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Birame Dah Abeid : «Nous continuerons à attaquer ces codes négriers de la fausse version Malékite locale, et Aziz n’a qu’à agrandir ses prisons »

En déplacement au Canada puis en Belgique, le président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid, est revenu sur les dernières actualités en Mauritanie, notamment l’adoption par le Parlement de deux lois qui semblent viser particulièrement son organisation, la loi contre le discours raciste et la loi pénalisant tout discours contre le rite Malékite. Birame est aussi revenu sur ses relations avec la diaspora mauritanienne à l’extérieur, le renouvellement du Barreau des avocats et la rupture des relations diplomatiques entre la Mauritanie et le Qatar.

Birame Dah Abeid (Crédit photo : IRA Mauritanie)

L’Assemblée Nationale en Mauritanie vient d’adopter deux lois, l’une pénalisant tout discours contraire au rite Malékite dans le pays et l’autre qui condamne les propos jugés haineux et racistes.  Le mouvement IRA qui a brûlé en 2012 à titre symbolique des livres du rite malékite et qui est accusé d’extrémiste semble ainsi tout désigné par cette offensive. Qu’en pensez-vous ?

Birame Dah Abeid : la dernière loi concoctée par le régime et adoptée par le Parlement mauritanien est taillée sur mesure pour contenir et museler les aspirations à l’affranchissement du joug esclavagiste des esclaves et anciens esclaves. Elle vise aussi à museler, intimider et faire taire, la contestation populaire contre les inégalités raciales, contre les pratiques esclavagistes et les discriminations. C’est une loi qui vise à rendre effectif l’encerclement du mouvement IRA Mauritanie et ses dirigeants.

C’est une loi qui vise à accentuer la pression sur les militants d’IRA et les envoyer en prison. Elle vise, selon l’extrême droite arabo berbère obscurantiste, raciste et afrophobe, à maintenir le statu quo, à prémunir cette faction contre toute forme de contestation et préserver leurs privilèges indus à travers la gestion désastreuse et unilatérale du pays, afin qu’ils puissent continuer à garder le pouvoir et contourner la mobilisation trop forte autour du mouvement IRA qui s’était traduite en 2014 par le vote massif et surprenant en faveur du candidat abolitionniste. Cette loi vise enfin à maintenir un mur entre les populations et l’expression démocratique, mais aussi à les éloigner davantage du courant abolitionniste pour l’empêcher d’accéder à des postes électifs.

Ce qui est visé ici c’est notre discours et nos attaques en règle contre le code et le rite esclavagiste de la version locale du Malékisme mauritanien adopté par les groupes esclavagistes et racistes, qui n’a rien à voir ni avec le rite Malékite originel ni avec  l’Islam. Nous continuerons à attaquer ces codes négriers, à les dénoncer. Nous les refusons haut et fort. Le régime de Mohamed Abdel Aziz n’a qu’à agrandir ses prisons. Nous sommes prêts à faire des sacrifices.

Je dénonce ainsi l’hypocrisie du gouvernement mauritanien et celle de l’assemblée nationale mauritanienne, deux institutions monocolores dirigées par un seul groupe minoritaire, le groupe de la faction de l’extrême droite arabo-berbère qui a fondé sa vision, sa politique et son mode de vie sur les pratiques racistes et esclavagistes. Je considère qu’au lieu de criminaliser le discours des défenseurs des droits de l’homme et des abolitionnistes, un discours fêté, primé et reconnu sur toutes les scènes internationales crédibles et spécialisées comme les Nations Unies qui ont décerné au président d’IRA le Prix des Nations Unies pour les droits de l’homme en 2013, au lieu de criminaliser ce discours qui est conforme au droit international et à la paix mondiale, il faut criminaliser les pratiques esclavagistes et les crimes racistes qui ont été commis et qui continuent à être commis par les tenants de ce pouvoir, en menant une tentative de génocide contre les Noirs, en particulier contre l’élément Peulh et qui s’est étalé sur plusieurs années à partir de 1986, avec des milliers de morts et des centaines de milliers de déportés, des centaines d’exécution sommaires et extrajudiciaires commises de la manière la plus ignoble et la plus inhumaine, à Inal, à Azlat, à Jreïda, à Walata, à Wothie, à Sorimalé, à Tiguint, un peu partout sur le territoire national.

