De Mossoul à Kidal : l’inquiétude de Marcel De Souza face à l’arrivée des combattants de Daech dans la région ouest-africaine

Marcel De Souza, président de la Commission des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) était l’hôte de la Mauritanie, le samedi 1er avril 2017. A sa sortie d’audience avec le Président Mohamed Abdel Aziz, il a évoqué sa crainte de voir les combattants de l’Etat Islamique, pourchassés à Mossoul en Irak, se replier dans la région ouest-africaine, notamment dans le Nord Mali et en Libye.

Marcel de Souza

La visite de Marcel De Souza, président de la CEDEAO à Nouakchott et son entrevue avec le Président de la République, Mohamed Abdel Aziz, a donné lieu à des analyses diverses. Si certaines sources ont évoqué des sujets brûlants que les deux hommes ont abordés lors de l’audience, notamment la question gambienne et le retour de la Mauritanie dans la communauté ouest-africaine, d’autres se sont focalisés sur la lutte contre le terrorisme, d’autant plus que Marcel De Souza a évoqué lors de sa courte allocution, sa crainte de voir les combattants de l’Etat Islamique, pourchassés en Irak se replier dans le Nord Mali, ou en Libye.

Certains spécialistes des questions terroristes au Sahel estiment que ces appréhensions du président de la Commission de la CEDEAO prouvent son ignorance et celle de ses conseillers sur les questions sécuritaires dans la région ouest-africaine et au Moyen-Orient, notamment les mécanismes de fonctionnement des groupes terroristes, leur mode de réflexion et la nature même des relations qui les lient, tout comme ils ignorent la situation qui prévaut dans le Nord Mali, en Irak et en Syrie.

Ces spécialistes considèrent que la ville de Mossoul en Irak est la capitale de l’Etat Islamique. Ceux qui y combattent ce sont ses leaders de premier rang et ses forces spéciales. S’ils perdent Mossoul, la Syrie leur offrira de vastes étendues de territoire où ils pourraient se replier avec un environnement qu’ils connaissent bien et avec lequel ils sont idéologiquement et socialement en symbiose.

A l’opposé, les groupes qui opèrent dans le Nord Mali sont rattachés à Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et à Al Qaïda dans le Bilad de Khourassane (l’organisation mère). Des organisations qui ont toujours entretenu avec l’Etat Islamique des liens concurrentiels et de préséance sur le terrain du Djihad et de la conception de ce que devrait être «Eddar El Khilava » ou l’Etat islamique idéal.

Ainsi, même sur le plan purement idéologique, Aqmi et l’Etat Islamique ne se piffent pas, les premiers accusant les derniers d’être des «Khouwarij», littéralement «ceux qui ont quitté le bon sentier», alors que pour l’Etat Islamique, Aqmi est une nébuleuse de mécréants, les «Juifs du Jihad» ; ceux qui combattent dans le mauvais chemin d’Allah.

Les spécialistes reconnaissent tout de même l’existence d’une minorité de combattants dans le Nord Mali qui se réclament de l’Etat Islamique. C’est le groupe d’Abou El Walid Saharaoui plus connu sous le nom de «Groupe de l’Etat Islamique au Mali» et qui opère près de la frontière du Niger et celle du Burkina Faso. Ce groupe ne serait nullement présent dans la région de Kidal dans l’extrême Nord du Mali en plein territoire Azawadi.

D’où, selon les spécialistes des groupes terroristes, une ignorance complète de la donne sécuritaire de la part de De Souza, même dans ses propos sur la Libye comme point de chute éventuel des combattants de l’Etat Islamique en déroute à Mossoul.

Ainsi, si la Libye aurait pu dans le passé constituer un véritable havre de paix pour les combattants de l’Etat Islamique, la situation ne serait plus la même actuellement, car l’Etat Islamique en Libye aurait perdu son principal fief, la ville de Syrte où il a été chassé par les partisans du général Haftar, mais aussi la ville de Derna dans la partie orientale de la Libye où ses combattants ont été débusqués par les islamistes. Aujourd’hui, l’Etat Islamique a été démantelé et morcelé en de petits groupes éparpillés et instables. D’où l’impossibilité de voir les dirigeants de l’Etat Islamique à Mossoul ainsi que leurs combattants se rabattre en Libye où ils ne disposent d’aucun territoire conquis.

Il est aussi tout aussi incompréhensible,  selon les spécialistes, que De Souza et les forces de la CEDEAO au sein de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) ignorent que les groupes terroristes n’opèrent pas seulement dans le Nord Mali, mais aussi dans ses régions Sud et Centre, les actions les plus sanglantes enregistrées ces dernières années couvrant les régions de Mopti, Ségou, jusqu’à Sikasso, Khayes et tout le Sud malien, pas seulement dans le Nord, à Menaka, Taoudenni ou Kidal. Cette fixation sur la ville de Kidal, parce qu’elle échappe au contrôle de l’administration malienne malgré la présence des forces françaises et celles de la CEDEAO ne serait pas, selon les spécialistes fortuites. Il s’agirait pour De Souza de particulariser Kidal comme point de fixation de tout le mal malien, sinon Mopti serait aussi une zone aussi dangereuse.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *