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Journée mondiale contre le travail des enfants : situation alarmante en Mauritanie

Quelques 37,6% des enfants âgés de 5 à 17 ans en Mauritanie travaillent comme bergers, paysans, aides garagistes, domestiques, charretiers… Une situation alarmante qui a conduit les autorités à ratifier les principales conventions de l’OIT contre le travail des enfants  tout en mettant en œuvre un arsenal juridique et institutionnel conséquent. La journée mondiale contre le travail des enfants célébrée hier,  lundi 12 juin 2017, a permis de procéder au bilan des actions accomplies.


Message des enfants (Crédit photo : Aidara)

Le Centre culturel de la Communauté Urbaine de Nouakchott, sis au Musée National, a abrité lundi 12 juin 2017 les activités commémoratives de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants. La journée, dont l’ouverture officielle a été présidée par le Secrétaire général du Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration, a été marquée par la forte présence de la société civile et du personnel du Bureau internationale du Travail (BIT) en Mauritanie.

La cérémonie d’ouverture a connu un bref échange de discours entre le Secrétaire général du Ministère du Travail et le représentant du Projet Bridge relevant du BIT, M.Marc Ninerola qui a mis l’accent sur l’ampleur du travail des enfants en Mauritanie et l’appui du BIT dans deux axes du Plan d’action national pour l’élimination du travail des enfants  (PANET RIM).

L’assistance, dominée par les jeunes, a suivi par la suite, une intervention des enfants, une chanson puis un message de secours adressé aux adultes. «Je veux juste rester un enfant » fut le message central et émouvant qui a été lu en français et en arabe.

Trois communications ont par la suite été présentées. La première, par le Coordinateur du  Projet de lutte contre le travail des enfants au sein du bureau du BIT, M.Cheikh Thiam.

Dans son exposé il a brossé les principaux domaines d’intervention de son projet, notamment la formation et le renforcement de capacité des acteurs du travail (inspecteurs et contrôleurs du travail), mais aussi l’appui à l’institutionnalisation et à la mise en place du  Conseil national du dialogue social, entre autres.

Lui succédant, Mohamed Baba Deih, consultant, a campé le contexte du travail des enfants en Mauritanie, un pays où les moins de 18 ans représentent la moitié de la population. Il a évoqué les textes internationaux ratifiés par la Mauritanie dans le domaine du travail des enfants, notamment la Convention n°138 de l’OIT relative à l’âge minimum de travail et la Convention n°182 relative aux pires formes des travaux des enfants, mais aussi la Charte africaine pour le bien-être de l’enfant. Selon lui, le nombre d’enfants travailleurs a beaucoup baissé dans le monde, encore plus pour les filles que pour les garçons, une baisse de 40% chez les filles contre 25% chez les garçons.

Il estime qu’en Mauritanie, près de 80% des enfants sont victime de discipline violente, que 10,6% des enfants âgés de moins de 17 ans ne vivent pas avec leurs parents biologiques, que 41,7% des enfants de moins de 5 ans ne disposent pas d’acte d’état-civil.

Il a par la suite énuméré l’arsenal juridique mis en place pour lutter contre le travail des enfants et rendre obligatoire leur scolarité

Enfin, la troisième et dernière communication a été présentée par Frederico de l’ONG internationale «Save The  Children » qui a axé son intervention sur le Profil des enfants en mobilité et leur vulnérabilité face à l’exploitation et à la traite aussi bien dans les pays de transit que dans les pays de destination. Il déplore, surtout en Mauritanie, le manque de données statistiques et anthropologiques sur les raisons qui poussent les enfants à se déplacer, sur leur âge, leur couloir migratoire, mais aussi leur manque de visibilité dans les politiques du pays.

Ces enfants viennent pour la plupart, selon lui, du Mali, du  Sénégal et de la Gambie et se répartissent en quatre catégories : les filles mineures domestique souvent exposées aux violences sexuelles, les filles et les garçons victimes du système du  «Confiage » citant les enfants talibés, les mineurs vivant dans un environnement stable mais attirés par les mirages de l’Europe et enfin, les mineurs vivant dans un environnement familial instable et qui développent un lien avec la rue.