Le gouvernement qui criminalise le racisme doit d’abord commencer par ouvrir les charniers, mener les enquêtes sur les tueries et les crimes collectifs qui ont visé les populations mauritaniennes et dont les exécutants et les concepteurs, sont toujours au pouvoir, que ce soit au sein des corps militaires ou dans l’appareil civil gouvernemental. Avant de criminaliser les discours racistes, il faut d’abord criminaliser et réprimer les actes racistes et esclavagistes commis quotidiennement et qui continuent de ronger la communauté Haratine et pratiqués par les dignitaires au pouvoir, qu’ils soient officiers de police, officiers de l’armée, magistrats, hauts fonctionnaires ou membres du gouvernement, et que l’on retrouve aussi dans les segments tribaux, au sein des élus du pouvoir.

Vint pour cent (20%) de la population mauritanienne continue à souffrir de l’esclavage le plus ignoble, le plus inhumain et le plus médiéval. Ce gouvernement qui prétend criminaliser le discours raciste doit criminaliser ces actes qui continuent d’être perpétrés au quotidien.  Il doit lever l’impunité accordée aux criminels de l’esclavage qui sont au sein du pouvoir et qui sont connus de tous, et dont les actes sont dénoncés par les membres d’IRA, les exposant à la prison, à la torture, aux exactions et aux enlèvements extrajudiciaires. Un gouvernement ne peut pas criminaliser un discours raciste alors que lui-même mène une politique et une gouvernance raciste, avec une justice et un parlement raciste. C’est ridicule et je dis aux tenants du pouvoir : vous ne trompez personne et vous ne faites peur à personne.

Nous continuerons notre discours et si ce discours est considéré comme raciste par le régime hors-la-loi de Mohamed Abdel Aziz ainsi que la horde de racistes et d’assassins qui le soutient, ce discours est validé par les populations mauritaniennes et la communauté internationale qui comprennent notre discours et l’acceptent, car notre discours est un discours de paix, de droit et de justice.

Je réitère en guise de réaction cet appel à la communauté nationale et internationale, à tous les Mauritaniens imbus de l’avenir de ce pays. La Mauritanie, qui devait se conformer à la législation internationale et naturelle, celle de la liberté de culte, vient maintenant s’inscrire en faux contre les lois internationales qu’elle avait ratifiées et qu’elle prétend observer. La Mauritanie s’inscrit également contre la loi musulmane qui donne la liberté de rite à tous les musulmans. La Mauritanie contrairement à tous les pays musulmans, vient également s’inscrire en faux contre les enseignements de l’Imam Maleck Ibn Aness qui lui-même a refusé catégoriquement que sa conception de la loi musulmane soit imposée aux autres musulmans. Il a toujours dit qu’il est un être humain et qu’il est passible d’erreurs et qu’il ne prétend pas que ses enseignements supplantent les enseignements du Prophète Mohamed (PSL) ou les commandements du Livre Saint.

Je considère que pour le régime mauritanien, ainsi que pour les segments esclavagistes et racistes qui gravitent autour de lui, la loi sur le Malékisme est une pure façade destinée à instrumentaliser  la religion pour régler des comptes politiques et sociaux, blanchir les crimes sur l’esclavage et le racisme. Je pense que ce qui vient d’être esquissé par le régime raciste, esclavagiste, fanatique et xénophobe de Mauritanie, c’est une façon de protéger des codes négriers et de fornication, des codes d’exploitation et Jahilistes qui n’ont rien à voir avec les principes d’égalité et de justice de l’Islam.

