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Clinique mobile Santé Reproductive et Violences Basées sur le Genre, un besoin fort exprimé par les femmes rurales du Trarza

Pendant douze jours, du 15 au 26 mars 2021, une clinique mobile constituée de deux assistantes sociales, une sage-femme et une infirmière, a sillonné plus d’une dizaine de localités du Trarza. L’objectif, fournir des services de santé sexuelle reproductive et violences basées sur le genre à des femmes en état de grossesse ou en âge de procréer vivant dans des villages peu accessibles aux structures de santé et sinistrés par les inondations de 2020.

Clinique mobile, séance de sensibilisation – Crédit Aidara
Fary Souleymane Ba – Crédit Aidara

« Partout où nous sommes passées, il y avait une foule de femmes pressées de recevoir conseils, services en santé sexuelle et reproductive (SSR) et violences basées sur le genre (VBG) ». C’est en ces termes que Fary Souleymane Bâ, infirmière à la Direction de l’Action Sanitaire (DRAS) de Rosso, capitale de la Wilaya du Trarza, a témoigné. Membre de la clinique mobile qui a sillonné du 15 au 26 mars 2021 plusieurs localités du Trarza, elle estime que cette initiative a été hautement appréciée par les femmes qui, pour des raisons d’enclavement ou de moyens financiers, n’ont pas accès aux services sociaux de base, notamment des services SSR et VBG.

« Nous sommes allées à NDiago, Birett, Zira, Keur Macène, Breun, Dieuk, Rosso, Moïssa, Medina Fanaye, Amara, Oum Ghoura, Gagni, Thiambène, Chigara et Garak. L’affluence était partout importante et il y avait beaucoup de cas d’infection, d’anémie et de mariages d’enfants » a-t-elle affirmé.

L’accès aux soins SSR et VBG, une urgence au Trarza

Sur la même lancée, Labouda Fofana, sage-femme à la DRAS de Rosso, a apporté plus de précision. Selon elle, « les objectifs de la clinique mobile ont été largement atteints, mais les besoins sont encore toujours plus forts ». Elle recommande d’organiser si possible une clinique mobile tous les trois mois. Selon elle, les attentes des femmes dans ces zones enclavées de la région du Trarza, sinistrées par les inondations de 2020 et ayant peu d’accès aux structures de santé, sont très récurrentes.

Labouda Fofana- Crédit Aidara

Labouda Fofana a regretté le stock insuffisant de médicaments dont la clinique mobile était dotée, ce qui fait que beaucoup de femmes, selon elle, n’ont pas eu accès à ce service, notamment les femmes en état de grossesse. « Beaucoup de femmes nous ont aussi demandé des moustiquaires imprégnées, mais on n’en avait pas » a-t-elle ajouté. « Nous avons procédé à 5 retraits d’implants pour des femmes qui, pour des raisons d’éloignement, ne pouvaient pas venir jusqu’à Rosso » a-t-elle affirmé.

Clinique mobile, distribution de médicaments- Crédit Aidara

Ainsi, la clinique mobile SSR et VBG du Trarza a enregistré 245 cas d’infections sexuellement transmissibles (IST), 19 cas d’anémie, 5 hypertendues artérielles et deux cas de VBG (viols) dont les survivantes ont bénéficié d’une prise en charge médicale et psychosociale. Elle a aussi offert 142 consultations prénatales et 27 consultations post-natales. La clinique a distribué 173 condoms masculins, 170 pullules et 31 injections contraceptives,

C’est surtout le nombre élevé de mariages d’enfants (entre 12 et 14 ans) qui fait monter le curseur VBG dans ces localités éloignées et enclavées, selon le personnel de la clinique mobile.

Médina Fanaye, l’impression d’abandon

Bien que centenaire, le village Médina Fanaye Mauritanie ne peut être retrouvé qu’en demandant le chemin de son pendant plus célèbre, de l’autre côté de la rive. Pour dire l’enclavement jusqu’à la non identification sur carte de cette localité située à une trentaine de kilomètres de la route Rosso-Boghé, aux bordures du Fleuve Sénégal. Là, vit une population d’agriculteurs dont la production en riz et en céréales est constamment vandalisée par les troupeaux de phacochères qui leur disputent le terroir.

