Maintien en détention de Birame, un acharnement qui ne dit pas son nom

Pour la énième fois, les militants du mouvement IRA ont subi la répression féroce des forces de l’ordre alors qu’ils s’apprêtaient à organiser, ce lundi 29 octobre 2018, un sit-in pacifique devant le ministère de la Justice pour exiger la libération de leur leader Birame Dah Abeid. Plusieurs blessés, dont certains hospitalisés, et au moins deux arrestations.

La police empêche la marche des militants d’IRA (Crédit IRA)

Cela fait plus de deux mois que le leader du mouvement IRA, de surcroit député à l’Assemblée Nationale, Birame Dah Abeid, croupit en préventive à la prison centrale de Nouakchott sans que cela n’émeuve outre mesure l’opinion publique nationale. Comme si, dans quelques officines obscures du pouvoir, l’expectative se le dispute aux conciliabules quant au sort qu’il faut réserver à ce colis encombrant, au milieu d’une indignation internationale que seul le sort du journaliste saoudien, Jamal Kashoggi, couvre de son sinistre manteau.

En réalité l’affaire Birame Dah Abeid, ce n’est plus une simple affaire de plainte pour diffamation déposée par un pseudo-journaliste, mais l’affaire d’un pouvoir qui cherche par tous les moyens à refuser l’accès aux marches de l’Assemblée Nationale à un opposant d’un calibre particulier. Un acharnement au relent d’une promesse post-électorale lorsque descendu sur l’arène d’une campagne fervente pour sauver le soldat UPR en péril, la plus haute autorité de l’Etat lança sa fameuse diatribe : «les extrémistes ne rentreront pas à l’Assemblée Nationale». Une promesse qui semble avoir fait l’objet d’un machiavélique plan ayant abouti quelques jours plus tard à cette sordide histoire de plainte.

Depuis, que de menaces en sourdines l’opposant antiesclavagiste n’a-t-il reçu à l’intérieur de sa solide cage à otage, balloté entre les furtives intrusions d’un juge sous-commande, jusqu’aux brimades qui le poursuivent dans les derniers retranchements d’un cachot où le minimum de dignité semble lui être dénié.

Ni la levée de boucliers de ses partisans réprimée dans le sang à l’intérieur du pays, ni les invectives des organisations internationales, ni la colère sourde qui s’est élevée de plusieurs capitales africaines et européennes, n’a fait plier un pouvoir qui maintient le suspense sur cet arbitraire comme s’il voulait faire monter les enchères, ou profiter des soubresauts d’une actualité mondiale bouillonnante, pour maintenir le statu quo. Entre les deux, une question lancinante, jusqu’à quand, empêchera-t-on au député Birame Dah Abeid d’exercer le mandat qu’une majorité de Mauritaniens lui a confié malgré les solides barreaux qui les séparaient ?

Dans cette tourmente où le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire semblent se liguer pour arrêter les roues inexorables de l’histoire, les militants d’IRA continuent de verser leur sang sur les avenues mal famées d’une Capitale maintenue, à l’image de tout le pays, dans une chape de violence d’Etat.

Les champs de bataille de la lutte civique et pacifique des militants d’IRA sont empreints depuis le 7 août 2018, date de l’arrestation de leur leader,  d’un hymne lancinant chantant  la liberté, le respect des droits civiques et humains. Hymne éclaboussé de sang et de souffrances, de brimades et de chicottes aux mains d’éléments de maintien de l’ordre transformés en milice assoiffés de violences.

La dernière cuvée répressive est celle du lundi 29 octobre aux portes du ministre de la justice avec encore ses lots de blessés, de colère et d’indignation.
Cheikh Aïdara

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