de l’enveloppe destinée à ce volet à cause de la politique du président américain Donald Trump. «Ce n’est pas un phénomène nouveau, car cette politique, nous l’avons vécu souvent avec les Républicains, sans que nous nous écroulions » a-t-elle fait remarquer. Il s’agit tout de même d’un des plus grands bailleurs, car l’USAID contribue à hauteur de 46 millions de dollars. La perte des fonds américains, qui pourrait être décidée par la nouvelle administration américaine, pourrait cependant, selon Marie Bâ, être compensée par l’apport d’autres initiatives privées, comme «She Decides » qui est parvenu à mobiliser 400 millions de dollars en 2016. L’UNFPA participe à hauteur de 22 millions de dollars et Gates de 25 millions.

Une partie de l’assistance (Photo Aïdara)

Elle a évoqué d’autres partenaires qui accordent d’importantes enveloppes au niveau mondial comme le Canada avec 650 millions de dollars, mais aussi Global Gag Rule depuis 2017, mais aussi le Challenge Initiative, le projet SWEDD qui regroupe 6 pays d’Afrique de l’Ouest, le Gate’s Arc qui couvre les 9 pays du Partenariat de Ouagadougou, Hewlett’s, CS4FP et Dutch d’Intrahealth, etc.

Elle a notamment parlé de sources additionnelles et d’un financement qui est passé de 80 millions à 126 millions de dollars entre 2012 et 2016, avec 17 millions amenés par deux nouveaux bailleurs, qui sont venus s’ajouter aux  bailleurs traditionnels du Partenariat de Ouagadougou et qui eux, ont maintenu leur apport à 109 millions de dollars.

Selon Marie Bâ, «nous avons surtout besoin de nouveaux Plans d’action nationaux budgétisés », soulignant que le problème du financement se situe surtout au niveau des besoins non satisfaits encore sous-financés par rapport à un sur-financement de l’accès aux services de PF. «Le Planning familial demeure malgré tout un domaine prioritaire pour les bailleurs.» fera-t-elle remarquer. Elle a seulement regretté la distribution non équitable des financements entre les pays du Partenariat de Ouagadougou, certains recevant bien plus que d’autres, comme la Mauritanie qui ne reçoit que 2,2 millions de dollars comparée par exemple à une Côte d’ivoire qui reçoit 24 millions de dollars ou le Sénégal 25 millions de dollars. Selon elle, «le niveau de contribution des pays pourrait constituer un déterminant majeur dans la contribution  des bailleurs.»  Elle s’est surtout inquiétée de la diminution constatée dans l’achat des produits contraceptifs.

Sur le plan des efforts budgétaires nationaux, les gouvernants des pays d’Afrique de l’Ouest ont aussi besoin d’être bousculés. Ainsi, le Burkina Faso a promis d’injecter 500 millions de francs Cfa dans la PF, le Sénégal 300 millions, le Mali 200 millions, là où la Mauritanie n’accorde à ce volet que 15 millions de francs Cfa de son budget. Mais la Mauritanie reçoit également le moins de financement extérieur pour l’appui à ses politiques de PF, environ 2,2 millions de dollars, alors que certains pays reçoivent jusqu’à 24 millions de dollars.

Jeunesse, société civile et fistules obstréticales

Les participants ont également suivi d’autres présentations, notamment une communication sur «Ados et Jeunes : a-t-on repensé les approches et les stratégies ? Pour quels résultats ?» présentée par Dr.Moctar Diallo, Directeur CS4FP dont le but est de renforcer l’engagement de la société civile dans le repositionnement de la PF en Afrique de l’Ouest. Il déclare que son institution travaille beaucoup avec les jeunes scolarisés et déscolarisés, avec  un accent sur l’Éducation complète à la sexualité qui se heurte encore à des barrières socioculturelles. Certains espaces de dialogue commencent ainsi à émerger,  selon lui, comme les Synergie-Call ou encore les Think Thank Jeunes, avec des résultats satisfaisants sur le plan de la coordination sous-régionale.

Vue partielle de l’assistance (Photo Aïdara)

Parlant au nom de la Coalition régionale de la société civile qu’il préside, Mamoutou Diabaté de nationalité malienne, est revenu sur l’historique du Partenariat de Ouagadougou qui a vu le jour en février 2011 dans la capitale burkinabé. C’est en septembre de la même année à Saly-Portudal dans le département de Mbour (Sénégal), que la société civile verra, dira-t-il, ses préoccupations inscrites dans les Plans d’action nationaux budgétisés des pays membres. Des points focaux vont être créés dans les différents pays après la mise en place d’un bureau de coordination dont le but est d’accompagner les différentes coalitions nationales de la société civile.

Ensuite, Aoua Guindo, patronne de la Direction nationale de la Santé et Santé de la Reproduction du Mali a fait une présentation de la PF dans son pays. Un diagnostic qui recoupe en gros celui des autres pays du Partenariat de Ouagadougou, avec les mêmes problèmes, les mêmes défis et opportunités.

La dernière communication, présentée par le Dr.Demba Traoré d’Intrahealth-Mali, a porté sur la fistule obstétricale, un fléau qui touche plus de 2 millions de femmes dans le monde, selon lui. La fistule est provoquée, fera-t-il remarquer, par un accouchement difficile lié souvent à un mariage précoce, soulignant qu’il existe aussi des fistules nées de faute professionnelle ou de négligence médicale. Ces derniers cas, sources  actuelle de vives préoccupations dans le milieu médical, représentent entre 8 et 12% des cas de fistules enregistrés, a-t-il souligné. En plus de l’âge précoce au mariage, la fistule serait due aussi selon lui, à l’analphabétisme, l’excision, la pauvreté, l’inaccessibilité géographique et la discrimination sexuelle. «Quelques 894 fistules ont été réparées depuis 2014 au Mali » a-t-il témoigné. Un documentaire racontant le calvaire de quelques fistuleuses guéries est venue verser un brin d’émotion dans la salle et clore une journée bien remplie.

Cheikh Aïdara
Envoyé Spécial à Bamako

Qu’est-ce-que Intrahealth ?

IntraHealth, est une ONG américaine qui a pour but l’amélioration de la qualité des soins de santé. Elle a été fondée en 1979 sous le nom Intrah. Elle a une réputation internationale pour ses innovations dans l’amélioration de la performance et des activités de formation dans des domaines tels que le planning familial, la santé de la reproduction et la santé maternelle et infantile. Le bureau régional d’IntraHealth, Afrique de l’Ouest et Central se trouve à Dakar.

 

Au sujet du CS4FP

CS4FP ou Projet de renforcement de l’engagement de la Société Civile pour la planification familiale en Afrique de l’Ouest, mis en œuvre par IntraHealth international,  a pour but de contribuer à l’atteinte du dividende démographique dans les neuf pays du Partenariat de Ouagadougou à travers le renforcement des capacités de plaidoyer et d’action des coalitions d’OSC, des jeunes et des leaders religieux ; et l’amélioration de l’accès des jeunes et adolescents aux programmes de santé de la reproduction y compris la prévention du VIH/SIDA.

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