Visite présidentielle à Néma : La vague de «réfugiés » et la guerre des clans

Article : Visite présidentielle à Néma : La vague de «réfugiés » et la guerre des clans
25 avril 2016

Visite présidentielle à Néma : La vague de «réfugiés » et la guerre des clans

Néma president Aziz

A son temps, une dame célébrissime de Néma était parvenue jusqu’à Ould Taya, dans la résidence du Wali. Là, elle le remercia pour les bienfaits qu’il accorde aux réfugiés de Néma. Elle demanda au président «savez-vous qui sont ces réfugiés ? ». Face à un Ould Taya désarçonné, elle balaye d’une main toutes les personnalités présentes dans le salon, du Wali au Hakem en passant par les ministres et tous les hauts responsables présents.  «Eux, ils vivent de tes largesses mais nous, populations de Néma, nous sommes riches du travail de nos mains ».  Aujourd’hui, alors que le tombeur de Ould Taya, Mohamed Abdel Aziz, s’apprête à se rendre à Néma, dans la ferveur d’un accueil que les cadres du Hodh veulent grandiose, y a-t-il quelqu’un de la trempe de cette dame pour lui dire ses quatre vérités ?

Plus la date fatidique du 3 mai 2016, celle de la visite du président Mohamed Abdel Aziz à Néma s’approche, plus la fièvre monte d’un cran. Aujourd’hui, certains parlent d’une ville saturée par un flot de visiteurs venus des quatre coins de la Mauritanie. Ils viennent s’ajouter au tohu-bohu  des autochtones, ramassés de tous les patelins du Hodh Charghi, puis parqués dans la capitale régionale. La crise du logement s’est installée. Certains ont déployé des tentes pour s’abriter de la chaleur torride qui assomme hommes et bêtes. A la température de surchauffe qui règne, vient s’ajouter la flamme des empoignades entre courants rivaux. Deux hommes s’affrontent dans cette fournaise. Deux hommes qui n’ont cessé par leur rituelle adversité à alimenter depuis quelques années le papotage des Mauritaniens. Il s’agit de l’actuel Premier ministre, Yahya Ould Hademine et de son prédécesseur Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Originaires tous les deux de ces mythiques zones orientales du pays, leur guerre d’influence pour le contrôle de la région n’a cessé de servir les potins.
A coups de réunions dinatoires, de ratissages larges au-delà même du Hodh Charghi, chacun des deux camps tente de démontrer qu’il détient la clé du réservoir électoral de la région. C’est ainsi que Moulaye Ould Mohamed Laghdaf aurait pratiquement transformé sa maison à Tevragh-Zeine en état-major opérationnel d’où partent les messagers et les rabatteurs. Un mouvement mobilisateur qui n’a pas manqué de susciter l’ire des partisans du Premier ministre Yahya Ould Hademine. Ces derniers font circuler à tout bout de champ que les cadres ressortissants du Hodh ont tous boycotté ses soirées folkloriques et que sur les 15 députés que compte la Wilaya, seuls deux députés ont répondu présent à ses appels du pied, plus un maire et trois sénateurs sur sept. Selon eux, l’ensemble des notables et des cadres qui comptent réellement sont avec Ould Hademine. Ils vont même jusqu’à accuser Moulaye Ould Mohamed Laghdaf de se servir du téléphone de la présidence de la République pour intimider et menacer tous ceux qui oseront boycotter ses soirées.
Mais à l’échelle de toutes les visites présidentielles qui ont eu lieu à Néma depuis la naissance de la Mauritanie, celle que s’apprête à effectuer Mohamed Abdel Aziz à partir du 3 mai prochain, ne dérogerait pas à la règle selon les observateurs. Elle ne serait qu’une énième visitation comme toutes celles qui l’ont précédée et où les mobilisations ont chaque fois été qualifiées d’historique.
Dans ce cadre, quelqu’un a rappelé une anecdote qui a eu lieu lors d’une des visites «historiques » de l’ancien président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya à Néma. Une auguste dame, très respectée au niveau de la région, aurait quitté son lointain patelin à bord d’une charrette poussée par un âne. Arrivée à Néma, personne n’osa lui barrer la route alors qu’elle se dirigeait vers la résidence du Wali où le président avait pris ses quartiers. On la laissa entrer dans le salon où Ould Taya se reposait en présence du Wali, du Hakem, des membres ministériels de sa délégation et de plusieurs hauts responsables. Il se pencha vers le Wali pour lui demander qui était cette dame. Et le Wali de lui souffler qu’elle est l’une des plus grandes figures féminines de la région. Alors elle s’adressa au président en lui disant qu’elle est venue pour le remercier pour l’attention qu’il accorde aux «réfugiés ». Ould Taya avait le visage rayonnant de satisfaction. Alors, elle lui lança «Monsieur le président, vous ne me demandez pas qui sont ces réfugiés ? » Désarçonné, Ould Taya se tourna vers le Wali. Puis demanda «qui sont-ils ? » Elle balaya sa main sur l’assistance. «Tous ces gens sont des réfugiés sur qui vous avez étendu vos bienfaits en leur donnant une partie du budget de l’Etat, des postes de responsabilité, des privilèges. Et ils ont encore plus besoin de vous ».
Elle se tut puis enchaina «quant aux gens de Néma, ils sont opulents ; les femmes préparent le couscous et le vendent, les hommes gagnent leur vie de la sueur de leur front, en exploitant les richesses de leur terre ». Puis, désignant son âne qu’elle avait traîné jusque-devant la porte, «mon âne comme vous voyez Monsieur le président, il est rassasié non pas par les aliments de bétail que donne votre gouvernement, mais par notre récolte et nos herbes». Le président et son assistance sont restés médusés par le discours de la vieille dame, aujourd’hui disparue. D’après les faits de l’époque, beaucoup de cadres de Néma ont perdu leur poste à la suite de cette diatribe.
Et pourtant, l’accueil accordé à Ould Taya fut fastueux et grandiose. «Y a-t-il quelqu’un à Néma, capable de faire entendre au président Mohamed Abdel Aziz un tel discours ? » se demandent nostalgiques quelques frondeurs.

Cheikh Aïdara

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