Loi sur la SR en Mauritanie, entre résistance culturelle et rigorisme religieux

Jamais texte, en Mauritanie, n’a connu accouchement aussi douloureux que la Loi sur la Santé de la Reproduction (SR) de 2017. Conçue et réalisée par la société civile et ses partenaires au développement, cette loi est restée près de dix années dans les tiroirs, véto des religieux oblige. Aujourd’hui, les contraintes liées à son application continuent à se poser avec acuité.

Table des officiels (Capture d’écran)

La formation organisée mi-novembre 2018 à l’intention de journalistes et d’acteurs de la société civiles par le Ministère de la Santé et celui des Relations avec le Parlement, avec l’appui du Bureau Mauritanie de l’UNFPA, montre combien les besoins en diffusion de la loi sur la SR sont énormes. «Nous avons besoin de vous pour assurer une large diffusion de la loi dans les médias, dans les villes et les campagnes» a lancé Brahim Vall, Chargé de programme à l’UNFPA.

En effet, la Loi sur la SR en Mauritanie reste mal connue, aussi bien par le personnel de santé que le grand public. Pourtant, elle a fait l’objet d’ âpres batailles menées pendant des années par un comité de plaidoyer, sous le leadership de l’ONG «Stop Sida», et des partenaires internationaux, USAID, Health Policy Plus (HP+), AFP, FP 2020. L’apport du Ministre de la Santé, Pr.Kane Boubacar, et celui du Coordinateur du Programme Nationale de la Santé de la Reproduction (PNSR), Dr.Sidi Mohamed Ould Abdel Aziz, ont été cependant décisifs.

«La loi souffre de plusieurs contraintes, résistance culturelle, faiblesse de la sensibilisation due au manque de moyens » a déploré Mohamed Mokhtar Mohamed, cadre au Ministère des Relations avec le Parlement.

Pour le Dr.Abdallahi Diombar Dieng, ancien point focal fistule à l’UNFPA «la loi donne certes le droit à l’accès aux soins de la SR, mais crée des barrières, comme la conditionnalité du pré-test nuptial pour l’accès aux documents d’état-civil ». Pour lui, certaines dispositions de la loi sont très en avance par rapport aux mentalités.

Présentation de Brahim Vall

Sur la procréation et la planification familiale, l’article 8 stipule que « tout couple a le droit de procréer et est libre de le faire autant qu’il le désire mais sans danger pour sa santé ». Cet article fait grincer des dents  dans une société où les mentalités restent réfractaires à l’idée d’un contrôle des naissances. Autre article qui heurte les mœurs, celui qui dispose que « tout couple, toute personne, y compris les adolescents et les enfants, a droit à l’information, à l’éducation concernant les avantages, risques et efficacité de toutes les méthodes d’espacement des naissances», ce qui suppose la possible introduction de modules sur la sexualité et la SR dans l’enseignement.

Ainsi, l’arsenal juridique sur la santé de la reproduction en Mauritanie devrait prendre impérativement en compte les exigences de l’Islam selon le législateur, qui circonscrit l’accès à la planification familiale, aux seuls mariés.

Dans un pays où les moins de 30 ans représentent 70% de la population et les moins de 18 ans, 50,5%, le non accès aux services de la contraception pour une population sexuellement active entraîne des drames sociaux énormes. La Mauritanie est en effet parmi les pays où les femmes meurent le plus en donnant la vie, 582 décès pour 100.000 naissances vivantes, soit 13 femmes chaque semaine. A l’inverse, 13 naissances sont enregistrées chaque heure en Mauritanie où le taux de croissance démographique est de 2,7% par an. Avec une taille par ménage de 6,5 enfants, avec plus de filles que de garçons, les familles mauritaniennes, majoritairement pauvres, connaissent souvent des drames douloureux, grossesses non désirées, mariages précoces, avortements et enfants abandonnés.

Cheikh Aïdara

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