Je réitère notre position originelle, et nous savons que ceux qui sont visés par cette loi, c’est le mouvement IRA mais aussi toute cette population humble qui commence à goûter aux fruits de l’émancipation, de l’affranchissement et de la liberté retrouvée. Nous pensons que c’est une loi obscurantiste et réactionnaire. Nous ferons barrage à cette loi par nos corps et par notre détermination, toujours dans la ligne pacifique conforme au droit international et national. Nous promettons au régime de Mohamed Abdel Aziz, à tous les racistes et les bourreaux qui gravitent autour de ce régime, que nous mènerons une lutte et une résistance sans merci.

 

Le site Al Akhbar vient de publier une information selon laquelle le Premier ministre Yahya Ould Hademine aurait déclaré, je cite : «« Nous avons pris soin de ne pas installer le débarcadère de Ndiago et le canal de Lemseidi dans la Vallée, malgré que les avantages économiques seraient plus considérables dans la vallée. L’Etat a une vision stratégique claire qui s’agit de ne pas développer les zones de la Vallée du fleuve Sénégal. Car il est probable que dans l’avenir cette partie de la Mauritanie devienne une terre exclusive aux Noirs. Elle pourra même être arrachée pour les Noirs. La question des Noirs est le plus grand défi dont fait face l’Etat mauritanien ». Pensez-vous réellement que le Premier Ministre puisse tenir de tels propos et dans tel cas, comment jugez-vous cette déclaration ?

Birame Dah Abeid : concernant cette question relative aux propos particulièrement ignobles et sidérants du Premier Ministre du régime de Aziz à l’encontre des Mauritaniens, car s’en prendre à la Vallée et à ses populations, c’est sans prendre à tous les Mauritaniens sans exception, je pense que ces propos sont indignes et ne nous surprennent malheureusement pas de la part d’un régime qui réclame l’héritage de la tentative de génocide sur les Noirs , celui des crimes racistes et esclavagistes qui continuent à user des prérogatives de son gouvernement, de son parlement, de ses appareils militaires et sécuritaires, de ses médias, de ses mosquées, pour justifier tous ces crimes inhumains, tous ces passifs lourds qui ont endeuillé les communautés nationales et qui continuent à perpétuer ce genre de pratiques et de stigmatisation des populations à cause de leur appartenance ethnique et de leur couleur.

Je pense qu’on connaît bien ce gouvernement, ses exactions contre les populations de la Vallée, ses tentatives de les exproprier de leurs terres, comme le chemin de l’apatride qu’il a ouvert à tous les citoyens pour les démunir de leur nationalité et de leur citoyenneté. Nous savons aussi que ce régime a fait beaucoup de mal à toutes les populations mauritaniennes. Ce que le Premier ministre vient de dire est une preuve supplémentaire de l’incurie de ce gouvernement. Ces propos rapportés par Al Akhbar, qui est un site très crédible, n’ont pas été démentis ni par le Premier Ministre ni par le gouvernement, car ils ne peuvent certainement pas le faire car Al Akhbar détiendrait peut-être des preuves sûres. Ces propos ne sont que le reflet de la nature raciste et anti-Noir du régime de Mohamed Abdel Aziz depuis son usurpation du pouvoir et c’est cette politique que nous avons toujours dénoncé et continuerons à dénoncer. Ils prouvent davantage que nous avons raison dans notre lutte contre ce pouvoir réfractaire à tous les droits, le droit national mauritanien et le droit international.

Je lance un appel aux populations de la Vallée et aux populations mauritaniennes sur l’ensemble du territoire à se mobiliser pour ne pas accepter la politique de la division contre les populations. Le dressage des populations les unes contre les autres, la communauté maure contre la communauté Peulh, les populations Pulaar contre les populations haratines, c’est ça la politique de ce pouvoir qui attise les dissensions ethniques et raciales pour se maintenir. Ce qui doit être visé, c’est la lutte contre le régime de Mohamed Abdel Aziz, en adoptant la position du mouvement IRA contre les injustices et les dérives de ce pouvoir. Ces errements et ces atrocités du pouvoir ne doivent pas être imputés à une communauté mais à ce système qui nous gouverne. Il ne faut jamais tomber dans le piège du pouvoir qui voudrait qu’une partie de la population mauritanienne impute ces dérives et les problèmes qu’elle rencontre à une autre communauté. C’est ça que cherche le pouvoir que nous devons tous combattre, lui et ses soutiens ainsi que ses laudateurs.