Houleye Camara, accoucheuse Médina Fanaye – Crédit Aidara

Le village Médina Fanaye fait partie des douze localités du Trarza à avoir bénéficié de la clinique mobile organisée par le Ministère de la Santé et le Ministère des Affaires sociales, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

« Nous nous sentons abandonnés par notre Etat » déplore, les larmes presque aux yeux, Houlèye Camara, une sexagénaire, femme du chef du village. Accoucheuse traditionnelle formée par la DRAS de Rosso, elle partage avec son autre congénère, Marième NDiong, formée elle-aussi par la DRAS, la lourde et difficile tâche d’assister les femmes de Médina Fanaye et des villages environnants (six au total). Elle déclare qu’elle recevait auparavant des formations et des renforcements de capacités de la part de la DRAS de Rosso, mais depuis près de dix ans, tout s’est arrêté. « Aucune équipe médicale ni aucune autorité tout court, n’a plus visité ce village » a-t-elle martelé.

Selon Houlèye Camara, les femmes souffrent surtout d’anémie, et il n’y a aucun médicament disponible dans le village, ni de matériel ou d’équipement pour les accouchements ou pour assister les femmes en état de grossesse. « Le centre de santé le plus proche est à Tékane, 10 kilomètres plus à l’Est. Pendant la saison des pluies, tous les accès sont bloqués aussi bien vers Tékane que vers Médina Faraye Sénégal » explique-t-elle. Selon elle, en cas de complication, il ne reste aux familles que l’invocation de la miséricorde divine. « Une femme qui habite dans l’un des villages environnants ne m’a jamais sollicitée pour les accouchements de sa fille. Aussi, lorsqu’elle m’a appelé un soir, j’ai aussitôt compris qu’il s’agissait d’un accouchement difficile. Effectivement, c’était le cas. J’ai dit à son mari, qu’il fallait évacuer la jeune fille de toute urgence à Tékane. Il faisait nuit et les inondations partout. Elle a succombé avant même d’arriver au centre de santé » témoigne-t-elle. Comme moyen de transport, dit-elle, les villages dans ces contrées ne disposent que de charrettes.

Houlèye Camara déplore surtout l’état de délabrement de la Case de Santé construite en 2002 par le Corps de la Paix des Etats-Unis. Le bâtiment constitué de deux salles, une salle de consultation et une salle d’accouchement, n’est plus que ruine. A l’intérieur, une toiture affaissée, une table d’accouchement brisée et en rouille.

Houlèye Camara dit avoir apprécié, comme toutes les femmes du village, le passage de la clinique mobile. « Les femmes ont bénéficié de distribution de médicaments et de kits » a-t-elle déclaré. Une femme, Hawa MBodj, qui souffrait toujours d’anémie, a pu ainsi bénéficier d’une évacuation par le biais de la clinique à Rosso, selon elle.

Aminata Dieng et son dernier né (par césarienne) – Crédit Aidara

Aminata Dieng, une jeune fille de 27 ans, mariée en 2009 et mère de quatre enfants, témoigne : « J’ai bien apprécié le passage de la clinique mobile. D’ailleurs, c’est à mes yeux l’évènement phare de ce début d’année. Toutes les femmes du village et des villages avoisinants ont afflué pour profiter des soins qui étaient dispensés. Moi, j’ai eu un sac contenant un voile, deux slips, une brosse à dent, une pâte dentifrice, plus du savon. Les femmes enceintes ont eu un autre type de sac, on nous a dit qu’il contient du matériel d’accouchement. Vous ne savez pas quand est-ce que la clinique va revenir ? Nous en avons toujours besoin, nous qui vivons très éloignés de Tékane, notamment pendant l’hivernage ».

Amara, le courte halte de la clinique

Située au bord de la Nationale, à mi-chemin entre Rosso et Boghé, le village Amara, semble moins enclavé que les autres, bien que ses habitant souffrent pendant l’hivernage et ses inondations.

Valla Mint Issa, bénévole au Poste de Santé de Amara – Crédit Aidara

Valla Mint Issa Ould Ahmed Kory est une jeune bénévole au poste de santé du village Amara. Elle a participé aux activités de la clinique mobile pendant son bref passage. Selon elle, la clinique a effectué plusieurs consultations pré et post-natales, offerts quelques services radios. Elle a déploré cependant la courte durée du passage, 3 heures de temps, y compris celui accordé à la sensibilisation. Résultat, « beaucoup de femmes n’étaient pas au courant du passage de la clinique mobile et n’ont pas pu bénéficier de ses services » déplore-t-elle.

