Mauritanie : l’apatridie, le nouveau combat du député Birame Dah Abeid

Article : Mauritanie : l’apatridie, le nouveau combat du député Birame Dah Abeid
15 octobre 2020

Mauritanie : l’apatridie, le nouveau combat du député Birame Dah Abeid

En marge de la conférence de presse que le député Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) Mauritanie, avait animée lundi 12 octobre 2020 à Nouakchott, hommes et femmes étaient rassemblés en masse devant son siège. Leur point commun, l’apatridie dans leur propre pays. Un combat que Birame Dah Abeid compte mener pour rétablir les Mauritaniens dans leur citoyenneté.

Birame Dah Abeid (en boubou blanc) entouré de son staff – Crédit Aidara

Le député et président de IRA-Mauritanie, Birame Dah Abeid, a animé lundi 12 octobre 2020 à Nouakchott, une conférence de presse à laquelle avaient assisté plusieurs journalistes. Le thème que le leader abolitionniste a abordé durant sa rencontre a porté sur le récurrent problème de l’apatridie qui s’aggrave d’année en année, face à la masse impressionnante de Mauritaniens privés de pièces d’état-civil.

Le responsable chargé de l’Etat-civil à IRA explique les divers parcours des victimes – crédit Aidara

Les victimes se compteraient par plusieurs milliers à travers tout le pays. Le député a pointé du doigt ce fameux recensement de 1998, exigé par les autorités, et qui selon lui, avait été mal mené, car n’ayant pas été inclusif. « Il n’y a pas eu une réelle sensibilisation à l’époque et beaucoup de personnes, pour des raisons de voyage, d’occupation ou pour s’être absenté momentanément, avaient raté le passage des agents recenseurs qui ne sont jamais revenus dans les familles pour recenser les personnes absentes au moment de leur passage », a-t-il déclaré. D’où, selon lui, les situations kafkaïennes de personnes ne disposant pas de pièces d’état-civil, alors que leurs parents et leurs frères ont été recensés. Et ces personnes courent depuis plus d’une décennie pour être réhabilités dans leurs droits.

Ces Mauritaniens exclus du système d’identification nationale sont ainsi privés de travail, ne peuvent ni se soigner ni envoyer leurs enfants à l’école, encore moins voyager ou jouir des droits accordés aux citoyens, notamment le droit d’effectuer des transactions financières ou de bénéficier de soins médicaux en tant que nationaux.

L’anecdote d’une femme évacuée de la ville d’Adel Bagrou, citée par le député Birame Dah Abeid, est révélatrice du calvaire vécu par les Mauritaniens apatrides. L’hôpital national avait exigé d’elle de payer 25.000  MRO par jour pour son hospitalisation, puisqu’elle ne disposait pas d’une pièce d’identité. Ce que la situation de pauvreté de sa famille ne lui permettait nullement.

Ainsi, plusieurs femmes mauritaniennes dépourvues de pièces d’état-civil ne peuvent pas jouir du forfait obstétrical ni se soigner ou soigner leurs enfants sauf à des prix exorbitants, supérieurs à ceux requis auprès de leurs concitoyens. Des milliers d’enfants sont ainsi exclus du système éducatif.

M. Soumaré sur les calvaires des membres de la diaspora – Crédit Aidara

Egalement, des milliers de Mauritaniens de la diaspora vivent aussi le même calvaire, notamment ceux ayant perdu leur carte de séjour ou contraints de renouveler leur passeport.

Birame Dah Abeid a ainsi salué l’initiative prise par le président Mohamed Cheikh Ghazouani de redynamiser le conseil interministériel chargé de résoudre les problèmes d’état-civil.

«Pour contribuer à cette salutaire initiative, nous avons décidé à notre niveau d’ouvrir deux bureaux, ici à l’Ilot K où se trouve notre siège principal ainsi qu’au niveau de notre bureau de PK 10 où une permanence sera installée pour recevoir tous ceux qui ont des problèmes d’état-civil, afin de les recenser et de nous assurer de leur situation pour tenter de lever les obstacles qui empêchent leur recensement auprès des autorités » a-t-il promis.

Plusieurs témoignages ont été recueillis par les journalistes, au cours de l’entretien populaire que le président Birame Dah Abeid avait accordé aux victimes qui s’étaient massés autour de lui, sous un soleil de plomb.

Cheikh Aïdara

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