Plusieurs ONG engagées dans la protection des droits des enfants avaient pris part à la manifestation, notamment  l’Association Génération Motivée (AGM), l’Association des femmes chefs de famille (AFCF), le Léons Club.

Selon Aminetou Mint Mokhtar, présidente AFCF, «nous avons recueilli plusieurs filles anciennes domestiques victimes de violences, que nous avons réinjectées dans le circuit de l’enseignement. Nous avons suivi certaines d’entre elles jusqu’au baccalauréat ». Selon elle, son organisation a identifié à Rosso et à Nouakchott 9.484 enfants victimes de domesticité dont 78,8% de filles, ainsi que 7.662 enfants en conflit avec la loi, dont 32% âgés de moins de 14 ans et 68% âgés entre 14 et 18 ans.

Cheikh Aidara


Mohamed Ould Abdel Aziz : Un bilan mitigé à mi-mandat

Arrivé au pouvoir en 2008 par une révolution de palais, puis élu Président de la République lors de l’élection présidentielle de juillet 2009 et lors du renouvellement de son second mandat en juin 2014, le président Mohamed Ould Abdel Aziz s’achemine dans moins de deux ans à céder le fauteuil, conformément aux dispositions de la Constitution mauritanienne.

Durant ces huit années de règne, Mohamed Abdel Aziz laisse l’image d’un homme controversé, adulé par ses partisans qui le trouvent irremplaçable jusqu’à vouloir l’imposer ad æternam et vilipendé par ses adversaires qui l’accusent d’avoir fait de la Mauritanie un pays en lambeaux.

Entre les avis favorables des uns et les critiques acerbes des autres, nous allons tenter le plus objectivement possible de dresser un bilan présidentiel qui, le moins que l’on puisse dire, est qu’il ne laisse personne indifférent, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur du pays. Ce bilan sera le plus synthétique possible, au format d’un article de presse qui ne peut prétendre à l’exhaustivité d’une étude académique.

A la tête de toutes les performances et de toutes les tares qui seront développées dans ces lignes, il ressort que les différents mini-gouvernements successifs, retouchés selon les humeurs du moment, endossent l’essentiel des responsabilités dans les échecs et les succèsenregistrés au cours des huit années de règne de Mohamed Ould Abdel Aziz. Que cela soit sur le plan politique, économique ou social.

Sur l’action gouvernementale

A la décharge partielle des différents ministres qui se sont succédé en Mauritanie de 2008 à nos jours, on peut trouver des circonstances atténuantes. Ils ont servi sous un régime où toutes les décisions sont concentrées entre les mains du président de la République. Même pour acheter une rame de papier, même pour la moindre décision, il faut l’avis du Chef.

Résultat, l’allégeance politique a servi de critère de nomination dans les différents gouvernements plus que la compétence technique. D’où l’émergence des tares les pus répulsives de la philosophie politique la plus platonicienne. Parmi ces tares, on peut citer les dérives apologiques pour plaire au maître.

L’hypocrisie politique et les guerres de tranchées entre différentes factions au sein de la majorité battent leur plein, guerre entre anciens et nouveaux, entre clan Hademine et clan Moulaye, du nom de l’actuel Premier ministre et de son prédécesseur.

Parmi ses tares aussi, le clientélisme, le népotisme, les passe-droits, la manipulation de la vérité, l’ostracisme, l’exclusion de tous ceux qui ne sont pas dans le système, la médiocrité à la tête de l’Etat, avec des nominations de complaisance basées sur de fragiles équilibres régionalistes, ethnicistes, tribaux ou corporatistes.

Parmi ces ministres, les plus inamovibles sont paradoxalement ceux qui sont les plus décriés par l’opinion publique nationale. Ceux qui devaient, selon elle, céder leur fauteuil depuis longtemps pour incompétence.