Cheikh Aïdara


Comité Régional de Pilotage du Projet SWEDD, la Mauritanie aux commandes d’ambitieux programmes

Après le bilan élogieux 2019-2021 de la présidente sortante du Comité Régional de Pilotage (CRP) du Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD), Pr. Mariatou Koné, Ministre de la Solidarité, de la Cohésion Sociale et de la Lutte contre la Pauvreté de la Côte d’ivoire, le flambeau a été transmis à la Mauritanie. C’était lors de la 5ème session du CRP tenue en mode virtuel à Nouakchott le 30 mars 2021 en présence des ministres des 9 pays membres du SWEDD, en plus des partenaires et de hautes personnalités.

5ème CRP SWEDD suivie dans les locaux du Ministère des Finances Nouakchott – Crédit Aidara

En l’absence du Ministre des Affaires Economiques et des Secteurs Productifs, M. Ousmane Kane, c’est le Ministre des Finances, M. Mohamed Lemine Ould Dhehbi assurant son intérim, qui a prononcé le mot de bienvenue à l’ouverture en mode virtuel de la 5ème session du CRP du projet SWEDD qui a eu lieu à Nouakchott le 30 mars 2021. Cette session visait à dresser le bilan de la mise en œuvre du projet SWEDD au cours de l’année 2020, d’examiner et d’adopter les plans de travail annuels des pays et les plans d’assistance technique pour l’année 2021, ainsi que le renouvellement du bureau du Comité Régional de Pilotage.

Le Ministre des Affaires Economiques, M. Ousmane Mamoudou Kane aura la lourde tâche de conduire la première étape de la Phase II du projet SWEDD qui s’étale de 2021 à 2024.

Les temps forts

Les temps forts de la 5ème session du CRP ont été marqués par les échanges de discours entre le Premier ministre, M. Mohamed Ould Bilal, ayant ouvert officiellement les travaux, la présidente sortante du CRP, Pr. Mariatou Koné, le Directeur Général du Fonds des Nations Unies pour la Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO), M. Mabingué Ngom, le Directeur général de l’Organisation Ouest-africaine de la Santé (OOAS), M. Stanley Okolo et la Représentante résidente de la Banque Mondiale à Nouakchott, Mme Cristina Santos. L’intervention des Etats et le bilan moral de la présidente sortante du CRP, Pr. Mariatou Koné, ainsi que les distinctions distribuées à des personnalités, ont constitué un autre moment fort.

Les échanges de discours – Crédit Unfpa Wcaro

Ouvrant les travaux de la rencontre, le Premier ministre, M. Mohamed Ould Bilal Messaoud, a déclaré que le Sahel « n’a jamais fait face à des défis sécuritaires aussi préoccupants ». Il a souligné que le défi humain reste le défi le plus fort, « car la région connait l’un des taux de croissance démographique les plus élevés de la planète et des indicateurs de développement humain parmi les plus bas au monde ». Il a ajouté que la large participation à cette session dénote de l’unanimité autour d’un projet qui est un bel exemple d’intégration régionale.

Selon lui, le Projet SWEDD, créé par les Etats du Sahel « pour faire face à ces défis multiples, avec l’appui de nos Partenaires Techniques et Financiers, en particulier la Banque Mondiale et le Fonds des Nations Unies pour la Population » doit définir et mettre en œuvre l’approche appropriée qui permettra de transformer le fardeau démographique en opportunité réelle de développement, tout en atténuant les inégalités liées au genre.

Le Directeur Général de l’OOAS, M. Stanley Okolo, a salué « une rencontre qui vient à point nommé, malgré les défis du Covid-19 », avant de déclarer la disponibilité de son organisation à accompagner les Etats dans la Phase II du Projet SWEDD.

Quant au Directeur Général UNFPA WCARO, M. Mabingué Ngom, il a remercié le Président Mohamed Cheikh Ghazouani et le gouvernement mauritanien pour « l’organisation de cette session du CRP du SWEDD à Nouakchott ». Il a évoqué la pandémie Covid-19 et les défis sécuritaires qui ont ralenti les activités du projet SWEDD, sans pour autant compromettre les avancées significatives enregistrées sur le terrain. La présence du Premier ministre Mohamed Ould Bilal témoigne, selon lui, d’un engagement fort en faveur de l’autonomisation des femmes et du dividende démographique.

Pour sa part, la Représentante résidente de la Banque mondiale en Mauritanie, Mme Cristina Santos, a félicité l’équipe du projet SWEDD pour les pas franchis durant les années écoulées, saluant l’engagement de la Mauritanie, comme le prouve selon elle, la présence du Premier ministre. Elle a réitéré l’engagement de son institution à soutenir le projet SWEDD aux côtés des autres partenaires.

