La Malnutrition, ce tueur silencieux qui a mobilisé depuis Abidjan la société civile SUN en Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar

Article : La Malnutrition, ce tueur silencieux qui a mobilisé depuis Abidjan la société civile SUN en Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar
8 mars 2020

La Malnutrition, ce tueur silencieux qui a mobilisé depuis Abidjan la société civile SUN en Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar

«Nous n’avançons pas en matière de lutte contre la malnutrition. Nous avons fixé des priorités certes, mais il nous faut maintenant les opérationnaliser et mettre les acteurs au cœur du combat face à un tueur en série». Cette déclaration de Mamadou Diop, Représentant résident de «Action Contre la Faim » pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a été un message fort lors de la rencontre initiée par le mouvement Scaling-Up Nutrition (SUN) en direction des alliances de la société civile tenue du 24 au 27 février 2020 à Abidjan (Côte d’Ivoire).

Table des officiels à l’ouverture de l’atelier à Abidjan (Crédit Aidara)

En prélude au Sommet mondial «Tokyo 2020» sous le thème «Nutrition et Croissance» pour lequel les 60 pays membres du Mouvement Scaling-Up Nutrition (SUN) ainsi que la communauté internationale se préparent activement, une rencontre a réuni du 24 au 27 février 2020 à Abidjan (Côte d’Ivoire), les alliances SUN de la société civile de 19 pays membres d’Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar.

Pendant quatre jours d’intenses travaux marqués par des communications de haut niveau, les participants venus du Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gambie, Gabon, Ghana, Guinée Conakry, Guinée Bissau, Libéria, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, République Centrafricaine, Sénégal, Sierra Leone et Tchad, ont échangé avec des acteurs de la malnutrition venus de la Suisse, de la France et d’Angleterre notamment. Les discussions ont porté sur le Capital humain, le sommet «Nutrition pour la croissance» à Tokyo prévu en décembre 2020, mais aussi sur le plaidoyer, les stratégies et approches spécifiques à la nutrition.

Cette rencontre d’Abidjan a été d’autant plus opportune qu’elle intervient au moment où le mouvement SUN, créé en 2010, s’apprête à s’engager dans une phase 3.0 qui s’étirera jusqu’en 2025.

Les chiffres effrayants de la malnutrition en Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar

Une partie des participants (Crédit Aidara)

Conseillère régionale en santé et nutrition au Bureau ACF basé à Dakar, Fanta Touré Diop a donné un aperçu sur les données et les tendances en matière de nutrition en Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar. Celles-ci, selon elle, restent alarmantes, malgré de légers progrès entre 2012 et 2018, en termes d’insuffisance pondérale qui touche 1 enfant sur 7, d’allaitement maternel exclusif (37% en 2012, 41,6% en 2018),  de retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans en baisse de 21, 9% en 2018, mais qui continue à toucher 148 millions d’enfants. Elle estime que certains pays, comme le Ghana, le Libéria, la Cote d’Ivoire ou encore le Sénégal sortent à peine du lot.

Le Capital humain, une notion encore mal appréhendée dans la région

La malnutrition a une réelle incidence sur la productivité d’une population, partant sur le développement socioéconomique, culturelle et scientifique des Etats. C’est le constat fait après l’exposé présenté par Dr. Songho de la Banque Mondiale qui a tenu à faire la différence entre Indice du Développement Humain (IDH), basé sur la richesse et le PIB, et Indice du Capital Humain (ICH) qui est la valeur totale de la santé, des aptitudes, des connaissances, de l’expérience et des habitudes d’une population et qui est resté longtemps hors jeu alors qu’elle plaide en faveur de la valorisation du capital humain de la prochaine génération. Il est en effet de plus en plus établi, selon Dr. Songho que le désintérêt pour les investissements dans les ressources humaines peut affaiblir radicalement la compétitivité d’un pays dans un monde en mutation rapide dont les économies ont besoin toujours plus de main d’œuvre qualifié pour maintenir leur croissance.