Si on ajoute à tout cela un parti-état, UPR, empêtré dans ses problèmes internes, ses guerres de tranchées et de positionnement. Résultat, Aziz navigue tout seul, en cavalier solitaire, mal soutenu par un gouvernement fort ou un parti mobilisateur.

Dernier soubresaut venu mettre le feu à la poudrière UPR, la fronde des sénateurs, obligeant le président de la République à s’engouffrer dans une controversées pirouette constitutionnelle pour un référendum constitutionnel fortement entachée.

En filigrane de sa politique équilibriste où il est parvenu jusque-là à jouer sur plusieurs tableaux, il ressort en définitive que Mohamed Abdel Aziz s’est trompé en croyant dans une opposition dialoguiste (APP, El Wiam, Sawab) qui n’a finalement pas fait l’affaire et qui a montré ses limites. Cette opposition n’a pas permis d’instaurer une certaine détente ni à décrisper la situation politique très tendue entre le pouvoir et l’opposition dite radicale.

En fait, en termes de gouvernement, la Mauritanie n’en a pas eu un seul de valable. Toutes les équipes qui se sont succédé depuis 2008 à la tête de l’Etat, à coups de rafistolages, ont été marqués par l’inertie, le manque d’homogénéité, sans tête de pont valable, avec des hommes de cour dont l’extravagance amuse au moins la galerie, à l’image du bavard ministre des Finances, du bouffon ministre porte-parole du gouvernement ou du ministre constipé en charge de l’Enseignement Supérieur, dont le sadisme anti-étudiant dispense de tout commentaire.

Sur le plan politique

Sur le plan politique, les huit années de présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz sont marquées par un émiettement de la classe politique, savamment orchestré et entretenu pour mettre à l’écart les plus radicaux des opposants.

Par cette tactique, le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz pensait pouvoir gouverner tranquillement en mettant en orbite une partie de la classe politique qu’il poussera d’année en année dans l’exclusion et la marginalisation.

Résultat, une crise politique qui perdure depuis les Accords de Dakar de 2009 et qui, malgré des dialogues menés avec ses partisans et une opposition dite modérée, entièrement acquise à ses causes, n’est jamais parvenue ni à décrisper les tensions internes ni à satisfaire les partenaires internationaux et les bailleurs de fonds soucieux du climat délétère et non consensuel qui prévaut.

Le régime que Mohamed Abdel Aziz a mis en place, en guerre ouverte à ces débuts contre les « Moufcidines », c’est-à-dire tous ceux qui avaient servi sous l’ère Ould Taya et accusés de gabegie, finira par devenir le creuset de tous les anciens ténors de cette époque Taayenne.

Cette troisième colonne qui constitue aujourd’hui l’ossature de l’équipe dirigeante actuelle, s’est reconstituée par une mue magique, rétablissantdans toute sa plénitude le Système féodalo-militaro-affairiste qui règne sur la Mauritanie depuis 1978.

Et cette force occulte est contre tout changement de la donne, celle qui permet de saigner les finances publiques, de faire le lit de toutes les magouilles, véritable paradis de la corruption et de la gabegie. Résultat, si du temps de Ould Taya, les malversations se chiffraient en million d’ouguiyas, sous le règne de Mohamed Ould Abdel Aziz, on ne parlera plus que de scandales portant sur des milliards d’ouguiyas.

Les énormes ressources de la Mauritanie n’auront servi durant ces huit années qu’à engraisser une nouvelle classe d’hommes d’affaires fabriqués sur pièces et qui remporterait, si un prix était décerné pour cela, le Guinness des plus rapides enrichissements au monde.

Pour participer à cette manne, plus d’une centaine de partis politiques, dont l’écrasante majorité sans audience ni Aura, essaimeront autour du pouvoir. Ils meubleront tous les forums et tous les dialogues, faisant chorus.

L’opposition quant à elle a été émiettée et divisée, éclatée en plusieurs fronts antinomiques. Du Front national pour le développement démocratique (Fndu), le plus grand regroupement des opposants au pouvoir, il ne restera que des lambeaux.

