Dans sa conférence de presse, Aziz attaque Ghazwani et lance un défi à la justice mauritanienne

Article : Dans sa conférence de presse, Aziz attaque Ghazwani et lance un défi à la justice mauritanienne
31 août 2020

Dans sa conférence de presse, Aziz attaque Ghazwani et lance un défi à la justice mauritanienne

Pendant deux heurs d’horloge, entouré d’un cercle restreint de fidèles, l’ancien président Mohamed Abdel Aziz a tenté, au cours d’une conférence de presse animée à son domicile la soirée du jeudi 27 août 2020, de convaincre l’opinion sur son innocence par rapport à toutes les accusations portées contre lui et ses proches. Evoquant une «campagne de diabolisation» le visant de la part d’une Commission d’enquête parlementaire revancharde, selon lui, et dont il déclare n’accorder aucune légitimité, il a attaqué Ghazwani et lancé un défi à la justice mauritanienne par rapport à sa culpabilité.

Finalement, les Mauritaniens sont restés sur leur faim après la conférence de presse animée dans la soirée du jeudi 27 août 2020 par l’ancien Chef de l’Etat, Mohamed Abdel Aziz,  à son domicile. Tout le monde pensait que l’ex-président allait faire le grand déballage et se laver de toutes les accusations portées contre lui, notamment l’origine de son immense fortune amassée durant les 11 années au cours desquelles il a conduit les affaires du pays, ou encore des détails convaincants par rapport au contrat avec la société Arise, ou revenir sur le contrat léonin accordé à Poly Hondong qu’il n’a même pas mentionné et sur lequel aucun des journalistes ne l’a interpelé . Rien encore sur le dossier de l’électricité, ni sur le foncier ou encore plus clairement sur la Fondation de la SNIM.

Des généralités et aucune argumentation convaincante. Voilà la substance tirée de cette longue conférence, où Aziz n’a pu ni corser sa défense ni éclairer les Mauritaniens sur les dossiers pour lesquels lui, sa famille et ses anciens collaborateurs sont aujourd’hui interpellés.

Hormis le silence radio sur l’origine de sa fortune, principale source de toutes les accusations portées contre lui, Mohamed Abdel Aziz a tenté de déplacer les soupçons en s’attaquant à l’actuel Chef de l’Etat, Mohamed Ghazwani et sa première année de gouvernance, tout en lançant à la justice mauritanienne le défi de prouver son implication dans la moindre forfaiture au cours de ses deux mandats comme Président de la République.

Aziz contre attaque et accuse Ghazwani

Mohamed Abdel Aziz a cité pas moins de cinq fois au cours de la conférence de presse, l’actuel président, Mohamed  Cheikh Ghazwani. En résumé, la gabegie au cours de la première année de gestion des affaires de l’Etat par l’actuel régime dépasse, selon lui, tout entendement. «Au lieu de fouinier sur la gestion de la décennie passée, enquêter d’abord sur ce qui est plus proche, la gabegie de cette première année de magistrature de l’actuelle équipe au pouvoir» a-t-il lancé.

Il a évoque par ailleurs le budget de la présidence de la République qui aurait augmenté de 80 fois, mais surtout les voitures données par les partenaires au cours des deux sommets, celui de l’Union Africaine et la Ligue Arabe. Selon lui, il a laissé quelques 70 véhicules à la présidence lors de son départ, soulignant n’en avoir distribué aucun et insinuant que des dons auraient été faits après son départ à certains particuliers.

Il a parlé aussi des routes construites par l’actuel pouvoir à des prix exorbitants par rapport à son époque, car dit-il, des routes ont été construites récemment à 160 millions MRO le kilomètre, alors que sous sa présidence, les prix n’ont jamais dépassé 115 millions MRO.

60 avocats recrutés

Plus scandaleux encore, d’après lui, cette cohorte de 60 avocats recrutés dans cette affaire qui le vise et qui va coûter inutilement de l’argent énorme au Trésor public.

Il a aussi cité Mohamed Cheikh Ghazwani, notamment son cousin, dans l’affaire du Ghanagate. Présentée par la presse comme une énorme affaire de trafic de faux dollars transportés par caisse et dans laquelle est citée Coumba Bâ, ancienne conseillère à la présidence de la République, l’affaire du Ghanagate reste encore un mystère et les explications fournies par Mohamed Abdel Aziz au cours de la conférence n’ont fait qu’ajouter encore plus de confusion. Comment l’opinion peut gober l’histoire d’un transfert de 400.000 dollars pour des «raisons humanitaires» en aidant un «ancien soldat iraquien», musulman, vivant avec ses filles, installé au Ghana et qui comptait venir investir et vivre dans une République Islamique, la Mauritanie. Et comment également expliquer que cette affaire ait été réglée incognito, loin des méandres de la justice et des canaux officiels.

L’autre dossier dans lequel Mohamed Abdel Aziz a cité l’actuel président, Mohamed Cheikh Ghazwani, c’est le dossier Senoussi dans lequel ce dernier serait fort impliqué d’après lui, car ayant conduit les négociations avec les autorités libyennes venues le récupérer. Les 200 millions de dollars, fruit de ce que la presse avait nommé «la rançon de Senoussi », sont-ils rentrés dans les caisses de l’Etat comme l’a affirmé Aziz au cours de sa conférence ? L’opinion publique mauritanienne n’en a jamais en tout cas été informée, malgré les interpellations des députés de l’Assemblée Nationale sur la question. La propre fille de Senoussi a déjà dénoncé ce «trafic » dont fut objet son père sur plusieurs sites d’informations, dont France 24 en Arabe.

La justice mauritanienne interpellée

Aujourd’hui, la balle est dans le camp de la justice mauritanienne dont la crédibilité, la compétence et le professionnalisme sont mis à rude épreuve, après le défi que l’ancien président Mohamed Abdel Aziz lui a lancée au cours de sa conférence de presse.

En effet, Mohamed Abdel Aziz a déclaré qu’il n’a rien à se reprocher et que toute sa fortune a été amassée légalement, qu’il n’a jamais pris un sou de l’argent de l’Etat mauritanien. L’opinion publique mauritanienne quant à elle reste persuadée que l’ancien président est assis sur l’une des plus grosses fortunes du monde. Certains vont jusqu’à l’évaluer à des centaines de milliards de dollars dont la majeur partie aurait été investie à l’étranger, dans des immeubles achetés  à travers plusieurs capitales européennes et dans le Golfe, dans des participations dans de gros capitaux, dans des projets et usines dans la sous-régions, et même l’achat d’un parc d’attraction en Indonésie. En Mauritanie, le clan Aziz est cité comme le plus grand propriétaire foncier du pays, sans compter des investissements colossaux dans l’immobilier, la pêche, l’agriculture, les hydrocarbures, les mines, notamment les mines d’or, dans la concession automobile, l’assurance, le commerce général, etc.

Vrai ou faux, c’est à la justice mauritanienne d’apporter des réponses justes à toute cette montagne d’allégations portée contre l’ancien président et qui nourrit ces jours-ci les fantasmes du peuple.

A noter que Mohamed Abdel Aziz a été soumis à une garde-à-vue de huit jours à la Brigade chargée des crimes économiques et financiers, sans qu’il ait accepté de coopérer avec les enquêteurs. Relâché depuis lundi 24 août 2020, Mohamed Abdel Aziz n’a pas encore été inculpé par la justice.

Cheikh Aïdara

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