Quel financement pour la nutrition en Afrique de l’Ouest et du Centre
La question de la nutrition est devenue si récurrente que des institutions financières telles que la Banque Africaine de Développement (BAD) a engagé un plan multisectoriel qui passe par le renforcement des capacités de ses cadres et responsables dans le domaine de la nutrition, afin de répondre plus efficacement aux fortes demandes que ce secteur commence à susciter, pour ne citer que le Centre de formation en nutrition pour les pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique Australe dont le siège est au Burundi, ou encore la priorité donnée à ce sujet par l’Ethiopie qui a institué un Comité interministériel de lutte contre la malnutrition, ou mieux encore, le Centre d’Excellence Régional contre la Faim et la Nutrition (CERFAM) dont le siège est à Abidjan, mais surtout la place de la nutrition en tant que pilier essentiel des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 (ODD 2).

Aujourd’hui, l’accent est ainsi mis sur le tracking budgétaire en matière de nutrition pour garantir l’efficacité et la transparence des dépenses dans le secteur. Ainsi, beaucoup de pays dont la Mauritanie disposent d’un Plan d’action multisectoriel de nutrition (PAMN), mais non budgétisé donc non opérationnel. Mais les fonds étant rares, il est de plus en plus question de fonds innovants ou fonds catalyseurs, comme le «Power of nutrition » ou encore les fonds GFF devenus accessibles à la Mauritanie depuis 2019.

Et la compétition est rude, les pays les plus attirants pour les bailleurs étant ceux qui accordent beaucoup plus de ressources domestiques à la nutrition comme le Burkina Faso qui a dégagé un budget de 120 millions de dollars U.S de fonds propres. Ce qui en fait un des pays champions en Afrique de l’Ouest et du Centre en matière de nutrition. Un pays comme le Sénégal est ainsi parvenu lui aussi à décrocher plus de 496 milliards de francs Cfa du GFF pour soutenir son plan de réduction de la mortalité, néonatale, infanto-juvénile, des adolescents et des jeunes (2018-2022).

Il est ainsi recommandé aux Etats d’aligner les financements innovants à leurs plans nationaux multisectoriels de nutrition avec l’appui du point focal, à faire des analyses des dépenses de nutrition, de mobiliser des ressources domestiques, entre autres. Au cœur de ce combat de titan, la multisectorialité de la nutrition qui tarde à se mettre en place dans les pays d’Afrique de l’Ouest, du Centre et Madagascar, ainsi que l’absence dans ces pays de la Couverture santé universelle que l’on continue de saupoudrer sous sa forme déguisée, la couverture médicale universelle qui n’accorde que peu d’intérêt à la prévention, laquelle est au cœur de la lutte contre la malnutrition.

Rencontre entre le Mouvement de la société civile SUN Mauritanie et le Secrétariat de Genève à Nouakchott -Crédit Aidara

La Mauritanie a ainsi intérêt à s’aligner sur cette dynamique, pour gérer son avenir avec une population en bonne santé nutritionnelle, capable d’être productive pour le pays, sans compter l’impact que cet engagement pour la nutrition aura sur les dépenses de santé. La visite toute récente à Nouakchott de Mme Gerda Verburg, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Coordinatrice du mouvement SUN, donnera certainement de l’impulsion à la volonté des nouvelles autorités mauritaniennes qui semblent accorder à la santé une priorité toute inédite.

A noter que la cérémonie d’ouverture et de clôture de ce rendez-vous annuel du mouvement SUN à Abidjan été marquée par des échanges de discours entre Mamadou Diop, Représentant résident de Action Contre la Faim en Afrique de l’Ouest et du Centre, Patricia N’Goran Thecky, Point Focal de SUN Côte d’Ivoire représentant l’Etat ivoirien, Morgan Daget du Secrétariat de SUN Global, Matheus MHuru, Chair Civil Society pour l’Afrique Australe et l’Afrique de l’Est et Helene Gnionsahe, Présidente SUN société civile Côte d’Ivoire.

Le rôle de certains partenaires comme l’UNICEF a été particulièrement mis en exergue lors de cette rencontre, à laquelle la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement, ont activement pris part, ainsi que l’initiative African Leaders for Nutrition (ALN) et le Centre d’Excellence Régional contre la Faim et la Nutrition (CERFAM) basé à Abidjan.

Cheikh Aïdara

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