Cliniques mobiles supprimées, Milliers de femmes sans accès aux services de santé : le décret de Trump fait des ravages sur la santé mondiale

En Ouganda, le « Reproductive Health » perd 30% de ses fonds, soit 300.000 dollars US par an. En Ethiopie, le « Family Guidance Association » perd lui aussi un financement de cinq ans, pourtant accordé en 2017, ainsi que plusieurs cliniques mobiles, soit 2 millions de dollars par an. Au Sénégal, ce sont 80.000 femmes par an qui ne pourront plus recevoir l’appui de l’ONG « Marie Stop International », tandis qu’en Mauritanie, le décompte des pertes consécutives à l’effet dévastateur du décret Trump sur le financement de la santé dans le monde mérite d’être épluché.

Tijane Kassé, facilitateur introduit les débats devant les journalistes (Photo Aidara)

La politique de Mexicosi chère aux Républicains et remise en cause chaque fois qu’un Démocrate arrive au pouvoir, continue de scander la vie américaine. Mais le nom qu’a pris cette loi sous Donald Trump, « Protection de la vie dans le cadre de l’aide pour la santé mondiale« , ne reflète pas ses effets pernicieux. Ses détracteurs l’ont même rebaptisée le « Global Gag Rule (GGR) » ou le « Bâillon mondial« .

Cette loi vise essentiellement les services de santé de la reproduction et le planning familial (SR/PF). Elle prive de l’aide financière américaine les ONG internationales qui incluent l’avortement dans leurs services. Les ONG qui ont refusé de signer ce pacte anti-avortement ont ainsi été exclues de facto de l’aide américaine. Les financements qui leur étaient accordés ont été réorientés vers d’autres organisations qui n’ont pas forcément les mêmes expériences ni les mêmes compétences, mais qui, elles, ont accepté les nouvelles directives du Département américain de la santé.

Un atelier à ce sujet, à l’intention d’une dizaine de journalistes ouest-africains,vient de s’achever à Somone, petite commune près de Mbour au Sénégal. Il a été organisé par l’ONG américaine PAI. L’occasion pour Dilly Severin, Jamie Vernaelde et Adrienne Lee, des expertes de l’organisation, de revenir sur cette politique que peu de personnes connaissent.

Le GGR et ses conséquences

Le Global Gag Rule (GGR) ou le « Bâillon mondial » est la nouvelle politique américaine en matière de financement de la santé dans le monde. Il est né d’un décret signé par Donald Trump le 23 janvier 2017. Il exclut de l’aide financière américaine toute ONG étrangère offrant des services de planning familial comprenant l’avortement, étant entendu que ces ONG n’offrent des services d’avortement que dans un cadre légal et règlementaire.

Les trois expertes du PAI sur la table de droite. Adrienna Lee, Dilly Severin et Jamie Vernaelde (Photo Aidara)

Selon Dilly Severin, « Le décret de Trump ne touche pas seulement les services de planning familial mais aussi d’autres secteurs de la santé de la reproduction, comme l’approvisionnement en produits contraceptifs ou d’autres services de santé, comme la prévention contre le VIH/Sida, la tuberculose, le paludisme, la nutrition ou l’aide humanitaire d’urgence. » Selon elle, les Etats n’ont pas encore pris conscience de l’ampleur des effets pervers de cette politique, pensant que cela ne concerne que les ONG. Or, précise-t-elle, « il y a de ces organisations non gouvernementales qui fournissent des services de santé de la reproduction dans des endroits reculés non couverts par les services publics« . Pour elle, « si après 2018, rien n’est fait pour amender cette politique, c’est par exemple la moitié du programme de l’ONG « Marie Stop International » qui risque de disparaître. Or cette organisation couvre 27 pays depuis 30 ans : ce sont donc 30 millions de dollars de subvention qu’elle perd« . Pour Hiwa Isabelle Somian de « Marie Stop Sénégal« , ce sont « 90.000 étudiantes de l’Université Cheikh Anta Diop au Sénégal, quelques 80.000 femmes par an vivant dans des coins reculés du pays et six cliniques mobiles qui offraient des services en santé de reproduction et planning familial qui sont touchées« . Conséquences, selon elle, « 6,5 millions de grossesses non désirées ne seront plus traitées, sans compter les 2,1 millions d’avortement à risque et les 2.600 risques de décès maternels à escompter« .

Depuis que cette loi est entrée en vigueur le 15 mai 2017, l’ONG américaine PAI a produit une série de documentaires sous le titre « Access Denied » et travaille avec plusieurs partenaires et des responsables américains pour atténuer les effets négatifs de cette loi sur la santé mondiale. D’où la mise en place d’un fonds alternatif, « SheDecides« , avec le concours de plusieurs pays et organismes.

Le PAI a ainsi pu constater en Ouganda, en Ethiopie, au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal, selon ses experts, les effets déjà patents du GGR sur l’intervention des ONG internationales. En Mauritanie, un travail d’évaluation sur les ONG travaillant avec des fonds américains dans le domaine de la SR/PF est à déterminer. Les bénéficiaires de services SR/PF n’ont plus d’accès à ces services et le personnel médical est touché dans son déploiement, sans compter les impacts sur la chaîne d’approvisionnement et sur le plaidoyer. Même le Partenariat de Ouagadougou qui regroupe plusieurs pays ouest-africains seraient affectés, poussant certains experts à se demander si ces pays pourront respecter leurs engagements en matière de santé reproductive et de planning familial. D’autres institutions seraient aussi touchées, comme l‘IPPF, ou encore l’UNFPA, ainsi que d’autres organisations internationales œuvrant dans le domaine de la santé mondiale.

Selon Dilly, l’aide financière américaine à la santé dans le monde se chiffre à 8, 8 milliards de dollars US, faisant de l’USAID le plus grand bailleur au monde dans le domaine de la santé.

Cheikh Aïdara
Somone, Thiès (Sénégal)

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