Le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz parviendra à l’émietter à coups de défections, promettant aux dissidents postes juteux et avantages matériels. Des offres alléchantes qui laissent indifférents peu d’opposants, tannés par des années de traversées du désert et d’exclusion.

Aujourd’hui, il existe plus de trois pôles de l’opposition dont les plus malléables servent de faire-valoir à un régime qui s’en sert pour vendre l’image d’une démocratie qui fonctionne normalement.

Ce qui ne trompe pas les partenaires internationaux qui ont compris le jeu et ne cessent d’exiger du pouvoir de Mohamed Abdel Aziz une plus grande ouverture du champ politique. S’il y a un bilan sombre du règne de Mohamed Ould Abdel, la gouvernance politique figure comme l’un des aspects les plus désastreux.

Exclusion des opposants à toute participation à la vie active, avec mise à l’écart de ses cadres, chasse aux sorcières dans les administrations publiques contre les fonctionnaires militants de l’opposition, pression fiscale sur ses hommes d’affaires, exclusion de tout activiste, journaliste ou membre de la société civile soupçonné de sympathie pour l’opposition. Un climat politique exclusiviste qui met à l’écart une bonne partie des compétences nationales.

Sur le plan économique

La bonne étoile du régime, qui lui a fait bénéficier des années d’opulence suite à la montée en flèche des prix du fer, du cuivre et de l’or sur les marchés mondiaux entre 2009 et 2012, « la manne minière », n’a pas été judicieusement exploité.

Résultat, les recettes colossales et imprévisibles de cette manne, qui a drainé entre 2009 et 2012, plusieurs milliards de dollars, n’aura pas servi à booster l’économie nationale.

Cela ne s’est pas reflété ni dans la résorption du chômage, ni dans la construction d’infrastructures de base conséquentes. Nouakchott ne compte aucun échangeur. Les salaires des fonctionnaires n’a connu la moindre hausse, alors que les prix de denrées de première nécessité ont enregistré des hausses considérables.

Peu de rentrée en termes d’investissements étrangers directs. Mais par contre, plusieurs sociétés privées ont fait faillite, des hommes d’affaires nationaux ont émigré vers d’autres pays de la sous-région, sous le coup de boutoir d’une pression fiscale insoutenable. L’impôt, après l’euphorie de la manne minière, est devenu la principale source de recettes du budget de l’Etat.

Certes, des satisfactions existent, notamment sur le plan routier. Nouakchott et Nouadhibou ont été dotés d’importants réseaux routiers urbains. Plusieurs routes ont également permis de désenclaver des régions entières, voire des départements, sur l’ensemble du territoire national, dont les plus importants restent l’axe Atar-Zouerate ou encore Atar-Tijikja.

Mais les deux axes les plus vitaux du pays continuent de souffrir de négligence, notamment la route de l’Espoir qui relie Nouakchott à Néma, sur 1200 kilomètres et qui traverse cinq grandes régions du pays, et l’axe Nouakchott-Rosso, point névralgique entre le Maghreb et l’Afrique Noire.

Satisfecit aussi sur le plan de l’hydraulique, de l’électrification, de la sécurité, de l’armée et sur le plan diplomatique où des avancées notoires ont été avancées, même si les marchés de passation des marchés liés à l’exécution des projets sont fortement décriés, avec des accusations de corruption et de gabegie à grande échelle.

Le tourisme, principale industrie des régions du Nord n’a pas repris, malgré les avancées sur le plan sécuritaire. Une bonne partie du pays reste encore dans la ligne rouge du Quai d’Orsay.

L’artisanat se meurt doucement, en l’absence de tout soutien du gouvernement. Les artisans sont obligés de se prendre en charge pour participer aux foires internationales et leur production ne bénéficie d’aucune politique promotionnelle de la part de l’Etat.

La pêche est également en crise et la Smcpp a perdu tout monopole sur les prix des produits. Victime d’un excès de protectionnisme, les eaux mauritaniennes ont été interdites aux pêcheurs sénégalais alors que les nationaux ne maîtrisent pas encore la mer.