Bilan moral de la présidente sortante du CRP SWEDD

La présidente sortante du CRP du projet SWEDD, Pr. Mariatou Koné, a salué l’arrivée de l’Union africaine comme partenaire stratégique, avant de présenter son bilan moral pour les années 2019-2021. Elle a souligné dans ce cadre les résultats significatifs enregistrés, en termes d’extension géographique avec le passage d’un SWEDD de 6 membres en 2015 (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Mali, Niger et Tchad) à un SWEDD aujourd’hui constitué de 9 pays membres, avec l’arrivée du Bénin, Cameroun et Guinée. Plusieurs autres pays du continent frappent aux portes du projet, selon elle, face aux performances réalisées en termes de développement socioéconomique. Le succès du projet SWEDD a poussé la Banque Mondiale à financer la deuxième phase du projet le 26 mai 2020, avec un apport additionnel de 376 millions de dollars, portant la valeur de sa contribution globale à 680 millions de dollars.

Pr. Mariatou Kone honorée par ses pairs pour son bilan – Crédit Unfpa Wcaro

Le projet SWEDD a accompagné, selon elle, 155 541 adolescentes en matière de santé sexuelle et reproductive et ont bénéficié d’une intervention de maintien ou d’un appui de scolarisation. Au cours de cette session, la ministre a indiqué que le projet a permis d’améliorer les connaissances de 105 098 adolescentes et jeunes filles sur les droits en matière de santé sexuelle et reproductive. La ministre a ajouté que 163 492 utilisatrices de méthodes contraceptives ont été recrutées dans les zones d’intervention.

Selon Pr. Mariatou Koné, « la pandémie Covid-19 a ralenti nos activités, mais nous avons fait preuve de résilience pour apporter des réponses aux défis ». Ainsi, le projet a continué à assurer la continuité de l’accès aux services sociaux de base, avec 106 millions de personnes sensibilisées sur la prévention contre la pandémie Covid-19, plus de 3.000 espaces jeunes, 1428 clubs et maisons de Maris et futurs époux créés, plus de 12.000 abandons scolaires, 823.000 grossesses non désirées et 272.000 avortements évités.

Sur le plan financier, le taux d’exécution des projets programmés pour la période 2019-2021 est de 73%, selon la présidente sortante du CRP, avec un financement largement à la hausse, plus de 127%.

Elle a souligné que la phase II du Projet SWEDD est basée sur la réduction des coûts, avec 174.036.664 dollars de coûts directs de soins économisés au cours de la première phase.

Le bilan moral et financier de la présidente sortante du CRP a été validé à l’unanimité et une distinction hautement honorifique lui a été décernée. D’ailleurs, les neuf pays membres du projet SWEDD, ainsi que les partenaires, la Banque Mondiale, l’UNFPA WCARO, l’OOAS, l’Union africaine, lui ont rendu un vibrant hommage pour sa brillante présidence à la tête du CRP au cours des deux dernières années.

La Mauritanie prend le flambeau

Prenant le flambeau de la présidence du Comité régional de pilotage du Projet SWEDD dont la deuxième phase vient de démarrer, le Ministre des Finances, Ministre des Affaires Economiques par intérim, M. Mohamed Lemine Ould Dhehbi, a annoncé la tenue de la session ordinaire du CRP prévue en mars 2022 à Ouagadougou. Auparavant, selon lui, une réunion devrait se tenir en juillet 2021 à Nouakchott. Il a formulé le souhait que cette rencontre puisse se tenir en présidentielle dans la capitale mauritanienne, tout en réclamant la mise à jour des documents du projet.

Assurant l’intérim du Ministre des Affaires Economiques, le Ministre des Finances
prononce le mot de bienvenue – Crédit Aidara

Comme annoncé dans le communiqué de presse largement diffusé, la Phase II du Projet SWEDD met l’accent sur la jeune fille vulnérable, la protection et la promotion des droits des femmes et des filles face à l’accentuation des inégalités existantes entre les sexes, l’autonomisation économique des femmes, la prise en compte des violences basées sur le genre et la promotion de la planification familiale à travers la distribution à base communautaire en ciblant particulièrement les adolescentes.

