Tekavoul, un programme qui change la vie de plus d’un millier de femmes à Sélibaby

Article : Tekavoul, un programme qui change la vie de plus d’un millier de femmes à Sélibaby
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15 décembre 2019

Tekavoul, un programme qui change la vie de plus d’un millier de femmes à Sélibaby

«Haye  Askari» et «Tadreïssa», deux bidonvilles, l’un à la sortie sud de Sélibaby et l’autre à la limite orientale de la ville. Une trentaine de femmes, la plupart cheffe de famille résidant dans ces deux quartiers déshérités de la capitale du Guidimagha, a bénéficié depuis plus d’une année des activités du programme national des transferts sociaux dit «Tekavoul». Promotion sociale, cash transfert, mesures d’accompagnement productives… Ce paquet de produits est aujourd’hui la pierre angulaire de la nouvelle Délégation générale TAAZOUR à la Solidarité Nationale et la lutte contre  l’exclusion qui remplace l’Agence Tadamoun. Financé par la Banque Mondiale et lancé depuis 2018, il  cible dans sa phase pilote deux départements de la Mauritanie, Sélibaby, au Guidimagha, et Barkéol, dans l’Assaba. Ainsi, les mesures d’accompagnement productives (MAP) ont pour objectifs l’augmentation de la productivité et des revenus des bénéficiaires des filets sociaux.

Quelques 1081 femmes bénéficient à Sélibaby des mesures d’accompagnement productives à travers des associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) mises en place et encadrées par le programme Tekavoul et l’ONG ADIG (Association pour le développement intégré au Guidimagha). Les membres de ces associations ont reçu chacun une subvention de 9.000 MRU et ont suivi ensemble une formation en compétences de vie, approche GERME (Gérer mieux son entreprise), à travers des films et documentaires plus explicites, pour des femmes en général analphabètes.

A travers les caisses d’épargne et de crédit, dans un pays à faible taux de bancarisation et à accès difficile au financement, les femmes de Sélibaby, regroupées au sein de 37 espaces de promotion sociale (EPS) ont désormais plus de possibilité pour fructifier leurs activités.

Rabia Mint Bah Ould Sid’Ahmed, présidente AVEC «Haye Askari»

«Notre association regroupe 27 femmes qui ont toutes reçu une subvention de 9.000 MRU qu’elles ont investi dans leurs activités. Certaines sont dans le commerce de détail, d’autres dans la vente de bétail, de couscous, l’artisanat, la fabrication de savon traditionnel, la couture et la teinture, la vente de légumes, le maraîchage. Elles en ont tiré d’importants bénéfices. Il faut dire que le projet Tekavoul a eu un impact considérable dans nos vies. Personnellement, j’ai commencé à acheter deux moutons pour l’élevage et des marchandises pour le commerce. Au fur et à mesure, j’ai multiplié mon capital que je garde soigneusement et c’est avec les bénéfices que je travaille actuellement. C’est le cas pour tous les autres membres. Nous avons ainsi, grâce aux cotisations hebdomadaire (chaque dimanche), pu mobiliser plus de 50.000 MRU. Les membres peuvent ainsi emprunter et rembourser. Les prêts vont de 1.000 à 3.000 MRU, selon les besoins exprimés par les bénéficiaires. Nous avons une autre caisse pour les cas d’urgence (maladie, décès, etc.) Actuellement, nous avons 24.500 MRU en caisse. Chaque femme dispose d’un carnet personnel où sont inscrits ses cotisations, ses prêts, ses remboursements et nous avons des cahiers détenus par la trésorière de l’association où elle consigne toutes les opération d’encaissement et de décaissement».

Voghoum Mint Soueidat, trésorière AVEC «Haye Askari»

«Avant le projet Tekavoul je ne faisais rien. Puis, quand j’ai reçu la subvention, je me suis lancée dans le commerce de charbon et du couscous. Avec les revenus que je tire de mes activités, mes enfants n’ont plus de problème d’études, surtout mes filles dont l’éducation est une priorité pour moi. J’ai aussi remarqué un changement de comportement de mon mari, qui est devenu plus attentionné. Il m’aide beaucoup dans mes activités. J’ai bénéficié aussi d’un renforcement de compétences, surtout en matière de gestion».