Les accords avec l’Union européenne, très restrictifs selon certains avis, ont poussé les Européens à récupérer d’une main ce qu’ils ont laissé de l’autre. Ils se sont rabattus sur l’aide publique au développement qu’ils gèrent désormais en exclusivité, à travers l’assistance technique internationale.

Cheikh Aidara


Genève : la Mauritanie épinglée par le Rapport de Philip Aston

Le gouvernement mauritanien a été épinglé à Genève par Philip Aston,  Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme. C’était au cours de son intervention, le 7 juin 2017 devant la 35ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Samory Beye lors de son intervention à Genève (Crédit photo : AHME)

Accablant pour la Mauritanie fut le Rapport de Philip Aston, Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, suite à la visite qu’il a effectuée en Mauritanie du 2 au 11 mai 2016. Le rapport, présenté le 7 juin dernier devant la 35ème session du Conseil des droits de l’homme à Genève, souligne que les trois quart de la population mauritanienne vivent au-dessous du seuil de pauvreté, tout en mettant en relief l’exclusion des Haratines et des négro-mauritaniens des centres de décision politique et économique du pays. «Les Haratines et les négro-africains sont pratiquement exclus de toutes les fonctions réelles de pouvoir, ainsi que de nombreux pans de la vie économique et sociale, ce qui les condamne de fait à la pauvreté » souligne le rapport. Le document soulève d’autres difficultés qui entravent la lutte contre la pauvreté. Il souligne que «les droits économiques et sociaux ne sont pas suffisamment reconnus », mettant en exergue l’absence de données fiables correctement ventilées et le rétrécissement de l’espace dont jouit la société civile.

Ce rapport, largement commenté par plusieurs orateurs, a remporté l’adhésion de la majorité des membres du Conseil. La séance a été très houleuse, notamment de la part de la délégation mauritanienne, dont certains éléments s’en seraient donnés à des violences verbales pour fustiger le rapport de Philip Aston mais aussi à des actes physiques contre les représentants d’organisations mauritaniennes qui ont approuvé son travail.

Le commissaire mauritanien aux droits de l’Homme et à l’Action Humanitaire, Cheikh Tourade Ould Abdel Maleck ira jusqu’à qualifier de mensonger le document produit par le Rapporteur spécial. C’était au cours d’un panel qu’il a animé le 8 juin 2017, en présence du Directeur général de l’Agence Tadamoun, des conseillers du Premier ministre et des organisations de la société civile acquises à la cause du gouvernement.

En face d’elle, la délégation officielle avait dans son collimateur l’antiesclavagiste Boubacar Messaoud de SOS Esclaves, Salimata Lam du Forum national des droits de l’homme (Fonadh), le syndicaliste Samory Beye, Secrétaire général de la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie (CLTM), mais aussi les activistes de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) à l’image de Abidine Merzough ou ceux de l’Association des Haratines de Mauritanie à l’Extérieur (AHME) comme Dicko Hanoune.

Dans une interview qu’il a accordée à Dicko Hanoune, Samory Beye a soutenu que son groupe a réussi à remporter deux victoires à Genève. D’abord, il est parvenu à trainer la Mauritanie devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour interpellation, ce que la délégation dépêchée à Genève avait cherché à éviter à tout prix. La deuxième victoire selon lui, c’est l’acceptation de son intervention devant les membres du Conseil, alors qu’il n’était pas sur la liste des intervenants.

Cheikh Aïdara


Affaire Garde Nationale-FC Nouadhibou : une succession d’actes délictuels

La Saga Garde Nationale-FC Nouadhibou continue d’occuper le milieu sportif mauritanien ainsi que l’opinion publique, chaque jour apportant ses surprises. Après les pièces d’identité supposées des parents de Cheikh El Weli Yacine, le joueur de FC Nouadhibou contre lequel l’équipe de la Garde a porté réserve pour falsification d’état-civil, d’autres pièces plus controversées tendant à prouver sa Mauritanité ont été publiées par voie de presse, apportant d’autres pièces à conviction aux délits que la Fédération Mauritanienne de Football (FFRIM) et ses instances continuent d’accumuler contre vents et marées.