Il est question ces jours-ci du renouvellement du Barreau mauritanien, l’un des alliés des défenseurs des droits de l’homme, dont IRA. Quelle lecture faites-vous de ce renouvellement ?

Birame Dah Abeid : pour ce qui est du renouvellement du Barreau de l’Ordre National des Avocats, je veux souligner ici que ce barreau est la seule citadelle qui est restée depuis toujours intransigeante et intraitable face à l’instrumentalisation des dictatures militaires qui se sont succédé à la tête du pays et qui sévissent de nos jours de la manière la plus dangereuse sous la dictature de Mohamed Abdel Aziz.

Je rends hommage à ce barreau et aux avocats mauritaniens qui sont restés toujours dignes et conformes à leur déontologie et à leur mission de défendre coûte que coûte tous les prisonniers d’opinion et de conscience qui ont été persécutés par les dictatures militaires.  Je rends personnellement hommage au bâtonnier Cheikh Ould Hindi qui depuis sa prise de fonction n’a jamais lésiné sur les moyens, sur les trajets  et les déplacements pour défendre les prisonniers d’opinion d’IRA Mauritanie.

Il a été partout présent lui et ses confrères du barreau mauritanien pour tirer ces prisonniers des conditions difficiles d’emprisonnement arbitraire. Il a été à Rosso, à Nouakchott, à Aleg, à Zouerate. Je lui rends hommage comme je rends hommage à tous les doyens du barreau, à tous les jeunes avocats qui tous n’ont jamais hésité à répondre présents pendant les heures tardives de la nuit et à subir les déplacements lointains, pour procurer la défense compétente et nécessaire à nous défenseurs des droits de l’homme qui avons toujours eu maille avec la justice. Je réitère notre soutien, nos amitiés et notre reconnaissance au barreau des avocats mauritaniens.

Nous lançons un appel à l’ensemble de la classe politique pour contribuer à notre lutte et faire en sorte que le gouvernement mauritanien et son régime préservent l’indépendance et l’originalité du barreau mauritanien, car c’est un acquis pour toutes les populations, toutes tendances politiques et civiles confondues, car tous peuvent un jour être inquiétés par des poursuites, à cause de leur opinion ou de leur position politique.

IRA est une organisation très active à l’extérieur. Quelles sont ses relations avec la diaspora mauritanienne ?

Birame Dah Abeid : nos relations sont très bonnes avec  toute la diaspora mauritanienne sur tous les continents.  Nous pensons que la crème des cadres expatriés mauritaniens agissent au sein d’IRA, le soutiennent et contribuent à la bonne marche de cette organisation, que ce soit au grand jour ou avec obligation de réserve et en douceur. Aux cadres expatriés, toutes ethnies confondues, je les remercie pour leur contribution effective et régulière qui a permis l’essor d’IRA à l’extérieur.

Je profite aussi de cette occasion pour soigner ce que les manipulations et les mensonges de certains segments du régime mauritanien, le secteur des Renseignements Généraux en particulier, ont pu gâcher entre IRA et d’éminents cadres mauritaniens à l’extérieur. Je veux nommer Mohamed Abba Ould Jeilani et Abdoul Diagana, qui ont été mêlés par la malice des services de renseignements à  des controverses à propos du mouvement IRA. Des propos malencontreux et des appréciations malheureuses ont pu être à l’origine d’une distanciation entre nous et ces deux éminents cadres. Je profite de cette occasion pour tendre la main à ces deux compatriotes et leur exprimer tout mon regret pour ces malencontreux incidents.

