La Mauritanie nullement intéressée par ses malnutris

La malnutrition, malgré sa forte incidence, n’est pas encore une priorité pour le gouvernement mauritanien qui semble faire de cette question, une affaire strictement réservée aux partenaires. Or, ces derniers prévoient de se retirer de l’urgence humanitaire en Mauritanie, laissant en rade des centaines d’enfants, de femmes et de nourrissons qui risquent d’être abandonnés par une politique de santé qui les exclut. C’est le cri d’alarme qui semble ressortir d’une étude-diagnostic menée par Action Contre la Faim au Hodh El Charghi et au Guidimagha lors d’une restitution le 4 janvier dernier à Nouakchott.

Depuis le jour où des organisations internationales comme Action Contre la Faim, Oxfam, World Vision, pour ne citer que ceux-là, ont répondu favorablement à l’Appel lancé en 2012 par l’Etat mauritanien pour juguler la grave crise nutritionnelle qui avait frappé le pays, le gouvernement a fait de la malnutrition de ses enfants, femmes et nourrissons, une affaire exclusivement réservée au partenariat international. «Et si les partenaires se retirent du volet nutrition ?» a-t-on un jour demandé au directeur d’une structure de santé à l’intérieur du pays. «On fermera tout simplement les centres de nutrition et on renverrait les enfants chez eux» a-t-il répondu.

Malgré le caractère terrible de la réponse, il est évident que le directeur de cette structure a raison, car le budget de la santé ne prévoit que des miettes, à peine 1%, pour le volet nutrition. «Cette pathologie est du ressort des partenaires » a-t-on tendance à entendre de la bouche des responsables médico-sanitaires mauritaniens. Plus grave, un pédiatre aurait refusé dans un hôpital de soigner, après diagnostic, un enfant souffrant de malnutrition.

Pour faire ressortir davantage les insuffisances en matière de prise en charge de cette pathologie exclue des paquets essentiels de base, une enquête-diagnostic a été menée par Action Contre la Faim dans deux régions échantillons du pays, le Guidimagha et le Hodh Charghi, fortement installées dans l’urgence nutritionnelle.

La restitution des résultats de ce diagnostic a fait l’objet d’un atelier qui s’est déroulé le jeudi 4 janvier 2018 à Nouakchott, avec l’absence quasi-totale des responsables du Ministère de la Santé, premiers concernés par les travaux. Pourtant, l’enquête ainsi que le diagnostic du système de santé menés par  Dr Yahya Gnokane, Coordinateur national Santé/Nutrition à Action contre la faim, s’est effectué selon lui en collaboration étroite avec les autorités administratives, les Directions Régionales à l’Action Sanitaire et Sociale (DRASS) des régions visitées ainsi que le personnel des structures de santé. «Ils ont également validé les résultats du diagnostic après de houleux débats, en présence des élus locaux et de la société civile locale» a-t-il de nouveau précisé.

Le diagnostic pour le renforcement du Système de santé (HSS) a tourné autour de cinq piliers, avec chacun ses points forts et ses points faibles, la gouvernance sanitaire, le financement, les infrastructures, équipements et approvisionnement, les ressources humaines, les services fournis, le système d’information sanitaire (SIS) et enfin, le plaidoyer et quelques recommandations.

Cheikh Aïdara

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