Athéisme, prosélytisme, laïcité…et le silence assourdissant des mosquées

Article : Athéisme, prosélytisme, laïcité…et le silence assourdissant des mosquées
21 février 2020

Athéisme, prosélytisme, laïcité…et le silence assourdissant des mosquées

Depuis des jours, une affaire d’athéisme, de prosélytisme et de laïcisme défraye la chronique et secoue la conscience de millions de mauritaniens. En face, le silence énigmatique et tonitruant des mosquées, notamment la Mosquée Saoudienne, fer de lance de toutes les indignations au nom d’Allah. Que se passa ?

Athéisme, prosélytisme, laïcité…et le silence assourdissant des mosquées

Lorsque Birame Dah Abeid, président du mouvement Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) avait incinéré en 2012 quelques ouvrages du rite malékite dans un geste symbolique tendant à dénoncer leur contenu que lui et ses partisans accusent de sacraliser l’esclavage, d’immenses foules se sont déversées vers la présidence de la République pour demander sa tête. Pendant des jours, le lynchage médiatique contre Birame se poursuivra sur toutes les tribunes avant d’aboutir à son incarcération, puis sa libération triomphante après quelques mois d’emprisonnement.

Et lorsque plus tard, Mohamed Ould M’Khaïtir publia un texte jugé offensant envers le Prophète (PSL), l’indignation prit une telle ampleur qu’un mouvement dénommé «Ahbab Rassoul » fut crée, animant chaque vendredi des meetings populaires où les manifestants scandaient «A mort à Ould M’Khaïtir», dans un concours de haine populis. Pendant des semaines, les foules remplies de colère réclameront sa tête, nourrissant l’actualité et faisant les gros titres des mass médias locaux. La fin de ce feuilleton est bien connue. Les initiateurs du mouvement «Ahbab Rassoul » se crêperont les chignons suite à une série de scandales dignes du mariage de la fille de Satan, tandis que le jeune MKhaïtir, séquestré bien après sa condamnation libératoire, sera exfiltré pour un difficile exil à l’étranger.

Aujourd’hui, d’autres sont allés sur un palier supérieur. Il s’agit d’un groupe de jeunes dont certains sont accusés de s’être engagés sur la pente de l’athéisme, donc reniant Allah et ses prophètes, son Paradis et son Enfer, dans un élan d’incroyance qui peut, si les accusations sont étayées, les conduire à la potence selon la législation nationale. D’autres sont accusés de prôner une Mauritanie laïque, sans interférence du religieux dans la conduite des affaires politiques, en rupture avec l’esprit de l’Islam qui est, selon les interprétations, une religion politique par essence dont l’ambition est de régenter la vie de l’homme ici-bas et dans l’au-delà. D’autres sont accusés d’avoir distribué des évangiles.

Aujourd’hui, il est permis de se demander, pourquoi cette sélectivité dans l’indignation des mosquées ? Et si les jeunes aujourd’hui poursuivis pour athéisme, laïcité et prosélytisme étaient des négro-mauritaniens ou des haratines ? Que se serait-il passé ? A la lumière du cas du Hartani Birame et du forgeron Ould M’Khaïtir, les foules se seraient déversées dès le premier jour dans des marches vociférantes pour réclamer l’application de la Chari’a. Nouakchott vivrait aujourd’hui sous la cadence des indignations au nom d’Allah. Les télés et les radios se transformeraient en tribunes non stop où érudits, non-érudits se succéderont pour dénoncer des «dérives dangereuses pour la Umma ». Ce serait des conférences à charge à ne plus finir. Mais comme il s’agit de jeunes maures bon goût bon ton, dont certains de la haute aristocratie, c’est silence radio et profil bas. Aucune mosquée ne s’est indignée, aucune station télé ou radio n’a traité de l’événement. Comme si rien ne s’est passé. Une banalisation effrayante dans une affaire où c’est la foi islamique qui a été publiquement malmenée.

Une telle attitude à plusieurs noms. Racisme, de la part d’un clergé qui utilise la religion pour mater une certaine frange de la population et en épargner d’autres. Discrimination, au nom de la solidarité tribale et ethnique. Hypocrisie qui consiste à s’indigner au nom de la religion selon la race ou la classe sociale de l’offenseur. C’est la loi juive qui stipule «quand un noble vole on passe l’éponge, et quand un manant du bas-peuple vole, on le châtie».

Cheikh Aïdara

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