Quelle lecture faites-vous de la rupture diplomatique des relations entre la Mauritanie et le Qatar ?

Birame Dah Abeid : concernant la rupture des relations diplomatique que le régime de Mohamed Abdel Aziz a orchestré contre le Qatar, je pense que mon amour propre en tant que Mauritanien a été tout simplement froissé, traîné dans la boue quand je vois que la souveraineté de mon pays, ses relations extérieures avec des pays frères est sacrifié au profit d’une diplomatie du mercenariat, où les responsables de notre gouvernement agissent en commerçants en termes de profits pécuniaires.

Il est particulièrement regrettable la dévalorisation et la manière dont nos dirigeants appréhendent la chose publique et notre souveraineté nationale. C’est regrettable qu’une partie du monde puisse acheter avec de la monnaie sonnante et trébuchante notre position souveraine qui relève de notre souveraineté. Une aberration et une catastrophe morale, un degré extrêmement bas de la destruction de nos valeurs de la part du régime qui nous dirige ! Et c’est un point de non-retour, un point qui dénote de notre manque de maturité et de vision stratégique réfléchie.

Quand un domaine de souveraineté aussi important que les affaires étrangères et les relations internationales devient un domaine de tractations monétaires en argent sonnant et trébuchant, comment en tant que Mauritaniens, pouvons-nous soutenir et souffrir toute cette dévalorisation. Nous dénonçons vigoureusement de telles pratiques.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara


Affaire de licence frauduleuse : coup d’état contre la Commission discipline de la FFRIM !

Coup d’éclat à la fédération mauritanienne de football. Sitôt revenu de voyage, le président de la fédération a procédé à un hold-up réglementaire en dessaisissant la Commission de Discipline pour faire passer la réserve portée par la Garde Nationale contre le FC Nouadhibou par perte et profit !

Le bureau fédéral de la FFRIM lors de la visite du président de la FIFA en Mauritanie en février 2017 (Crédit : FFRIM)

Le Bureau exécutif de la Fédération mauritanienne de football (FFRIM) s’est réuni ce soir, mardi 13 juin 2017 au cours d’une séance houleuse au cours de laquelle, le président de la fédération a intenté un putsch en bonne et due forme contre la Commission de Discipline. Ainsi, la licence frauduleuse du jour de FC Nouadhibou, Cheikh El Weli Yacine, est passée d’une affaire litigieuse relevant de la Commission de Discipline et des tribunaux mauritaniens en une mascarade de vote à mains levées pour enterrer le dossier. Avec deux absentions et une opposition, celle du président du FC Tevragh-Zeine, Moussa Khaïry, le bureau fédéral a blanchi la malversation, pour le plus grand plaisir du président de la fédération qui a tenu à défendre avec bec et ongle, son club, le FC Nouadhibou. Il a été convenu qu’à défaut d’une pièce d’identité, d’un passeport en cours de validité ou d’une attestation délivrée par l’autorité compétente accompagnée d’un extrait de naissance, seuls documents pouvant ouvrir droit à une licence de football pour un Mauritanien, l’attestation délivrée par le commissaire de la Délégation de la PJ du Parquet pouvait en tenir lieu.

L’équipe de la Garde Nationale qui se trouve spoliée par ce coup de pirouette unique en son genre, pourrait ainsi attaquer le document en question. Le commissaire de police serait ainsi amené à expliquer dans quelle condition cette attestation a été délivrée et sur la base de quels documents et de quels témoignages.

Ce qui est sûr, l’histoire du football mauritanien retiendra que pour une fois, qu’une réserve portée contre un joueur a été tranchée hors du circuit normal. La Commission de Discipline, organe indépendant créé pour connaître ce genre d’affaire, a été ainsi contournée pour dissimuler une fraude en flagrance. Cette histoire pourrait ainsi servir de jurisprudence. Désormais, les réserves pourraient ne plus être du ressort de la Commission de Discipline mais de celui du Bureau Fédéral qui sera amené à voter pour OUI ou Non dans de pareils cas.