Historique des faits

Le 16 mai 2017, avant l’entame de la demi-finale comptant pour la Coupe Nationale de football édition 2016-2017, le capitaine de l’équipe de la Garde Nationale porte réserve contre Cheikh El Weli Yacine, joueur de FC Nouadhibou, conformément à l’article 30 des textes réglementaires de la Fédération mauritanienne de football qui stipule : «une réclamation sous forme de réserves est permise pour contester la participation d’un joueur dans les deux seuls cas suivants : fraude sur l’état-civil et inscription d’un joueur sous le coup d’une suspension.  Pour poursuivre leurs cours et être soumises à la Commission de Discipline, les réserves doivent être précédées de réserves nominales et motivées avec l’énoncé succinct du motif. Elles sont formulées par écrit sur la feuille de match par le capitaine d’équipe ou le secrétaire du club plaignant avant le début de la rencontre. Ces réserves sont communiquées au capitaine de l’équipe adverse par l’arbitre qui les contresignera avec lui sur la feuille de match. Pour être recevable, les réserves doivent être transformées en réclamation écrite et déposées au secrétariat de la Ligue contre accusé de réception ou transmises par fax dans les deux (2) jours ouvrables qui suivent la date de la rencontre »

Le 17 mai 2017, le président de l’équipe de la Garde Nationale, le capitaine Ould Eleya dépose en bonne et due forme une demande d’évocation contre Cheikh El Weli Yacine auprès de la Commission Qualification, Pénalités et Discipline de la FFRIM. Son président demande le fonds du dossier à la Ligue Nationale de Football. Surprise ! Le joueur ne dispose d’aucun fonds de dossier à son niveau. Comment a-t-il alors pu obtenir une licence de football, alors que l’obtention de cette dernière requiert, selon les dispositions de l’article 30 de la Section 2 : Formalités administratives, une copie légalisée de la carte nationale d’identité, un passeport en cours de validité ou une attestation d’identité délivrée par l’autorité compétente accompagnée d’un extrait de naissance. Aucune des trois pièces n’est disponible.

En fait, la licence a été établie par le Secrétariat général de la fédération à l’insu de la Ligue Nationale de Football et avec un numéro d’identité nationale inexistant sur le fichier de l’état-civil. Le CIN N°0000000003682016 serait ainsi purement imaginaire. (voir en image la licence du joueur Cheikh El Weli Yacine et une licence normale).

Licence de Cheikh El Weli Yacine (crédit Aidara)
licence normale avec le numéro d’identité du joueur (Crédit Aidara)

Alors que la Commission de Discipline s’apprêtait à trancher le litige conformément à ses prérogatives, le dossier lui fut retiré indûment par le Secrétaire général de la FFRIM par lettre n°269 en date 24 mai 2017, soit huit jours après la réserve portée par l’équipe de la Garde Nationale au niveau des instances juridictionnelles. Ces dernières sont pourtant les seules habilités à trancher dans les litiges entre clubs, conformément à l’article 87 des textes règlementaires de la Fédération (Partie 2 : Code disciplinaire) qui stipule : «les autorités juridictionnelles de la FFRIM rendent leurs décisions en toute indépendance ; elles n’ont en particulier d’instructions à recevoir d’aucun organe».

Lette du SG de la FFRIM
texte régissant l’indépendance de la Commission de Discipline

L’illégale ingérence du Secrétaire général

En s’adressant au Président de la Commission de Discipline de la FFRIM par lettre n°269 en date du 24 mai 2017, le Secrétaire général stipule que l’évocation formulée par l’ASC Gade Nationale «étant du ressort de l’autorité ayant délivré la licence, en l’occurrence le Secrétaire général, je vous invite à nous transmettre ledit dossier pour trancher le litige ». Non seulement, le Secrétaire général reconnaît explicitement avoir délivré la licence à un joueur ne disposant d’aucun papier d’état-civil mauritanien et avec un numéro national falsifié, mais il s’arroge également les attributions d’un organe auquel les textes de la fédération confèrent l’exclusivité du jugement.

