Mohamed Ould Bouamatou, au terroir après dix années d’exil

Article : Mohamed Ould Bouamatou, au terroir après dix années d’exil
11 mars 2020

Mohamed Ould Bouamatou, au terroir après dix années d’exil

Sa première visite fut pour sa maman qui repose depuis près d’un an au cimetière du Ksar. Un moment d’intenses émotions. Il n’a pu ni l’assister pendant sa maladie ni accompagner son corps jusqu’à sa dernière demeure. C’est cette dernière rencontre post-mortem qui a dû bercer le retour de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou pendant tout son vol vers Nouakchott, une ville qu’il n’a plus revu depuis 2010, et où il a atterri ce mardi 10 mars 2020 à bord d’un avion spécial, en compagnie de son cousin l’ancien Sénateur Ould Ghade et ses deux fils. Son retour est le fruit d’une décision courageuse prise par le président Mohamed Ould Cheikh Ghazwani, qui a mis fin aux poursuites judiciaires sur le plan national et international via Interpol, lancées contre lui par l’ancien pouvoir de Mohamed Abdel Aziz. Une nouvelle page de l’histoire mauritanienne est en train d’être écrite.

Mohamed Bouamatou

Depuis l’annonce de son retour en terre mauritanienne,  mardi 10 mars 2020, la demeure de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, sise au marché « Bana Blanc» en plein centre ville à Tevragh-Zeina, est prise d’assaut par des centaines de sympathisants qui ont attendu son retour jusqu’à des heures tardives de la soirée. Ils apprendront plus tard qu’il a préféré rester quelque temps chez l’un de ses enfants, après un tour aux cimetières où il s’est recueilli sur la tombe de sa maman, décédée il y a près d’un an. Les autorités de l’époque ne lui avaient pas donné l’autorisation d’être à ses côtés durant sa maladie ni d’assister à ses obsèques.  

Il faut dire que les dix ans d’exil forcé de l’homme d’affaires n’ont pas effacé de la mémoire des Mauritaniens l’image qu’ils ont gardé de lui. Un homme connu pour sa générosité et son amour pour la patrie et pour ses compatriotes. Certains de ses fans vont jusqu’à soutenir que le 10 mars sera désormais un jour anniversaire qu’ils fêteront chaque année et que son retour est le signe d’une Providence pour le pays.  L’Hôpital Ophtalmologique connu sous le nom «Tab Bouamatou » qui dispense des soins gratuits depuis plusieurs années aux citoyens mauritaniens et aux étrangers venus de la sous-région est la preuve vivante de l’altruisme de l’homme d’affaires, faisant de lui l’un des plus grands mécènes du pays.

Beaucoup de contentieux nés de l’acharnement de l’ancien pouvoir de son cousin, l’ex-président Mohamed Abdel Aziz, l’attendent. Beaucoup de terrains, à l’instar de celui jouxtant son hôpital ophtalmologique, ont été spoliés. Sa banque, la Générale Banque de Mauritanie (GBM) a failli succomber aux diverses manœuvres dilatoires de l’ancienne équipe au pouvoir, qui a tenté de la pousser à la fermeture. Après avoir essayé de lui reprendre la représentation de la marque Marlboro en Mauritanie sans succès, l’ancienne équipe au pouvoir parviendra cependant à casser la vente des cigarettes de cette marque, la plus prisée par les Mauritaniens, par fisc et droits de douanes interposés. La grosse de Marlboro qui coûtait à l’époque 3.500 UM ancienne se négocie aujourd’hui aux alentours de 50.000 MRO. Ne parlons pas de la société de vente de gaz, ni des autres pans du gigantesque empire économique et financier que l’homme d’affaires était parvenu à installer en Mauritanie durant plusieurs décennies.

Devant la résidence de l’homme d’affaires

Mohamed Bouamatou, c’est surtout un carnet d’adresses international très fourni, des Chefs d’Etat dans tous les continents dont certains à la tête de puissances mondiales, des magnats de la finance internationale, des décideurs politiques de haut niveau dans toutes les sphères de la géopolitique mondiale. Un carnet d’adresses qui avait beaucoup servi à son cousin Mohamed Abdel Aziz, lorsque frôlant le boycott international, après son putsch contre Sidi Cheikh Abdallahi en 2009, il le sollicita.  Mohamed Bouamatou parviendra non seulement à faire passer la pilule de ce énième coup de force de son fougueux cousin auprès des instances internationales, mais il prendra même en charge sa campagne présidentielle à coup de milliards d’ouguiyas. En récompense, Mohamed Abel Aziz, une fois installé au pouvoir, lui fera la guerre jusqu’à le pousser à l’exil, avant de lui confectionner un dossier judiciaire jusqu’au niveau d’Interpol. Mieux, il fera un chantage sur le gouvernement marocain pour demander l’expulsion de Mohamed Bouamatou qui possède une résidence à Marrakech où il s’était installé. C’est l’errance forcé pour ce fils du pays.

Avec lui, d’autres compagnons d’infortune subiront l’ostracisme d’un pouvoir qui pourchassait ses opposants, Ould Dabagh, proche collaborateur de l’homme d’affaires, l’homme politique Ould Abeidna, les artistes du groupe Ewlad Leblad, l’ancien conseiller de Blaise Compaoré, Limam Chavi, les journalistes Hannevi Dehah et Ould Belamech, la liste est longue.

Avec le retour de Mohamed Ould Bouamatou à Nouakchott, c’est une nouvelle page de l’histoire de la Mauritanie qui s’écrit alors qu’une autre en lambeaux, rejoint la poubelle de l’histoire.

Cheikh Aïdara

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