Ainsi, en sus de piétiner les textes fondateurs, le FC Nouadhibou et son puissant mentor, le président de la fédération, pourraient poursuivre leurs crimes en toute impunité, en se drapant du statut de multirécidiviste protégé. Car, ce n’est pas la première fois que le FC Nouadhibou s’en sort. Jamais une réserve portée contre cette équipe n’a porté, la plaçant ainsi au-dessus des lois de la Fédération mauritanienne de football.

Oui, les membres du bureau fédéral qui ne peuvent s’opposer au diktat du président de la fédération peuvent bien protéger leur poste et leurs subsides, mais la mémoire du foot mauritanien retiendra qu’à un moment de l’histoire, ils ont failli à leur devoir et bafoué les textes qu’ils ont eux-mêmes adoptés.

Cheikh Aïdara


Rupture avec le Qatar : la rue mauritanienne divisée

A la suite des pays du Golfe sous la férule de l’Arabie Saoudite, la Mauritanie a annoncé le 6 juin dernier par le biais d’un communiqué du Ministère des Affaires Etrangères, la rupture de ses relations diplomatiques avec le Qatar. Une annonce qui a provoqué une manifestation spontanée, plusieurs citoyens s’étant massés devant l’ambassade qatarie à Nouakchott pour exprimer leur solidarité. Depuis, la rue mauritanienne est profondément divisée.

 

Mohamed Abdel Azoz et le Roi Salman d’Arabie Saoudite à Djeddah.

La crise entre le Qatar et ses voisins du Golfe, intervenue le 5 juin 2017, isole de jour en jour le petit émirat. La vague des ruptures diplomatiques avec le Qatar s’est en effet amplifiée, sous la pression de Riadh, à des dizaines d’autres pays, dont la Mauritanie. La raison évoquée pour expliquer cette décision diplomatique reprend dans ses termes, les mêmes accusations portées par l’Arabie Saoudite et ses alliés. Il est reproché au Qatar de soutenir le terrorisme et de jeter le trouble dans le monde.

Ce qu’on reproche au Qatar
La crise entre le Qatar et ses voisins du Golfe, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unies, Bahreïn et qui s’est par la suite étendue à tous les pays arrosés par les pétrodollars saoudiens a été disséqué par la quasi-totalité des analystes du monde.

L’accusation de soutien au terrorisme, répétée à l’envie ici en Mauritanie, par une pléiade de cadres  contraints à investir les plateaux des télévisions pour soutenir le point de vue officiel est battue en brèche.

Parmi les causes supposées de la crise, certains analystes en Occident citent le reproche fait au Qatar d’empiéter sur les plates-bandes de son puissant voisin saoudien, tout récemment rétabli dans la plénitude de son leadership du monde arabo-musulman par la nouvelle administration américaine. En effet, un lien de cause à effet a été établi entre la visite de Donald Trump à Riadh le 21 mai 2017 et l’offensive contre Doha enclenchée le 5 juin dernier. Le Qatar aurait eu l’ambitieux crime de jouer dans la cour des grands en oubliant sa petite taille, pour prendre trop de place dans les économies développées, comme ses énormes investissement en Europe.

L’autre cause évoquée, celle du refus du Qatar à se joindre à la coalition anti-Iran que Trump veut former avec les pays du Golfe, dont l’Arabie Saoudite. Le Qatar est lié à l’Iran par une frontière maritime mais surtout par un important champ gazier que les deux pays exploitent en commun.

Mais si des présomptions pèsent sur le Qatar à travers certains privés qataris soupçonnés de financer des organisations déclarées terroristes comme le Jebhat Nosra proche d’Al Qaïda en Syrie, l’Arabie Saoudite et les Emirats seraient également fortement impliqués dans ce financement occulte du terrorisme. Ainsi, pour beaucoup d’observateurs, l’accusation de terrorisme adressée au Qatar ne serait qu’une façade et qu’en réalité il lui serait reproché de ne pas être dans le délire anti-Iran de Riadh et d’Abu Dhabi.

