Oscar des vacances ou le talent caché des jeunes Mauritaniens

Qui disait que les jeunes Mauritaniens manquent de talent ? Il fallait juste leur offrir une plateforme d’expression, comme « Oscars des Vacances », une initiative du jeune promoteur,  Boubacar Amadou Sarr dit Boubs et l’ONG « Femmes Solidaires pour le Développement », que « Save The Children » appuie depuis deux ans dans le cadre du Projet AFIA financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence pour l’Afrique  de l’Union européenne. L’édition 2018, c’est une série de concours de danse, de théâtre et de Miss qui s’étalent du 22 juillet au 1er septembre, avec la participation de 9 groupes de jeunes issus de différents départements de Nouakchott.

Chaque mardi, depuis le 22 juillet 2018, « La Case » est devenue la Mecque des jeunes Nouakchottois. Dès 15 heures, un festival d’accoutrements envahit les alentours de cette mythique place connue pour ces cérémonies de mariage. Cette fois, c’est « Oscar des Vacances » qui fait battre des centaines de cœur juvénile. A l’affiche, concours de danse, de Miss et théâtre, mettant en rivalité neuf quartiers chauds de Nouakchott, 6ème, Basra, Neteg, PK, Arafat, Dar Beyda, Saada et Cité Plage. Chaque groupe est composé de 15 personnes, danseurs, comédiens et Miss. Du coup, les quartiers se mettent en branle.

La soirée du 7 août dernier fut particulièrement chaude. A 20 heures,  l’effervescence était à son comble, rappelant Nouakchott des années 60-70 quand les salles de cinéma attiraient les après-midi une jeunesse qui n’avait que l’embarras du choix pour se distraire. Tout a disparu aujourd’hui et les jeunes de Nouakchott n’ont plus de loisirs.

Les jeunes décompressent

Le jeune promoteur, Boubacar Amadou Sarr dit Boubs (Photo Aidara)

« J’ai créé Oscar des Vacances pour les jeunes désœuvrés de la capitale, surtout en ces périodes de vacances, à travers une plateforme de rencontres et d’éclosions de talents artistiques » lance Boubs, entre deux sonorités.  Affichant moins que ses 31 ans, Boubs avait les yeux pétillants de bonheur. « Tu vois tous ces gosses se bousculer pour un ticket d’entrée, avec plus de moyens, l’accès serait gratos » lance-t-il, la mine triste. Ces recettes servent selon lui à compenser le coût élevé de la logistique, malgré l’appui des partenaires et les économies tirées de sa modeste boutique « DJ Boubs Telecom » et de ses activités de producteurs d’évènements culturels. « Il faut prendre en charge tous ces groupes, leur accoutrement, leur déplacement… » justifie-t-il.

Avec sa salle archicomble et sa coupole en forme de Khaïma, « La Case » tremblait sous un flot de décibels. La plupart des jeunes portait des tee-shirts et des képis blanc avec l’effigie « Ensemble, protégeons les enfants en mobilité contre l’exploitation » du Projet AFIA. Le staff de l’ONG espagnole arborait le même accoutrement.

Du spectacle

Sketch sur les enfants confiés (Photo Aidara)

Des sketchs sous le thème « Enfant confié« , parmi d’autres développés par le Projet AFIA pour sensibiliser sur la protection des enfants migrants contre la traite et l’exploitation, furent joués avec plusieurs variantes. Chaque groupe apportait sa touche au drame vécu par ses enfants confiés. Ils sont placés, souvent dès le bas âge, chez des marabouts véreux, qui les battent et les envoient mendier. La plupart finissent par prendre les avenues de Nouakchott, ses marchés et ses lampadaires comme dortoirs. Beaucoup basculent dans la criminalité et atterrissent en prison.

Aux acteurs qui s’échinaient à apporter sur le plancher de « La Case » plus de dose comique et de mélodrame, sous l’œil attentif du jury, leurs supporters rivalisaient à qui crèvera l’applaudimètre.

L’apothéose fut atteinte au concours de danse. Le délire!

Le groupe Basra de danse (Photo Aidara)

Quelques vieux briscards, des parents accompagnateurs, durent retrouver sans doute la chaleur enfumée des salles de cinéma et les sifflets stridents des spectateurs. La même ambiance faisait vaciller les structures solides de « La Case« . La beauté des chorégraphies, l’explosion de couleurs des tuniques arborés par les danseurs, la vivacité des gestes, n’eurent d’égal que l’effervescence qui enflammait la salle. Chaque fin de spectacle était ponctuée par des salves d’applaudissements et des sifflets admiratifs. On entendit même le son d’un Vuvuzela. Puis, le clou de la soirée, un défilé de grâce, celui des Miss, toutes habillées en mariée maure. Et les spectacles de danses reprirent de plus belle, pour la grande joie des enfants.

Le jury et juste derrière, le public (Photo Aidara)

Photo de famile des Miss en compétition (Photo Aidara)

Témoignages

Mme Habi Seck MBodj, Cheffe du Projet AFIA à « Save The Children » (Photo Aidara)

Mme Habi Seck MBodj, Cheffe du Projet AFIA à « Save The Children », ONG internationale présente en Mauritanie depuis 2006 : « Oscar des Vacances, c’est un canal de communication pour transmettre des messages et sensibiliser les jeunes, leurs familles et leurs communautés, sur les dangers qui guettent les enfants en mobilité. Il est supporté par le Projet AFIA sur financement de l’Union européenne. Ce projet œuvre à l’actualisation de la Stratégie nationale de protection de l’enfance (SNPE) en prenant en compte le renforcement du système de protection des enfants en mobilité. Le projet renforce aussi les capacités de la société civile exerçant dans le domaine de l’enfance. Il équipe les centres d’accueil et d’hébergement des enfants, avec un partenariat poussé avec le Ministères des Affaires Sociales et le Ministère des Affaires Islamiques pour le recrutement de points focaux régionaux et l’élaboration d’un guide de sensibilisation avec justification par le Coran« .

Francesco Cecon, Responsable « Protection de l’Enfance » à « Save The Children » : « Oscar des Vacances est une plateforme qui nous permet de toucher plus d’enfants et de jeunes, mais aussi les familles et les communautés pour véhiculer nos messages sur la protection de l’enfance contre la mobilité, l’exploitation et la maltraitance, à travers notamment les sketchs ».

Papis (15 ans) : « mes parents voulaient m’amener en vacances à Boghé pour m’envoyer chez un marabout, et j’ai pleuré car j’allais de nouveau prendre la gamelle et  je ne voulais pas rater Oscar des Vacances« .

Mouna (17 ans) danseuse : « Avant Oscar des Vacances, on ne savait que faire de nos journées. Aujourd’hui, on est en répétition tous les après-midi pour préparer le spectacle du mardi suivant. Du coup, le quartier s’anime et les jeunes ne parlent plus d’immigration »

Amadou (36 ans) père d’un jeune comédien  « mon fils fait du théâtre, une passion qu’il s’est découvert grâce à Oscar des Vacances. Avant, il traînait pendant les vacances avec les jeunes de la rue, et cela m’inquiétait« .

Cheikh Aidara

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