Pourtant, les Statuts de la FFRIM sont très clairs quant au rapport entre le Secrétaire général et la Commission de Discipline.

L’article 86 des Textes règlementaires de la FFRIM stipule que «le Secrétaire général de la FFRIM met à la disposition des autorités juridictionnelles un secrétariat avec le personnel nécessaire. Le Secrétaire général désigne le secrétaire. Le secrétaire assume la direction administrative, rédige les procès-verbaux des séances et des décisions. Le secrétaire se charge de l’archivage. Les décisions prises et les dossiers qui s’y rapportent doivent être conservées pendant au moins dix ans ».

texte régissant les rapports entre la FFRIM et la Commission de Discipline

Et l’article 87 précise : «les autorités juridictionnelles de la FFRIM rendent leurs décisions en toute indépendance ; elles n’ont en particulier d’instructions à recevoir d’aucun organe».

Y’a-t-il dans cette affaire une complicité de la part de la Ligue Nationale de Football, bien que le dossier du joueur n’ait pas passé par ses instances ? Certains pourront le penser sauf que la Ligue, quelles que soient les supputations, pourraient toujours se réfugier derrière les textes en invoquant l’article 30 du Règlement spécial du championnat national de 1ère division saison 2016-2017 qui stipule en son alinéa 4 : «le club est responsable de la véracité des renseignements qu’il porte sur sa demande de licence». Donc, dans le cas de Cheikh El Wely, la Ligue Nationale qui est tellement pointilleuse dans l’application de la règlementation, ne négligeant aucun petit détail, n’aurait jamais fait passer la licence du joueur en question. Elle ne serait ainsi nullement responsable de la fraude dans cette affaire qui relève de la seule initiative du FC Nouadhibou.

La fraude s’enrichit d’actes délictuels

Mis devant le fait accompli, les dirigeants du FC Nouadhibou multiplient alors les bourdes pour tenter de justifier la nationalité mauritanienne de Cheikh El Weli Yacine, quitte à tomber dans des actes délictuels. D’abord, ils font publier dans la presse les pièces d’identité de ses supposés parents, bien que les textes de la FFRIM ne mentionnent nullement ces documents, mais celui du joueur en question. Ils font passer par la presse que «la situation dans laquelle se trouve Cheikh ElWely est similaire à celle d’une vingtaine de joueurs, tous mauritaniens convoqués à différents stages des équipes nationales toutes catégories confondues mais ne pouvant effectuer les déplacements à l’étranger, en raison des blocages ou des lenteurs » au sein de l’état-civil. Donc, on reconnaît explicitement que le joueur n’a pas pu s’enrôler à cause de ces blocages, mais dispose tout de même d’un numéro d’identification nationale !!!

Vingt-quatre heures après cette publication, le FC Nouadhibou fait publier deux autres documents. Une demande d’enrôlement que n’importe qui peut formuler. A preuve, il ne comporte ni numéro ni signature d’aucune autorité. Et le club brandit la pièce comme un document d’enrôlement. Ce qui ne peut tromper personne. Ensuite, le FC Nouadhibou fait publier une attestation délivrée par le commissaire de la Délégation spéciale de la police judiciaire qui risque d’emporter le commissaire en personne, car il y affirme, sur la base du seul témoignage de deux jeunes, que Cheikh El Weli Yacine est Mauritanien, alors qu’aucun document officiel ne l’atteste. Il s’est avéré selon nos investigations, que ce document a été obtenu par le truchement d’une personne évoluant dans le milieu sportif  avec la complicité d’un adjudant de la police.