L’autre point de discorde serait d’ordre idéologique avec un Qatar qui abrite les Frères Musulmans chassés d’Egypte et que le Royaume saoudien combat comme la peste parce qu’ils font ombrage au courant salafo-wahabiste qu’il finance et propage à travers le monde.

Les Emirats n’ont jamais quant à eux pardonné au Qatar son indépendance et son refus d’intégrer l’union, préférant se détacher pour former un «petit pays indépendant ». Le comble, cette coupe du monde que le Qatar accueillera en 2020.

Mais la plus grande contradiction serait le rôle central joué par les Etats-Unis dans l’isolement du Qatar tout en y maintenant sa puissante base militaire, la plus importante au Golfe. C’est surtout le parti pris de l’administration américaine en faveur de pays autocratiques comme l’Arabie Saoudite, où la démocratie est absente et les droits de l’homme bafoués qui jette le discrédit sur la politique étrangère des Etats-Unis dans le monde arabe.

Tous les analystes sont cependant d’avis que le Qatar ne pourra pas résister longtemps à l’embargo qui le frappe et qu’il sera obligé de faire des concessions ou de courir le risque d’une énième révolution de palais. En 2014, une crise similaire avait frappé le Qatar et a duré 8 mois. A l’époque, c’était la tête du prédicateur Al Qardawi qui a été réclamé et depuis, il a disparu des plateaux de télévision qataris. Cette fois, la facture risque d’être plus salée, car il s’agit pour l’Arabie Saoudite et ses alliés d’amener le Qatar à chasser les frères musulmans qu’il abrite ainsi que la direction du mouvement Hamas, sans compter la livraison de cinq bonnes dizaines de personnes recherchées pour terrorisme.

La crise du Qatar vue de l’Occident

Si Donald Trump a déclaré que la crise du Qatar doit être réglée le plus rapidement possible, nul ne sait encore le sens de ces propos, si la solution doit être militaire ou politique. La Turquie et le Pakistan auraient annoncé un mouvement de troupes vers le Qatar pour le protéger en cas d’attaques, tandis que l’Iran vient de dépêcher plusieurs avions pour ravitailler le pays.

En France, les réactions tardent encore, même si la plupart des analystes trouvent que le nouveau président français Emmanuel Macron avait déjà annoncé durant sa campagne qu’il mettra fin aux avantages fiscaux accordés aux investissements qataris par l’administration Sarkozy. Ainsi, il a fait poireauter l’Emir du Qatar pendant six jours avant de le prendre au téléphone après la crise.

Pourtant, les investissements qataris en France, estimés à plus d’un milliard d’euros, pèseront lourd dans toute décision que la nouvelle équipe de Macron aura à prendre.

L’Allemagne mais aussi l’Union européenne ont demandé la fin de l’embargo sur le Qatar.

In fine, le Qatar serait coupable d’exhibitionnisme au point d’avoir agacé son voisinage immédiat qui cherche aujourd’hui à le remettre à sa place.  Et puis, sa chaîne Al Jezira, 5.000 employés et 180 bureaux à travers le monde a eu l’outrecuidance de heurter la culture antidémocratique des pays du Golfe nullement habitués à un tel degré d’indépendance dans le traitement de l’information. Cette chaîne donne en effet la parole à tous les opposants du monde arabe et cloue au pilori les chefs d’Etat arabes non coutumiers de telles critiques. Il lui est aussi reprochée d’avoir soutenu et même provoqué des crises dans le monde arabe.

L’analyse de la crise en Mauritanie

En Mauritanie, la décision de rompre avec le Qatar a été trop rapide et brusque pour l’opinion publique nationale. Le communiqué du Ministère des Affaires Etrangères accuse le Qatar de propager des idées extrémistes et d’avoir sciemment semé l’anarchie dans de nombreux pays arabes. «Le Qatar a pris l’habitude de mettre en cause les principes sur lesquels est fondée l’action arabe commune» déplore le communiqué officiel.