A ce propos, le ministre de l’Education Nationale, M. Mélaïnine Ould Eyih, premier Coordinateur de l’Unité de Gestion du Projet (UGP) SWEDD en Mauritanie, a reçu un certificat de reconnaissance pour services rendus. Pas moins de quatre ministres mauritaniens avaient assisté à la rencontre. En plus du Premier ministre, du Ministre des Finances et celui de l’Education Nationale, le Ministre de l’Emploi et la Ministre des Affaires Sociales avaient aussi pris part à la réunion.

Face à la presse, le Coordinateur de l’UGP SWEDD en Mauritanie, M. Mohamed Souleymane Ould Haiballa, a expliqué le contenu des échanges qui ont eu lieu autour de la présente session du CRP ainsi que les trois principaux axes d’intervention du Projet SWEDD, à savoir la santé, l’éducation et l’autonomisation des filles et des femmes, en particulier les adolescentes.

Cheikh Aïdara


Enquête sur la protection sociale de l’OIT en Mauritanie, après validation, appel à l’appropriation des résultats

Après deux jours de présentation et de débats, les résultats de la première enquête sur la protection sociale de l’OIT en Mauritanie ont été validés au cours de la clôture de la rencontre, mercredi 31 mars 2021 à Nouakchott, par les différents acteurs concernés par la problématique. Parmi les recommandations, l’appel à un soutien du gouvernement mauritanien pour l’appropriation des résultats de l’enquête et l’adaptation de ses indicateurs au contexte national. Cette session a été organisée par le Ministère de la Fonction Publique avec l’appui du Bureau International du Travail (BIT). Compte-rendu.

Table officielle – Crédit Aidara

Pendant deux jours, les 30 et 31 mars 2021, les départements sectoriels de l’Etat mauritanien et les organismes publics concernés par la protection sociale, ont suivi plusieurs présentations sur l’Enquête de la sécurité sociale de l’OIT, première du genre en Mauritanie. Ils ont suivi également une formation sur les outils de l’enquête ainsi que le calcul des indicateurs de la protection sociale. Les acteurs impliqués dans cette réflexion sont la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), la caisse d’assurance maladie (CNAM), l’office national de la statistique (ONS), l’Office nationale de la médecine du travail (ONMT), l’Agence Taazour, ainsi que des agences spécialisées des Nations Unies, comme le PAM et l’UNICEF, des personnes ressources indépendantes et les syndicats des travailleurs.

Organisée par le Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration, avec l’appui du BIT, cette session a été animée depuis Genève via visioconférence par deux experts, MM. Pascal Annycke et Zhiming Yu, spécialistes Protection Sociale, et à Nouakchott, par le consultant national, M. Moctar Laghlal, qui a mené l’enquête depuis 2019.

Projet pilote du Guidimagha sur la protection sociale

Après avoir décliné les objectifs de l’atelier, M. Cheikh Thiam du BIT Mauritanie, a introduit les objectifs de l’atelier avant de céder la parole à M. Marc Ninerola, Coordinateur du Projet Bridge en Mauritanie pour présenter le projet de modèle intégré de protection sociale au Guidimagha et le Fonds ODD (SDG Fund).

Vue’ partielle des participants – Crédit Aidara

Le SDG Fund est un fonds commun destiné à aider les pays à progresser vers les ODD et l’Agenda 2030. La Mauritanie fait partie des 36 pays déclarés éligibles à ce fonds qui s’articule autour de quatre axes. Il s’agit pour le premier axe de l’articulation des filets sociaux avec l’appui technique du BIT, de l’Unicef, du PAM et de la Banque Mondiale. Le deuxième axe concerne la promotion des services sociaux de base et il est piloté par l’Unicef. Le troisième axe est relatif à la mise en place d’un régime d’assurance sociale. Il est conduit par le BIT et l’Unicef. Le quatrième axe porte sur le dialogue technique et politique pour la mise en œuvre de la Stratégie nationale de la protection sociale (SNPS), sous l’égide du BIT, de l’Unicef et du PAM.

La mise en œuvre de ce projet a mis à jour un problème d’articulation et de coordination, qui serait en train d’être corrigé, selon les experts nationaux, à travers le dialogue entre les différents intervenants au niveau de la région du Guidimagha pour harmoniser les interventions. Selon les acteurs impliqués, le Comité de pilotage de la SNPS est bien indiqué pour jouer ce rôle de coordination.

