Processus électoral, le Ministre de l’Intérieur démontre qu’il est le patron et non la CENI

Les masques sont vite tombés.  Les élections municipales, législatives et régionales prévues en septembre prochain seront contrôlés du début jusqu’à la fin par le Ministère de l’Intérieur.

Elections en Maurianie (photo d’archives RFI)

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui était sensée contrôler l’organisation et le suivi des élections municipales, législatives et régionales de septembre 2018 ne sera qu’un simple décor pour la consommation extérieure et un leurre jeté aux acteurs politiques. Le vrai patron de ce processus électoral est le Ministère de l’Intérieur. La démonstration vient d’en être faite : le Ministre a refusé d’entériner la décision prise par la CENI, pour répondre à une demande des partis politiques, de reporter de quatre jours le délai des dépôts de candidatures.

Ce premier scandale vient s’ajouter à la restriction des délais d’enregistrement sur les listes électorales. Initialement prévues pour deux mois, ils se sont finalement réduits à un seul. Autre élément troublant du micmac électoral qui se dessine et dans lequel tous les acteurs se sont jetés tête baissée, la nature non consensuelle de la composition de la CENI et la suppression unilatérale de l’ancienne liste électorale, remplacée par une nouvelle liste aux contours encore flous. Les résultats publiés suite à la dernière implantation du parti-Etat, l’UPR, affichent une liste présumée d’adhérents dépassant le million de personnes. C’est probablement elle qui servira à la confection de la liste électorale pour les prochaines élections, s’ils ne se greffent sur la nouvelle liste qui ne provoque guère d’engouement.

En effet, les déboires prévisibles de l’UPR, face aux nombreuses défections qui saignent ses rangs, à cause des mauvais choix portés sur des candidats souvent parachutés et rejetés par les bases du parti, pourraient être compensés par la machine de la fraude qui s’est déjà installée en aval, notamment cette mainmise déclarée du Ministère de l’Intérieur sur l’ensemble du processus électoral à venir. Cela pourrait peut-être expliquer la désinvolture avec laquelle l’UPR a choisi ses candidats, qu’ils plaisent ou pas à leur électorat de base ou à leurs cadres. Il est étonnant en effet de voir un parti s’engager dans des élections aussi cruciales et faire aussi peu cas de l’avis de ses adhérents. La seule raison envisageable à ce dédain, c’est que le parti se base sur des cartes occultes, en l’occurrence le soutien de l’administration territoriale qui aura sans doute le contrôle des élections. Dans ces conditions d’absence totale de transparence, doublée du refus déjà déclaré de la présence du moindre observateur international, les partis politiques risquent au finish d’être les dindons de la farce d’élections réglées d’avance au profit d’un système qui n’est pas prêt de lâcher le morceau ou de garantir une quelconque alternance politique au pouvoir.

Cheikh Aïdara

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