Ceci n’est qu’un formulaire de demande d’enrôlement
Cette attestation ne peut nullement tenir d’identité et n’est porteur d’aucune obligation

La Garde ira jusqu’au bout dans cette affaire

Selon les dirigeants de l’équipe de la Garde Nationale, ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est la crédibilité du football mauritanien et ses instances dirigeantes. «La seule chose qui lie les acteurs sportifs, ce sont les textes de loi qu’ils ont eux-mêmes édictés. Ces textes doivent être respectés et appliqués à la lettre sans favoritisme et il est temps que les dirigeants de la FFRIM sachent que le temps de l’esclavage est révolu » ont-ils affirmé.

D’autre part, il est malhonnête dans un contexte marqué par un engagement sans précédent de l’Etat mauritanien, aussi bien sur le plan financier, matériel que moral (présence inédite du Président de la République Mohamed Abdel Aziz à un match de l’équipe nationale), qu’on laisse le football national patauger dans la malversation et la magouille.

La Garde Nationale se dit ainsi indignée de l’absence de toute réponse à sa demande d’évocation vingt-deux jours après sa plainte, alors que les textes fixent ce délai à 7 jours.

D’après le staff de l’ASC Garde Nationale «cette affaire n’aurait jamais pris cette ampleur si la FFRIM avait suivi le cours normal de la réserve et laissé à la Commission de Discipline trancher ce litige en toute transparence et équité».

Aujourd’hui, ce qui est en jeu, selon plusieurs présidents de clubs rencontrés, c’est la crédibilité du football mauritanien et de sa fédération. L’affaire de la Garde Nationale et du FC Nouadhibou doit servir, selon eux, de jurisprudence dans l’application stricte des textes régissant la FFRIM.

Ce que risque le FC Nouadhibou
Au cas où la réserve portée par l’ASC Garde Nationale aboutira, ce qui est fort probable selon certaines sources, FC Nouadhibou risquera de se retrouver en Division 2. Elle perdra par pénalité tous les matchs auxquels Cheikh El Weli Yacine a participé, sans compter une amende de 100.000 UM, selon l’article 54 des Textes règlementaires.

L’article 82 : infractions découvertes suites à des réserves stipule que la participation d’un joueur dans le cas qui nous concerne, fraude sur l’état-civil, entraînera pour le FC Nouadhibou «des matchs perdus pour pénalités, quatre matchs de suspension fermes en sus de la sanction initiale pour le joueur fautif, quatre matchs de suspension fermes de toute fonction officielle pour le responsable concerné du club, quatre matchs de suspension fermes de toute fonction officielle pour l’entraîneur du club, 300.000 UM d’amende pour le club ».

La réserve portée contre le FC Nouadhibou pourrait ainsi chambouler tout le championnat national de 1ère division. Aussi, cette affaire intéresse la quasi-totalité des clubs qui suivent avec attention l’évolution du dossier. Autant, le FC Tevragh-Zeina pourrait reprendre son titre de champion au détriment de l’ASAC Concorde sacré cette année comme champion de la Mauritanie pour cette saison. Des équipes comme Toujounie et l’Armée Nationale reléguées en seconde division pourraient reprendre leur place en D1. La coupe nationale pourrait également connaître un nouveau challenge entre le FC Tevragh-Zeina et la Garde Nationale.

Une finale à Trois

Ce qui risque de mettre le feu aux poudres et étaler devant le monde entier le scandale provoqué par le FC Nouadhibou et la FFRIM, c’est la finale que les instances du football comptent imposer, entre le FC Tevragh-Zeina et le FC Nouadhibou. Le public Nouakchottois et les autorités qui seront présentes au Stade Olympique pourraient assister plutôt à une finale à Trois.

Car, les dirigeants de l’ASC Garde Nationale estiment qu’ils sont finalistes de la Coupe nationale, en vertu de la réserve qu’ils viennent de porter sans aucune suite. Ils rappellent d’autre part que la demi-finale ayant opposé le FC Nouadhibou et la Garde Nationale n’est pas encore validée par la Ligue Nationale, telle que mentionnée dans la feuille de match. Pire, aucune décision relative au litige n’a encore été prise et la réserve portée par l’ASC Garde contre le FC Nouadhibou n’a pas jusqu’à présent été encore tranchée.

Cheikh Aïdara