Référendum constitutionnel : les divergences qui minent le FNDU

De  boycott en boycott, le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), principale coalition de partis radicalement opposés au pouvoir, s’est effrité. Il est aujourd’hui en  marge du processus politique, totalement empêtré dans ses propres contradictions et ses divergences. Participer ou boycotter le référendum constitutionnel prévu le 5 août 2017 constitue actuellement la pomme de discorde qui divise ses dirigeants.

Plusieurs mois de réunions, de concertations et de conciliabules ne sont pas parvenus à décanter la situation au sein du plus grand rassemblement d’opposants en Mauritanie, le FNDU. Résultat, aucun consensus ne s’étant dégagé par rapport à la participation ou non au référendum constitutionnel prévu le 5 août 2017, huit partis ont décidé le boycott, alors que les autres ont décidé le vote pour le NON.

D’un côté, les faucons, comme le Rassemblement des forces démocratiques (RFD), champion es-boycottage. Le parti d’Ahmed Ould Daddah, le plus radical parmi les membres du consortium d’opposants, refuse tout compromis avec le pouvoir. Ses boycotts répétés à tout processus électoral et à tout dialogue avec le régime, a fini par le vider de ses principaux ténors qui, après de longues traversées du désert sans espoir de voir le bout du tunnel, ont tout simplement migré vers les rivages plus cléments du pouvoir. Aujourd’hui, le RFD qui était le principal parti d’opposition jusqu’en 2014, est absent des conseils municipaux comme au sein du Parlement. Un suicide politique dans lequel il s’enfonce jour après jour, année après année. Sur la même symphonie surfe le parti Union pour l’alternance démocratique (UNAD) d’Abdel Ghoudouss Ould Abeidna, actuellement en exil.

De l’autre côté, les participationnistes, comme la Convergence nationale démocratique (CND) de l’ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats, ex-ministre de la Justice sous la transition 2005-2007, Me Mahfoudh Ould Bettah qui prône la participation au référendum pour le vote du NON. C’est aussi l’option prise par les Islamistes de Tawassoul ou encore l’Union des Forces du Progrès (UFP).

Entre les deux camps, beaucoup de partis hésitent à choisir la bonne option.

Pour le camp des boycottistes, participer au référendum du 5 août équivaudrait à légitimer un processus illégal, confirmé par certains constitutionnalistes. Cet avis se base sur le fait que le président Mohamed Abdel Aziz, bloqué par le Sénat qui avait rejeté le projet de loi constitutionnel, ce qui mettait fin définitivement au processus, a usé d’un subterfuge anticonstitutionnel pour contourner la loi fondamentale.

Pour les tenants de la participation, boycotter ce serait laisser le champ libre au pouvoir pour consacrer le fait accompli. Ils estiment qu’en désertant le champ de la bataille politique, on permettrait au OUI de l’emporter. Il faudrait au contraire, d’après eux, se battre en faveur du NON pour faire barrage au référendum envisagé.

Cette analyse serait fondée sur une tendance jugée large de l’opposition sociale aux amendements proposés. La majeure partie de la population mauritanienne serait ainsi défavorable au référendum. Un capital politique que l’opposition ne doit pas laisser fondre, selon les partis favorables à la participation.

Il faut dire que le Recensement administratif à vocation électorale lancée depuis quelques mois par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) rencontre d’énormes difficultés. Les populations refusent tout simplement de s’enregistrer et les rangs au niveau de ses cellules décentralisées affichent une faible affluence. D’où les reports successifs des délais impartis. Certains soutiennent que la date du 5 août pourrait même être repoussée face au désintérêt manifeste du corps électoral.

Du côté du pouvoir, c’est déjà la panique. Le gouvernement s’est ainsi lancé dans la bataille, en obligeant les ministres et les hauts cadres de l’administration à descendre dans l’arène de la mobilisation populaire pour pousser les votants à s’inscrire. Des pressions seraient même exercées sur les fonctionnaires et les agents de l’Etat. Même dans les concours ouverts, le reçu de recensement au référendum est exigé. Certains trouvent ainsi dans la prolifération anormale des concours d’entrée dans les corps et les centres de formation professionnelle un subterfuge destiné à obliger les jeunes à se faire recenser.  La jeunesse, principale cible des autorités, semble en effet très peu intéressée par le référendum constitutionnel.

Sous le bassinet, une impitoyable guerre de tranchée entre le Sénat, dont la liquidation est prévue dans la future constitution et le gouvernement. D’où les refus tantôt des Sénateurs de recevoir certains ministres, allant dans certains cas, jusqu’à même boycotter le gouvernement, et de l’autre, des ministres qui refusent parfois de comparaître devant le Sénat. Un bras-de-fer sans ménagement s’est ainsi engagé depuis la fronde des Sénateurs qui obligèrent le pouvoir à tomber dans le piège de l’illégalité constitutionnelle. Qui emportera la guerre ? Les jours et les mois à venir, édifieront certainement mieux l’opinion publique nationale et internationale.

Cheikh Aïdara

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *