Pour un problème de chefferie, le FNDU menace d’imploser

Divisé, affaibli et éclaté à cause de ses inepties, le Front national pour le développement et l’unité (FNDU) qui regroupe l’ensemble des partis de l’opposition la plus radicale, risque d’imploser pour un problème de présidence tournante. Une querelle de chefferie qui rappelle à bien des égards les drames qui minaient nos antiques émirats et qui fournirent une matière exotique aux chroniqueurs de l’époque.

Marche de l’opposition du 15 juillet 2017 à Nouakchott (Photo Aidara)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon des sources proches du FNDU, le Pôle politique s’opposerait au transfert de la présidence tournante au profit du Pôle des personnalités indépendantes. Il faut dire que le FNDU, pour les profanes, est composé de trois pôles : les partis politiques, les personnalités indépendantes, la société civile (et les syndicats). Les partis politiques cherchent à conserver la présidence et ont proposé le leader du parti Union des Forces du Progrès (UFP), Mohamed Ould Maouloud, pour la direction du forum pendant la prochaine mandature qui dure une année.

Une position que les personnalités indépendantes réfutent catégoriquement, eux qui tiennent à prendre leur tour vaille que vaille. Ils ont ainsi désigné à l’unanimité l’ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeïny pour la présidence du FNDU.

L’entêtement du Pôle politique à conserver le pouvoir est ainsi perçu comme une première dans l’histoire du Front, car jamais l’alternance à la tête de la structure n’a créé de polémique, la présidence ayant été jusque-là assurée à tour de rôle par un membre issu d’un des trois pôles par tour de rôle. Le ridicule d’une telle situation tient surtout du fait que la présidence du FNDU est tellement inutile, sans objet et sans finalité, que l’on se demande si réellement les Mauritaniens ont à faire à des leaders sérieux qui postulent à les diriger demain. Si tel est le cas, beaucoup d’entre eux prient déjà pour qu’une telle élite ne préside à sa destinée.

D’autre part, les observateurs considèrent que si les leaders du FNDU ne parviennent pas à trouver une issue à la crise qui couve, ce conglomérat d’opposants risque d’imploser.

Une telle perspective, à l’orée d’élections présidentielles décisives prévues en 2019 qui appellent plus à l’unité de l’opposition qu’à son éclatement, ne profiterait en définitive qu’au pouvoir qui cherche déjà un dauphin au président sortant. C’est le sentiment exprimé par l’un des membres du Pole de la société civile, qui se dit déçu par de tels tiraillements à l’heure où des questions graves interpellent la conscience de la nation, telles celles liées au recul des libertés publiques, à l’emprisonnement des opposants et des leaders d’opinion, à l’institutionnalisation de mesures impopulaires prétendument sorties du référendum constitutionnel, comme le nouvel hymne, le nouveau drapeau, la suppression illégale du Sénat, et d’autres questions liées aux conditions économiques difficiles que traverse la Mauritanie ainsi que les problèmes liés à l’unité nationale et à la cohabitation

Une opposition piégée

L’opposition mauritanienne a perdu de son aplomb et de son aura. Certains diront même qu’elle a perdu toute crédibilité en perdant toute ses batailles depuis les Accords de Dakar où elle s’est piégée, en acceptant un accord à minima et au rabais. En 2009, elle a permis en effet à Mohamed Abdel Aziz, encore isolé sur la scène internationale après son coup d’Etat anticonstitutionnel contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi, de revenir par la porte d’entrée alors qu’il essayait de se faufiler difficilement par la porte cochère. En fin tacticien, il avait d’abord utilisé le ténor de l’opposition, Ahmed Ould Daddah qui se voyait déjà son dauphin. Et il s’en débarrassa une fois son plan réussi pour la conquête démocratique du pouvoir.

Puis, l’opposition tenta de se regrouper au sein d’une Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui ne parviendra jamais à dépasser ses divergences jusqu’à son éclatement suite à des prises de position inconséquentes, tel le boycott des législatives de novembre 2013 qui a exclu depuis lors ses leaders et ses membres de la scène politique. Sans maire, ni même le moindre conseiller municipal, et sans parlementaire, la COD qui avait éclaté pour se reconstituer en un FNDU tout aussi stérile, a depuis lors évolué en marge de la vie institutionnelle. On l’a vu depuis, profitant de quelques étincelles populaires, pour se manifester avant de mourir chaque fois d’une mort lente, oubliée et effacée jusqu’aux tréfonds des bidonvilles d’où fusaient les appels lancinants à son égard. Demain et en l’an 2019, cette opposition ne sera peut-être, si elle ne change pas de tactique et d’approche, qu’une multitude de lambeaux insignifiants, face à la machine implacable du pouvoir qui n’aura aucune peine à la laminer comme un fétu de paille.

Cheikh Aïdara

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