Après altercation avec un Chinois au chantier du Port de NDiago, un camionneur mauritanien sous contrôle judiciaire

Sedigh Ould Halima, la trentaine, est camionneur dans une société chinoise chargée de travaux au Port de NDiago. Il se dit victime d’actes arbitraires non seulement de la part de ses employeurs chinois, mais aussi de la part de la gendarmerie de NDiago. Suite à une bagarre avec un pointeur chinois, qui l’aurait provoqué, il a été placé sous contrôle judiciaire par le Parquet de Rosso.

Le jeune Sedigh à l’extrême droite à coté de sa mère en compagnie de défenseurs de l’homme (Crédit Alioune Sow)

Le calvaire de Sedigh Ould Halima a commencé le 10 septembre 2019. Selon lui, le différend entre lui et le Chinois résulte du refus de ce dernier de lui pointer ces heures de travail, à la fin de son service de nuit, aux environs de 5 h 10 du matin. Quand il lui tendit sa feuille de pointage, le Chinois la mit dans la poche de sa chemise et refusa de le pointer. Lorsque le jeune tenta d’arracher sa feuille de pointage que le Chinois refusait de lui rendre, ce dernier lui asséna un coup de stylo sur la main, le blessant. Et c’est la bagarre,  avant qu’ils ne soient séparés.

Le Chinois alla se plaindre auprès de son supérieur, un autre Chinois. Ce dernier se rendit sur le champ au poste de gendarmerie distant de plusieurs kilomètres du camp pour porter plainte. Le jeune affirme que sans voiture, il ne pouvait les devancer pour porter lui aussi plainte. Il devait attendre la levée du jour pour trouver un taxi qui le déposa au poste.

A son arrivée, le jeune affirme avoir été humilié par les gendarmes devant les Chinois. Ils le placèrent en garde-à-vue et lui refusèrent même de parler avec sa mère qui l’appelait depuis Sélibaby pour s’enquérir de ses nouvelles. Le jeune fut conduit à NDiago, placé derrière les grilles. Pendant trois jours, dit-il, il ne trouva que peu à manger, ajouté au refus de le laisser prier parfois.

La veille de son déferrement, il déclare n’avoir pas eu envie de manger, tellement ses conditions de détention étaient inhumaines, enfermé dans un cachot sans fenêtre et au sol nu.  Les gendarmes lui auraient même refusé de se changer pendant qu’on le conduisait à Rosso. C’est le chauffeur du véhicule qui les transportait lui et le gendarme qui a fini par lui permettre de récupérer un pantalon de rechange à la base de vie du chantier.

Arrivé tard à Rosso, au lieu que le jeune prévenu soit conduit à la Brigade de gendarmerie, il passa la nuit chez un particulier, avec sa mère qui s’était déplacé depuis Sélibaby quand elle apprit sa mésaventure, ainsi que le gendarme accompagnant. Le lendemain, il a été entendu par un juge d’instruction, puis placé sous contrôle judiciaire, en attendant la tenue de son procès. Pourtant, selon les informations recueillies, le Chinois avait un arrête de travail de 24 heures seulement, ce qui, aux dires de sa famille, ne méritait pas qu’on inflige à Sedigh tout le calvaire et les humiliations qu’il a subi. Le Chinois n’aurait même pas été entendu. Il n’y eut même pas de confrontation pour savoir lequel des deux avait tort ou raison.

Cette affaire remet sur le tapis les nombreuses plaintes des travailleurs mauritaniens face à ce qu’ils appellent «l’impunité des employeurs chinois». Ils disent s’être toujours plaints de la situation de non droit qui règne dans les entreprises chinoises exerçant en Mauritanie, comme si, disent-ils, «ils jouissent du droit absolu de fouler au pied, la législation nationale du travail et les droits les plus élémentaires des travailleurs».

Cheikh Aïdara

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