Lait et Poisson, deux chaines de valeur pour lutter contre le travail des enfants en Mauritanie

«Raïb Masgoula» ! «Hout Masgoula» ! Deux labels que la Mauritanie pourrait avancer comme expérience-pilote dans deux filières clé, celle du Lait et du Poisson, où le travail des enfants devrait être banni. Cette réflexion était au centre d’un atelier de concertation entre les acteurs du travail autour du thème «Partenariat pour lutter contre le travail des enfants et les relations de travail pouvant entraîner un risque de travail forcé dans le secteur du lait et de la pêche artisanale ».

@Crédit Aïdara

Cet atelier organisé sous l’égide du Ministère de la Fonction Publique, du Travail, de l’Emploi et de la Modernisation de l’Administration, avec l’appui du Projet BRIDGE du Bureau International du Travail (BIT) et sur financement du Département d’Etat américain  au Travail, s’est déroulé le 28 juin 2019 à Nouakchott. Il a été présidé par le Conseiller du Ministre du Travail et point focal de l’Alliance 8.7 en Mauritanie, Hamoud Ould T’Feïl, en présence du Coordinateur du Projet BRIDGE en Mauritanie, Marc Ninerola, et la participation de représentants du Forum national des droits de l’homme (FONADH), l’Association pour le Développement Intégré du Guidimagha (ADIG), la Fédération Nationale de la Pêche Artisanale (FNPA), l’Union des Travailleurs de Mauritanie (UTM), PROMOPECHE  (projet du BIT), la Fédération des Mareyeurs, le Comité de Cogestion des pêches en Mauritanie, World Vision, Oxfam et Save The Children.

L’exemple ivoirien et l’approche chaîne de valeur

En choisissant deux filières clés de l’économie mauritanienne, la production laitière et la pêche artisanale, la Mauritanie qui fait de l’élimination du travail des enfants une priorité, s’inspire de l’exemple ivoirien qui fait école, à travers l’Initiative Cacao International (ICI) portée par la Première Dame et fédérant le Ghana et le Burkina Faso, pour bannir le travail des enfants dans la filière du chocolat. Doté d’un budget de 7 milliards de francs Cfa, l’initiative finance, avec l’apport des multinationales du chocolat, la scolarisation des enfants, la construction d’écoles et le soutien aux exploitants.

@Crédit Aïdara

Aussi, Marc Ninerola, suggère l’approche par les chaînes de valeur pour lutter contre le travail des enfants et les relations de travail pouvant entraîner un risque de travail forcé, ainsi que la mise en place de mécanismes de coordination solides.  Il s’agit, selon le lui, de faire en sorte que dans toute la chaîne de valeur du lait et du poisson, qu’il y ait zéro travail d’enfants. «Cela ne pourra se faire qu’avec la collaboration des producteurs et des consommateurs » a-t-il souligné.

La tradition comme défi

Certains intervenants ont évoqué la nature traditionnelle du métier d’éleveur et de pêcheur qui se transmet de père en fils par l’apprentissage, sans compter la pauvreté des parents obligés d’utiliser leurs enfants. La plupart des familles s’appuient sur la transmission du savoir-faire de père en fils comme garantie de l’avenir de leurs enfants face à une école qui n’offre plus de perspectives, à leurs yeux.

Autant d’arguments que le Conseiller du Ministre du Travail a balayés de la main, soutenant que le Plan d’Action National pour l’Elimination du Travail des Enfants en Mauritanie (PANETE-RIM) adopté le 14 mai 2015 et dont l’élaboration a été appuyée par le BIT et le gouvernement français, est une stratégie nationale intégrée qui touche tous les secteurs. Ce plan d’action, selon lui, prend en charge tous les problèmes posés par le travail des enfants, y compris l’aide aux familles pour leur permettre d’envoyer leurs enfants à l’école. L’Etat mauritanien a ainsi dégagé un budget de 5 milliards UM pour la mise en œuvre du PANETE-RIM avec l’appui du Projet MAP 16 du BIT qui prend en charge certains volets du programme.

Le travail des enfants n’étant plus mobilisateur de fonds, selon Hamoud Ould T’Feïl, il s’agira de conjuguer les efforts pour lancer les premiers pas dans deux secteurs pilotes, la production laitière et la pêche artisanale.

A la fin de l’atelier, un comité technique de suivi des recommandations de l’atelier a été mis en place.

Il faut noter que le Conseiller Technique du Ministre du Travail, Hamoud Ould T’Feïl, avait ouvert l’atelier sur un rappel du lancement de l’Alliance 8.7 en Mauritanie en mars 2019. Il s’agit selon lui d’un Partenariat mondial qui regroupe 15 pays pionniers dont la Mauritanie, dont l’objectif est de «mettre fin à l’esclavage moderne et à la traite des personnes, d’interdire et d’éliminer les pires formes de travail des enfants, et mettre fin d’ici 2025, au travail des enfants sous toutes ses formes».

L’avis des participants

Djigo Abdoulaye (OXFAM) : «Nous travaillons sur la chaîne d’approvisionnement du lait au sein d’une coalition pour la protection du lait local qui regroupe les producteurs de lait du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Sénégal et du Tchad, en plus de la Belgique, accompagnés d’une large coalition composée d’organisations paysannes, de consommateurs, de chercheurs, d’ONG, de mini-laiteries, d’industriels locaux. Nous avons lancé plusieurs campagnes régionales pour la promotion du lait local, mais le travail des enfants, n’a pas jusque-là été un objectif. Cet atelier est pour moi une opportunité pour parler de cet aspect au sein d’Oxfam, et voir comment intégrer cette dimension travail des enfants dans nos prochaines campagnes».

 

Mathurin Dieng (Comité de Cogestion des pêches en Mauritanie) : «Il est difficile de demander à un pêcheur d’arrêter de faire travailler ses enfants. La pauvreté et le souci du quotidien font qu’il a besoin de bras pour l’aider à multiplier les revenus de la famille. Il a assez de soucis pour penser envoyer ses enfants à l’école».

Hamada Bneïjaa (ADIG) : «Pour éradiquer le travail des enfants, il faut des préalables vu le contexte de la Mauritanie, pays pauvre, rempli de contradictions, rongé par la malnutrition et exportant l’essentiel de sa consommation, malgré son potentiel agricole et pastoral. Le problème, c’est l’inadéquation des politiques de développement aux besoins des populations. L’Etat mauritanien doit améliorer la condition de vie des populations pour permettre aux enfants d’aller à l’école».

Mamadou Bâ (FNPA) : «la pêche traditionnelle en Mauritanie, c’est une corvée familiale et un apprentissage de père-enfant. Il faudrait déployer des efforts de sensibilisation et de renforcement des capacités pour changer la donne. La pêche est une activité traditionnelle et un métier où tout est prioritaire pour les ménages. Ce qu’il faut, c’est une professionnalisation du secteur pour briser le cercle vicieux de la tradition».

Cheikh Aïdara

 

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