Intervention sur l’Enquête sur la sécurité sociale et le Rapport mondial

Inspirée des « Principes de l’Enquête de l’OIT » et de l’Agenda 2030 de l’ODD 1 sur la pauvreté (cible 1.3), cette partie a été développée par Pascal Annycke, avec un focus sur l’état des lieux de la protection sociale en Mauritanie sur la base des résultats de l’enquête.

Vue d’ensemble des participants – Crédit Aidara

Ainsi, le rapport genre, montre selon lui, un grand déséquilibre au détriment des femmes. Ainsi, par rapport aux bénéficiaires des régimes de protection sociale, la CNSS gère 470.000 personnes, dont 241.000 hommes contre 229.000 femmes, alors que la Caisse des Fonctionnaires de l’Etat gère 28.000 personnes, dont 21.000 hommes et 7.000 femmes. Par contre, 90 % des bénéficiaires des services de Tekavoul de l’Agence Taazour, qui sont au nombre de 205.000, sont des femmes.

En matière de dépenses et de recettes des régimes de la protection sociale, tous sont excédentaires, sauf la Caisse des Fonctionnaires de l’Etat qui accuse un lourd déficit. Pour 254 Millions MRU de recettes, ses dépenses s’élèvent à 1 Milliard 530 Millions MRO. La CNSS, la CNAM, les programmes non contributifs comme Taazour, la Médecine du Travail et le Forfait obstétrical, affichent des excédents.

Dans les rapports mondiaux sur la protection sociale, la Mauritanie était absente à cause de la non disponibilité de données. Ce que cette enquête permettra de combler. Selon Pascal Annycke, le pays figurera dans le prochain rapport mondial grâce aux informations fournies selon les « principes de l’enquête de l’OIT » qui viennent d’être intégrés dans cette première enquête sur la protection sociale.

Etat des lieux de la protection sociale en Mauritanie

Le Consultant du BIT, Moctar Laghlal, qui a mené l’enquête entre le 1er septembre et le 30 novembre 2020, sur la base de données recueillies en 2019, a présenté le contexte de l’enquête et procédé à l’inventaire des régimes de protection sociale existants en Mauritanien ainsi que l’inventaire des prestations fournies. Le constat est qu’avant l’entame de son travail, il n’existait pas d’enquête quantitative, exhaustive et permanente sur la protection sociale en Mauritanie.  Il y avait des problèmes de suivi et d’évaluation des stratégies et des programmes de sécurité sociale. D’où des problèmes de suivi de l’avancement de la Mauritanie dans ses engagements de développement durable, notamment en ce qui concerne l’ODD 1.3 relatif à la protection sociale universelle.

Pascal Annick – Crédit Aïdara

Il a ensuite passé en revue les bénéficiaires des régimes de protection sociale, en l’occurrence, certaines catégories comme le forfait obstétrical, la médecine du travail, les programmes d’indigence, entre autres.

Il a par la suite présenté un tableau des prestations fournies par la CNSS, comme la pension vieillesse, la pension d’invalidité, l’allocation aux survivants, les indemnités d’accidents de travail, la pension maternité et les allocations familiales.

Mais l’inquiétude persiste au niveau de la caisse des fonctionnaires de l’Etat dont les dépenses suivent, selon les résultats de l’enquête, une tendance à la hausse avec un taux annuel de croissance de 9,14 % entre 2012 et 2019. Les cotisations ont connu des fluctuations faibles sans augmentation significative sur la même période. Quant au déficit, il a continué d’augmenter, passant de 310 millions MRU en 2012 à 780 millions MRU en 2019.

Ensuite, le consultant a passé en revue les prestations fournies par la CNAM, l’Office de la médecine du Travail et des programmes non contributifs, ainsi que les contributeurs des régimes de sécurité sociale.

Calcul des indicateurs de la protection sociale

Au cours de la deuxième journée des travaux, les participants ont suivi une formation sur le calcul des indicateurs, en visioconférence avec M. Ziming Yu et Pascal Annick. Tous les deux ont passé en revue les 7 indicateurs de base, plus l’indicateur agrégé. Il s’agit des indicateurs relatifs à la proportion des personnes âgées couvertes par une pension de retraite, les personnes gravement handicapées recevant des prestations sociales (elles représentent 3,1% de la population), les femmes bénéficiaires d’une indemnité d’accouchement, les personnes couvertes pour accidents de travail, les personnes vulnérables couvertes par des socles ou systèmes. L’indemnité de chômage étant inexistant en Mauritanie, il est prévu de l’exclure de la liste des indicateurs pour le pays. Enfin, l’indicateur agrégé qui concerne la proportion de personnes couvertes au moins par une branche de la protection sociale. Ces indicateurs sont ainsi calculés sur la base d’un numéraire représentant les bénéficiaires et un dénominateur relatif à des variables spécifiques à chaque indicateur.