Aminata Diawo, fabrication de savon traditionnel

«Grâce à la subvention de Tekavoul, je fabrique le savon traditionnel et développe un commerce de bijoux et de produits cosmétiques, plus la vente d’arachides. Avant, je vendais des légumes. Le programme Tekavoul a eu un impact important dans ma vie et j’ai surtout acquis des compétences pour gérer mes activités. Avec mes revenus, je suis entrain de construire une maison en dur, alors que notre famille vient de perdre notre maison en banco, emportée par les dernières inondations. Le programme est surtout important pour les femmes, car à Sélibaby, elles sont confrontées au divorce et ses conséquences, ce sont elles en général qui se retrouvent seules face à l’éducation des enfants. Mais parce qu’elles sont devenus productives, les hommes ne divorcent plus (Rires de l’assemblée). Ce que la femme gagne, c’est pour la famille, alors que ce que l’homme gagne, seule une partie va à la famille».

Vatimetou Mint Abdel Wehab, artisanat

«Avant le projet Tekavoul, je venais de faire faillite d’un commerce de voiles que je menais. Avec la subvention et la formation que j’ai reçue, j’ai repris mes activités avec plus de rigueur dans la gestion. Je fabrique des coussins, des bijoux, des tapis traditionnels. Ma vie a complètement changé et j’ai surtout retrouvé le sentiment de groupe, avec ces femmes venues de divers horizons et de diverses cultures. Le jour le plus agréable de la semaine pour moi, c’est le dimanche où nous nous retrouvons pour les cotisations mais aussi pour les échanges et les discussions».

Taleb Abidine, venue suppléer sa femme malade

«Je suis venu  pour suppléer mon épouse malade, Hamza Mint Breïka. Ma présence prouve l’impact combien important du projet Tekavoul dans notre vie. Moi je suis courtier au marché aux bétails et ma femme, grâce à ce projet, a développé un commerce de détails qui contribue largement au budget familial. Ainsi, nous pouvons aujourd’hui subvenir à nos besoins et permettre à nos enfants de poursuivre tranquillement leur scolarité. En réalité, ma femme m’aide beaucoup».

Vatimetou Mint Mohamed, présidente AVEC «Tadreïssa»

«Nous sommes 13 femmes membres de l’association AVEC du quartier Tadreïssa à Sélibaby. Certaines font le commerce de légumes et la vente de couscous, d’autres la vente de bétail, l’artisanat, le commerce divers, etc. Je salue ici l’intervention du programme Tekavoul et l’appui constant de l’ONG ADIG qui nous ont encadrés et formés dans la sensibilisation communautaire, la gestion et dans les compétences de vie, notamment l’initiative personnelle et l’estime de soi. Chacune des femmes membres de l’association a reçu une subvention de 9.000 MRU qui leur a permis de développer leurs activités et de participer à la vie familiale et communautaire. Notre ambition est de créer une boutique pour regrouper nos activités et tirer davantage de revenus. Aujourd’hui, nous sommes capables de voler de nos propres ailes. Nous avons pu mobiliser depuis notre création en 2018 la somme de 31.500 MRU que nous avons mis à la disposition des membres qui peuvent ainsi prendre crédit et rembourser, ce qui ne leur était pas possible auparavant auprès des institutions de financement. En terme d’impact, il est indéniable que le programme Tekavoul a eu une grande influence dans notre vie, celle de nos enfants et de nos familles».

Kounathi Mint Saleck, AVEC «Tadreïssa»

«Avec la subvention de Tekavoul, j’ai d’abord acheté deux chèvres dont l’une vient de mettre bas. Mon ambition est de créer un troupeau d’ici quelques années. J’ai aussi développé un commerce de vente de couscous en plus de la couture et de la teinture de voiles que je vends au marché. Je remercie Tekavoul et ADIG qui ont transformé ma vie et celle de ma famille»

Souadou Mint Inalla, Tadreïssa

«Avant Tekavoul, je vendais du couscous, mais avec la subvention que j’ai reçue, j’ai acheté quatre chèvres, et j’ai multiplié mes activités de vente de couscous tout en m’aventurant dans le commerce de légumes. Les bénéfices que je tire aujourd’hui de mes activités sont sans commune mesure avec ce que je gagnais auparavant. Je vis avec ma mère et mes frères, que j’aide sur tous les plans grâce à mes revenus».

Cheikh Aïdara, Sélibaby
Groupe des Journalistes Mauritaniens pour le Développement (GJMD)

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