Plus de signal pour les télés privées en Mauritanie

Passé le délai d’une semaine qu’elle avait donné aux chaines de télévision et aux radios privées pour payer leurs redevances impayées, la Télédiffusion de Mauritanie (TDM) qui contrôle le signal pour l’audiovisuel a décidé de couper les robinets. Résultats, tous les écrans de télévisions privées ont perdu le signal de diffusion, ce mardi 24 octobre 2017, et seule une barre arc-en-ciel accueille les téléspectateurs.

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C’est l’écran qui barre désormais l’écran de 4 chaînes de télé privée depuis quelques jours – Crédit : Pixabay CC

Il faut dire que les redevances accumulées par l’audiovisuel privé sont consécutives à de longs moins d’impayés, la plupart des chaines de télévision et de radios privées n’ayant même plus de quoi payer leur personnel ni de faire face aux dépenses courantes par manque de recettes. Elles vivent le même drame qui frappe la presse écrite et électronique privée depuis que l’État mauritanien a décidé de réserver d’une manière inéquitable toute la publicité publique aux seuls organes officiels. Sans recettes publicitaires et sans annonceurs privés qui ont suivi les mots d’ordre de restriction lancés par le gouvernement mauritanien contre la presse privée d’une manière générale, les télévisions et les radios, ainsi que les journaux et les sites vivent une diète qui a forcé plusieurs d’entre eux à jeter l’éponge.

La première suspension des émissions radiotélévisées privées était intervenue la semaine dernière. Les directeurs des chaines et radios privées étaient parvenus à convaincre la TDM à surseoir à sa décision, l’invitant à une entente qui permettrait de régler définitivement le problème des arriérés de redevance et ce dans le but de maintenir la diversité des programmes audiovisuels et de respecter le droit au public mauritanien de recevoir une information variée venant de sources diverses. Aux termes des discussions, un délai d’une semaine leur a été accordé. Le couperet vient ainsi de tomber, plongeant dans le noir toutes les rédactions concernées.

Au départ pourtant, la mesure avait pris des allures de croisade contre la seule chaîne «Al Mourabitoune», celle des Islamistes, dont la ligne éditoriale a toujours été considérée comme hostile au pouvoir. L’une des émissions phares de cette télé qui dérange, «Vissamim» (en profondeur) avait d’ailleurs été suspendue pendant un mois en février 2016 par la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) que d’aucuns considèrent comme l’un des nombreux bras armés du pouvoir pour mater les médias récalcitrants. Parmi les raisons avancées par la HAPA à l’époque, celle accusant la chaîne «d’incitation active à l’atteinte à l’ordre et à la sérénité publics et de faire la propagande des manifestations politiques».

Son animateur vedette, Mohamed Wediya, membre des instances du parti islamiste «Tawassoul» avait auparavant poussé le Chef de l’Etat, Mohamed Abdel Aziz, à une bourde passée depuis lors à la postérité. C’était au cours d’un de ses shows télévisés annuels où pour parler de la situation du pays, certains journalistes triés sur le volet, plus quelques supposés contradicteurs, sont conviés. Ould Wediya avait tellement courroucé le président Aziz que celui-ci, hors de lui, avait immédiatement ordonné en direct, la coupure de l’émission. Celle-ci reprendra plusieurs minutes plus tard, mais l’injonction «Eftou Telvese !» (éteingez la télé !), lancé par Aziz aux techniciens de la télé publique, la seule à transmettre cet événement, est désormais resté comme une boutade.

Cette fois-ci, c’est le fisc qu’on avait envoyé à la chaîne «Al Mourabitoune» pour impayé d’impôts. Les autres chaînes, redevables elles-aussi auprès du fisc, décidèrent de se solidariser. La fermeture ne dura ainsi qu’une seule journée. La mesure semblant gauche, le pouvoir changea de fusil d’épaule et brandit l’arme des redevances de diffusion et là, tout le monde passa à la trappe dans une punition collective.

Selon des sources de presse, les patrons de l’audiovisuel auraient décroché une audience ce jour, mercredi 25 octobre, avec le Premier ministre pour lui exposer leurs difficultés.

Selon des chiffres approximatifs, les dettes cumulées des chaînes et radios privées auprès de la TDM s’élèveraient à plusieurs centaines de millions d’ouguiyas, voire quelques milliards d’ouguiyas selon certaines sources. Par an, la redevance TDM coûterait 30 millions d’UM par organe privée. Certains payaient par tranche et d’autres n’auraient jamais payé de redevances. Au fil des ans, elles sont devenues comme une Epée de Damoclès suspendue sur leur tête.

Cheikh Aidara

Budget Presse de la Primature : 50% déjà dépensés

Des 8.950.000 UM réservés au budget presse au sein de la Primature, il n’en resterait que la moitié. Une découverte qui a poussé plusieurs journalistes à se demander «où sont passés ces 4.036.566 UM déjà dépensés ? A qui ont-ils été distribués ? Sur quels critères ? »

A l’heure où la note circulaire liberticide interdisant aux services de l’Etat de verser le moindre khoums à la presse privée, est toujours en vigueur, par quelle entourloupette, la Primature a pu arroser certains médias privés et selon quelle logique ?

Tant de questions soulevées qui en disent long sur le népotisme et le favoritisme qui continue d’avoir droit de cité, surtout avec l’existence d’une presse sous-commande à la solde de quelques barons du pouvoir soucieux de soigner leur image souvent terni par leurs pratiques peu orthodoxes en entretenant certains journalistes laudateurs.

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