Dialogue politique en Mauritanie : Entre les exemples congolais et sénégalais

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Si au Sénégal, le dialogue politique a permis de réunir les acteurs de la vie nationale, y compris le PDS de Me Abdoulaye Wade, après la mini-crise qui a accompagné la révision constitutionnelle sur le mandat présidentiel,  au Congo-Brazzaville, l’appel lancé à la communauté internationale par la coalition de l’opposition pour initier un dialogue politique intervient alors que l’on compte encore les morts après les émeutes qui ont suivi la réélection forcée, pour un 3ème mandat obtenu sur le cadavre de la constitution, de Denis Sassou Nguessou. Entre les deux scénarios, la Mauritanie se cherche une voie qui semble de plus en plus se radicaliser.

Le Forum national pour le développement et la démocratie (FNDU), principale coalition de l’opposition vient de lancer un appel à mobilisation pour «faire échouer le dialogue politique prévu». Dans un communiqué qu’il vient de publier, le FNDU invite ainsi «toutes les forces patriotiques, personnalités et citoyens soucieux de l’avenir du pays, à se mobiliser pour faire échec à cette mascarade qui vise à engager le pays dans une voie périlleuse qui ne peut conduire qu’à des changements non maîtrisés ». Le communiqué indique que «le dialogue n’apportera pas les réponses attendues par les Mauritaniens qui constituent les seules préoccupations du FNDU».
Tout indique en effet que le pouvoir se prépare à lancer dans quelques jours, un dialogue qui risque de laisser en rade les pontes de l’opposition démocratique. Selon des sources proches du pouvoir, le dialogue qui s’annonce regroupera un panel beaucoup plus large et divers que celui tenu en novembre 2011 où seul un pôle de trois partis de l’opposition avait pris part. Des pourparlers avancés pourraient ainsi aboutir à une participation plus large. Quelques partis membres du FNDU seraient même attendus, à l’image du parti Arc-en-ciel, mais aussi des partis sans attache à une coalition tels que l’AJD/MR, ou encore d’autres non encore reconnus comme les FPC ex-Flam. D’anciens transfuges du RFD et du parti Tawassoul, des dissidents de l’UFP, ainsi que des partis formés par d’anciens cadres de l’opposition, pourraient apporter au dialogue programmé un certain élan consensuel. Mais selon plusieurs observateurs, «un dialogue politique sans Ahmed Ould Daddah restera sans aucune importance pour une grande partie de l’opinion nationale et internationale ».
Reste que certains prônent déjà l’exemple du Sénégal qui vient d’entamer un dialogue politique inclusif où toutes les questions seront mises sur la table, le mandat présidentiel, le statut de l’opposition ou encore la création de sièges de députés pour les Sénégalais de la diaspora, entre autres. Ce qui aurait pu servir de «pré-conditions » pour l’opposition représentée par le PDS, dont la libération de Karim Wade, font ainsi partie des négociations en cours.
A la différence du Sénégal, l’opposition mauritanienne compte d’abord «avoir les résultats du dialogue avant le dialogue »selon les partisans du pouvoir qui s’étonnent de l’attitude de ceux qui cherchent «à mettre les charrues avant les bœufs ».
Pour l’opposition cependant, ces pré-conditions sont les gages de la bonne foi d’un pouvoir qui n’a jamais respecté ses engagements.
Seulement, selon d’autres observateurs, ce blocage dont le dépassement aurait pu conduire au scénario sénégalais risque d’exacerber davantage les tensions et aboutir au scénario congolais.
En s’entêtant contre la volonté de son opposition à transgresser la constitution qui ne lui permettait que deux mandats, le président Denis Sassou Nguessou qui rempile pour la troisième fois, aurait ainsi conduit son pays vers l’instabilité politique et sociale. Des émeutes auraient fait des morts et pour sortir de la crise, l’opposition congolaise regroupée au sein du Frocad-IDC (Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique-Initiative pour la démocratie au Congo) vient ainsi de lancer un appel à la communauté internationale pour l’ouverture de pourparlers politiques.

2 Commentaires

  1. Ce qui est sûr c’est que la situation politique est préoccupante. Il ne faut jamais sous-estimer la réaction du peuple qui peut contourner les partis politiques pour exprimer, au besoin, son sentiment de ras-le-bol. « Still waters run deep ». La Mauritanie mérite un dialogue à la fois serein et crédible. L’accession ou le maintien au pouvoir doit se faire à travers le verdict des urnes. Et ce, de manière indęniablement transparente.

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