Tarissement de la mare de Kankossa, un rapport alarmant sur la situation des populations

La ville de Kankossa est en danger. Ses populations sont atterrées par le tarissement de la mare autour de laquelle s’organisait leur vie économique, sociale et culturelle. C’était l’appel de détresse lancé par les populations. C’est ce qu’un rapport d’évaluation rapide menée par le Réseau des Organisations pour la Sécurité Alimentaire (ROSA) et l’Association pour le Développement Intégré du Guidimagha (ADIG), aux termes d’une mission effectué du 22 au 27 mai 2019 sur financement de World Vision, vient de confirmer. Ce document disséminé au sein de la société civile mauritanienne, dont copie a été remise aux autorités nationales et au Coordinateur du Système des Nations Unies en Mauritanie, SEM.Anthony Kwaku Ohemeng, tire la sonnette d’alarme sur la précarité d’une population exposées aujourd’hui à l’insécurité alimentaire, à la malnutrition et à l’exode massif.

Image de désolation de la mare de Kankossa après son assèchement (Crédit Rapport ROSA/ADIG)

Répondant aux appels pressants des populations de Kankossa, face au tarissement de la mare dont elles tirent toute leurs subsistances, ROSA et ADIG, sur financement de World Vision, ont effectué, du 22 au 27 mai 2019,  une mission d’enquête basée sur le manuel édicté par le Bureau de la Coordination des Nations Unies pour les affaires humanitaires (OCHA) et l’institut chargé de l’évaluation rapide initiale multi-grappe par secteur (MIRA) qui développe un outil commun d’évaluation des besoins.

Le rapport publié le 3 juin 2019 indique que la situation des populations est devenue très vulnérable, en particulier les femmes et les enfants de moins de cinq ans dont la situation nutritionnelle avant l’assèchement de la mare de Kankossa était des plus préoccupantes du pays, avec un taux de malnutrition aiguë sévère de 6% et un taux de malnutrition aiguë grave de plus de 20%, dépassant ainsi les seuils d’urgence. Cette situation, selon le rapport, pourrait s’aggraver avec le début de la période de soudure qui s’annonce. Plusieurs centaines de ménages sont ainsi menacés et ont besoin d’assistance rapide.

La mare du temps de l’abondance (Crédit Rapport ROSA/ADIG)

En effet, selon le rapport, les populations de la Moughataa de Kankossa, zone essentiellement agro-sylvopastorale, vivaient depuis toujours des opportunités offerte par la mare du même nom qui régule leur vie économique, sociale et culturelle. Aujourd’hui, cette mare est à sec, compte tenu d’un cumul de sécheresse, mais aussi de la construction mal adaptée de plusieurs ouvrages qui ont ralenti par endroit ou détourné à d’autres endroits les eaux de ruissellement provenant de plusieurs cours d’eau qui alimentaient la mare, en plus de l’ensablement et du mauvais entretien des ouvrages.

Du temps de la navigation sur la mare (Crédit Rapport ROSA/ADIG)

Conséquences, les populations qui vivaient d’agriculture, de maraîchage, de pêche et de transport, grâce à la mare de Kankossa, ont perdu leurs activités, ce qui risque d’impacter sur leurs conditions de vie. La situation a débouché, selon le rapport, sur la disparition des eaux de surface, l’abaissement du niveau de la nappe phréatique et la remontée des eaux usées provenant des fosses sceptiques, exposant gravement la santé humaine.

Ce sont ainsi 9.750 personnes, soit 74% de la population qui sont directement touchées par l’assèchement de la mare de Kankossa, avec 3.453 personnes, soit 41,68% de la population qui sont aujourd’hui dans le besoin humanitaire. D’où un besoin de réponse multisectorielle coordonnée et urgente, pour éviter la perte du cheptel, l’insécurité alimentaire et l’exode massif des populations.

Selon le rapport, «aucune réponse humanitaire n’est en cours et rien n’a été fait pour les populations de Kankossa». Dans l’immédiat, les populations ont besoin d’une assistance alimentaire, de l’apport des boutiques EMEL, de la mise en place d’un programme nutritionnel et de l’accroissement à l’accès à l’eau potable. Dans le moyen terme, la création d’activités génératrices de revenus (AGR) pour les femmes, le cash transfert pour les ménages en situation précaire et la sécurisation des moyens d’existence, pourraient donner de l’espoir. Dans le long terme, le rapport suggère d’organiser les populations, de mettre en place un système d’alerte précoce, d’aménager les bassins versants, de procéder au curage de la mare, de rectifier les ouvrages en amont de la mare, lesquels ouvrages ont contribué à la déviation des cours d’eau et à l’affaiblissement des apports hydriques qui alimentaient la mare.

Cheikh Aïdara
Groupe des Journalistes Mauritaniens pour le Développement (GJMD)

 

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