El Moctar Laghlal au cours de son exposé – Crédit Aidara

La possibilité d’étendre ces indicateurs, qui de huit pourraient aller jusqu’au vingt-huit indicateurs des ODD a été évoquée. La possibilité serait ainsi, en ce qui concerne la Mauritanie, d’étendre les prestations en matière de protection sociale aux enfants et aux personnes âgées sans retraite, et pourquoi pas aux chômeurs à la recherche d’emploi.

Revenant sur les indicateurs en Mauritanie, Moctar Laghlal a indiqué que les personnes vulnérables couvertes par une prestation sociale représentent 4, 9% de la population, les personnes pauvres couvertes par une prestation, 14, 8%, les personnages bénéficiant d’une pension de retraite, 16, 2%. Le nombre de personnes actives qui cotisent pour une pension de retraite représente 10% et les personnes gravement handicapées percevant une indemnité sont 0,7%. Ici, ne sont pris en compte que ceux qui reçoivent une prestation en espèce. Les 2140 personnes handicapées prises en charge par le Ministère des Affaires Sociales à travers la CNAM ne sont pas comptabilisées, car dans le système de protection sociale, la prise en charge médicale est considérée comme une prestation en nature. Idem pour les femmes bénéficiant d’une indemnité d’accouchement (en espèce). Elles ne représentent que 0,2%, bien qu’il existe plus de 50.000 femmes prises en charge au forfait obstétrical (prestation en nature). Les allocations familiales représentent 5,1% par rapport au nombre d’enfants.

Photo de famille des participants – Crédit Aïdara

Ainsi, le nombre de personnes bénéficiant d’au moins une prestation dans une des branches de la protection sociale en Mauritanie est de 6,6%.

Les résultats par genre font apparaître une grande disparité entre homme et femme.

En termes de comparaison, le nombre de personnes bénéficiant au moins d’une prestation sociale dans une des branches de la protection sociale est de 45% au niveau mondial, 17,8% sur le plan africain et 6,6% en Mauritanie.

En matière d’allocations familiales (pour les enfants), il est de 34,9% dans le monde, 15,9% en Afrique et 5,1% en Mauritanie.

En matière de pension de retraite, 67,9% en profitent au niveau mondial, 26,9% en Afrique et 16,2% en Mauritanie.

A noter que l’ouverture de l’atelier a été marquée par un échange de discours entre le Secrétaire général par intérim du Ministère de la Fonction Publique et le Représentant du BIT, en présence du Secrétaire général du Ministère des Affaires Sociales et le Directeur général de la CNSS;

Cheikh Aïdara

REACTIONS

Taleb Khyar Cheikh Maelainine, Programme national des transferts sociaux Tekavoul (Délégation Générale Taazour)

« La protection sociale est une question prioritaire pour le gouvernement mauritanien, surtout en cette période. Nous savons qu’il y a déjà une stratégie nationale pour la protection sociale qui a été approuvée. Maintenant, il s’agit d’opérationnaliser cette stratégie et de la rendre plus efficace. Tout ce que nous suivons maintenant, au cours de cet atelier, comme mesures et action, s’inscrit dans le cadre de cette opérationnalisation de gestion de la stratégie. La couverture sanitaire, la réaction aux chocs, l’appui aux populations vulnérables, aux personnes handicapées…Dans tout cela, l’objectif du gouvernement est d’universaliser la protection sociale. Je pense que d’importants efforts ont été entrepris dernièrement, notamment dans l’extension de cette couverture sanitaire qui a touché tous les ménages en situation d’extrême pauvreté. C’est ce qui a porté le nombre d’assurés en Mauritanie à plus d’un million de personnes, en intégrant les 100.000 ménages les plus pauvres dans le système sanitaire et leur prise en charge par la CNAM, à travers un protocole d’accord signé entre le Ministère de la Santé, la CNAM et Taazour. »

Mamadou Hamady Bâ, Secrétaire exécutif chargé des Affaires économiques et Sociales (UTM)

