Renvoyée de Mauritanie, la délégation américaine se penche sur l’esclavage depuis Dakar

À Dakar, Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), a démenti les prétextes avancés par les autorités mauritaniennes sur leur refus d’accepter la visite des personnalités américaines anti-esclavage, déclarées persona non grata après leur arrivée à Nouakchott, vendredi 8 septembre dernier.

Birame, la main tendue devant le miacro entouré des membres de la délégation – Crédit photo IRA

«Parmi les résultats de ma visite à Chicago le 7 juin dernier, au cours de laquelle j’ai rencontré les activistes des droits de l’homme américains, dont des combattants historiques comme le Révérend Jessie Jackson et d’autres prêtres américains, mais aussi des Imams de mosquée et des libéraux qui ont contribué à la chute de l’Apartheid en Afrique du Sud, il y a l’organisation de cette visite d’une délégation du mouvement civique américain, largement édifiée par le mouvement IRA et SOS Esclaves sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. » C’est par ces propos que le leader anti esclavagiste Birame Dah Abeid a ouvert la conférence de presse qu’il a animée à Dakar aux termes de sa rencontre avec les membres de la délégation américaine qui a été refoulée de l’aéroport de Nouakchott le 8 septembre dernier.

IRA, pomme de discorde entre les Américains et les autorités

«Le calendrier de visite de la délégation américaine comportait, selon Birame, des rencontres avec les activistes des droits de l’homme mauritaniens et les acteurs de la société civile, mais aussi des réunions de travail avec les autorités.» Cette visite revêtait ainsi, dira-t-il en substance, un cachet hautement officiel, car l’ambassade américaine à Nouakchott a été saisie selon lui par le Département d’Etat américain pour instruire les autorités mauritaniennes sur l’arrivée de la délégation. Les autorités mauritaniennes n’auraient pas, selon lui, manifesté la moindre opposition à cette visite au départ, sauf au dernier moment où elles ont posé une seule condition : que le mouvement IRA soit exclu du programme de visite. Sauf que les Américains ont insisté pour rencontrer leurs partenaires du mouvement IRA, au même titre que leur autre partenaire SOS Esclaves. A rappeler qu’IRA est un mouvement créé en 2008 pour lutter contre l’esclavage, le racisme et toute forme de discrimination en Mauritanie. Les autorités mauritaniennes refusent de le reconnaitre.

Ainsi, après leur refoulement de l’aéroport de Nouakchott, raconte Birame, la délégation a tenu à rester à Paris pour prendre le vol à destination de la capitale sénégalaise pour y rencontrer les activistes d’IRA. «Notre mouvement a également tenu à accueillir les Américains à Dakar. Il a dépêché à cette occasion ses dirigeants ainsi que quelques victimes d’esclavage assez représentatives des différentes formes de servitude exercées en Mauritanie, des victimes de l’esclavage domestique, de l’esclavage foncier et du viol esclavagiste, mais aussi les exilés, les victimes de racisme et les rescapés des camps de la mort, sans compter les victimes d’arrestations arbitraires et de tortures », a-t-il souligné. Parmi les membres de la délégation du mouvement IRA, il a cité le sénateur Youssouf Sylla, échantillon représentatif selon lui «des sénateurs actuellement victimes de la chasse aux sorcières par un régime qui les punit parce qu’ils ont refusé d’entériner un projet de révision anticonstitutionnel ».

Démenti de la thèse officielle

Selon Birame, «parmi la propagande véhiculée par le gouvernement mauritanien et relayée par les organes d’information publique ainsi que les réseaux sociaux, pour expliquer l’autorisation refusée aux Américains d’entrer en Mauritanie, celle qui parle d’une délégation de mécréants venue pour détruire de l’intérieur le tissu social d’un pays musulmane.» Cette propagande est mensongère, dira le leader d’IRA, dans la mesure où la délégation comprenait également, selon lui, des érudits musulmans, dont le premier juge (Cadi) américain d’origine musulmane, mais aussi des membres d’associations islamiques et des imams de mosquée de Chicago, connus pour leur combat contre l’islamophobie aux Etats-Unis.

L’autre propagande distillée par les autorités mauritaniennes, selon Birame, parle d’une visite destinée à insuffler dans le pays un brin de racisme et de division. «Ce qui est encore archi-faux et mensonger », rétorque-t-il, car selon lui, la délégation comprend aussi bien des Noirs que des Blancs américains, tous réunis dans le même combat contre le racisme et la discrimination, d’une manière légale et pacifique, à l’image du Pr. Jonathan Jackson, connu pour sa lutte contre l’injustice.

En réalité, selon le président du mouvement IRA, «le principal objectif visé par les autorités à travers ce refus d’accorder à la délégation du mouvement civique américain le droit de rentrer en Mauritanie, c’est de faire peur aux activistes des droits de l’homme mauritaniens. »

«A cause de son registre historique rempli de pratiques racistes, d’iniquité et de mal gouvernance, le gouvernement mauritanien est mal placé pour donner des leçons en matière de démocratie, de justice, de respect des droits de l’homme, de lutte pacifique, de respect des lois et des nobles valeurs » dira Birame, «car il foule du pied tous ces principes, avec le plus grand mépris pour les lois, la Charia et l’Humain».  Et de poursuivre : «tous ces prétextes mensongers ne dérangent nullement le mouvement IRA qui jamais ne faiblira ni ne se soumettra à un régime inique, jusqu’à ce qu’Allah tranche entre nous. »

Selon lui, les membres de la délégation américaine ont longuement interrogé les victimes et sont partis convaincus de l’ampleur dramatique de la situation de l’esclavage et de la violation des droits humains en Mauritanie.

Cheikh Aïdara

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