« Nous pensons, au niveau de l’Union des travailleurs de Mauritanie (UTM), que le premier problème que nous avons aujourd’hui, c’est la révision en profondeur des textes qui régissent la sécurité sociale en Mauritanie. Il s’agit de textes hérités de la colonisation. On est encore régi dans ce domaine par la loi 67-039 du 3 février 1967, alors que nous sommes en 2021. Donc, la sécurité sociale n’a pas évolué ni dans les taux de prestation ni dans le nombre de contributeurs. Vous savez que nous sommes dans un pays dont le tissu économique est très faible et où les entreprises sont de type familial. La majeure partie des travailleurs sont dans le secteur informel et ils doivent être pris en compte dans le système de la sécurité sociale. Il faut aussi penser à formaliser ce secteur. En ce qui concerne les prestations, le filet de protection sociale n’a pas évolué depuis plus de quarante ans. Ce sont toujours les mêmes prestations et encore très faibles. Je vous donne l’exemple des prestations familiales qui de 1967 à 1982, étaient de 250 UM par enfant et par mois. A partir de 1982, l’Etat a augmenté 50 UM à cette allocation. Depuis cette date, elle est de 300 UM par mois, soit 900 UM par trimestre. Moi, père de famille, cette prestation ne m’est pas destinée, mais à mon enfant, pour ses frais de scolarité, ses soins, etc. Dites-moi, ce que 900 UM représentent aujourd’hui dans la scolarisation des enfants. Un dialogue social est impératif pour réviser ces textes de la sécurité sociale ».


Lutte contre l’apatridie en Mauritanie, Birame Dah Abed à l’assaut des centres d’état-civil

Le député et président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid, enchaîne aujourd’hui, jeudi 1er avril 2021 au centre d’enrôlement biométrique de Toujounine, son énième assaut contre l’apatridie en Mauritanie, ce fléau qui fait des ravages chez des milliers de citoyens sans papiers, dont de nombreux enfants.

Birame Dah Abeid au centre d’état-civil de Teyarett – Crédit Aidara

Très attendu ce jeudi 1er avril 2021 à Toujounine, le député à l’Assemblée nationale et président du mouvement international IRA, Birame Dah Abeid, compte rendre une visite au centre d’état-civil de ce vaste département de Nouakchott-Est. Comme dans ses précédentes visites à El Mina et à Teyarett où il a été accueilli par des centaines de citoyens mauritaniens en bute contre l’obtention de papiers d’état-civil, le défenseur des droits de l’homme plusieurs fois primé sur le plan international, devrait s’enquérir des difficultés rencontrées par les centres d’état-civil, ainsi que les raisons de la non-délivrance des documents à plusieurs demandeurs.

A El Mina et à Teyarett, Birame Dah Abeid avait écouté les doléances des citoyens avant de s’entretenir avec les directeurs des centres.

Ces derniers se sont plaints non seulement des coupures incessantes d’électricité, mais aussi de la faible connexion à Internet, ce qui ralentit lourdement le travail des centres d’état-civil.

Birame écoute les explications du chef de centre – Crédit Aidara

Ajouté à ces difficultés d’ordre technique, les nombreuses conditions et procédures pour l’obtention des papiers d’état-civil. Parmi ces difficultés, selon l’un des employés du centre de Teyarett, l’absence d’actes de mariage de plusieurs citoyens, ce qui rend difficile l’enrôlement de leurs enfants. De nombreuses femmes divorcées ont perdu toute trace du père de leurs enfants, sans compter le refus de plusieurs d’entre eux, de transmettre leurs pièces à leur ex-épouse pour enrôler leurs enfants.

Beaucoup de citoyens se sont plaints du choix porté sur le recensement de 1992 comme condition sine qua none pour se faire enrôler. Or, d’après plusieurs personnes rencontrées, les enquêteurs de l’époque n’ont pas pris la peine de revenir dans beaucoup de ménages où des membres s’étaient absentés du domicile au moment de leurs passages. Résultat rocambolesque, dans une même famille, certains sont enrôlés et d’autres courent encore derrière leurs papiers, alors que leurs frères ou sœurs en disposent.

Ainsi, le nombre d’apatrides, notamment les enfants, ont atteint des seuils intolérables. Beaucoup d’enfants n’ont pas pu ainsi dépasser la 6ème année, faute de carte d’identité pour participer aux concours d’entrée en 1ère année du Collège, passer le brevet ou le baccalauréat.

Il y a quelques jours, les autorités mauritaniennes ont pris une décision salvatrice, en levant l’obligation de pièces d’état-civil aux concours scolaires nationaux.

 Cheikh Aïdara