Cette décision du gouvernement mauritanien a été d’autant inattendue que le Qatar a beaucoup investi en Mauritanie, en construisant un centre pour l’éducation des enfants sourdes, une mosquée, un grand complexe touristique, un hôpital à Boutilimit. Mieux, les deux pays ont multiplié ces derniers mois leurs échanges et signé un jumelage entre la Cour suprême mauritanienne et la Cour Qatarie de cassation. Plusieurs centaines de fonctionnaires mauritaniens, magistrats, imams et enseignants travaillaient aussi au Qatar.

Cette embellie a été cependant émaillée de plusieurs mini crises, comme l’accusation lancée par Nouakchott il y a quelques années contre le Qatar, l’accusant de soutenir des mouvements terroristes dans le Nord Mali, et de soutenir le parti islamiste Tawassoul proche des frères musulmans.

Mais le pouvoir mauritanien est obligé de prouver la justesse de sa décision face à une opinion mauritanienne foncièrement hostile, en envoyant chaque jour et chaque nuit des pléthores de cadres et hauts fonctionnaires défendre sa position sur les plateaux de télévision et les studios des radios qu’ils soient publics ou privés. Une offensive médiatique qui vient prouver, selon les opposants, que les arguments avancés par le gouvernement mauritanien ne tiennent pas la route.

La rue estime que la décision de l’Etat résulte d’un suivisme aveugle et irréfléchi pour plaire à l’Arabie Saoudite, si ce n’est pour des raisons pécuniaires, certains parlant de plusieurs millions de dollars promis par les Saoudiens au gouvernement mauritanien.

C’est le point de vue du parti Union des Forces du Progrès (UFP) de l’opposition radicale qui estime que la rupture diplomatique avec le Qatar répond à une logique de suivisme et d’opportunisme diplomatique qui met en berne la souveraineté du peuple mauritanien.

Pour Mohamed Jemil Mansour, président du parti Tawassoul, qui s’exprimait au cours d’une invitation à la rupture du jeûne,  à laquelle avait assisté la classe politique, majorité et opposition confondue, mais aussi des membres des deux chambres du Parlement, «la défense de la cause palestinienne à travers le mouvement de résistance Hamas est un bienfait et le contraire une perdition ».

Cheikh Aidara


Journée mondiale contre le travail des enfants : situation alarmante en Mauritanie

Quelques 37,6% des enfants âgés de 5 à 17 ans en Mauritanie travaillent comme bergers, paysans, aides garagistes, domestiques, charretiers… Une situation alarmante qui a conduit les autorités à ratifier les principales conventions de l’OIT contre le travail des enfants  tout en mettant en œuvre un arsenal juridique et institutionnel conséquent. La journée mondiale contre le travail des enfants célébrée hier,  lundi 12 juin 2017, a permis de procéder au bilan des actions accomplies.


Message des enfants (Crédit photo : Aidara)

Le Centre culturel de la Communauté Urbaine de Nouakchott, sis au Musée National, a abrité lundi 12 juin 2017 les activités commémoratives de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants. La journée, dont l’ouverture officielle a été présidée par le Secrétaire général du Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration, a été marquée par la forte présence de la société civile et du personnel du Bureau internationale du Travail (BIT) en Mauritanie.

La cérémonie d’ouverture a connu un bref échange de discours entre le Secrétaire général du Ministère du Travail et le représentant du Projet Bridge relevant du BIT, M.Marc Ninerola qui a mis l’accent sur l’ampleur du travail des enfants en Mauritanie et l’appui du BIT dans deux axes du Plan d’action national pour l’élimination du travail des enfants  (PANET RIM).

L’assistance, dominée par les jeunes, a suivi par la suite, une intervention des enfants, une chanson puis un message de secours adressé aux adultes. «Je veux juste rester un enfant » fut le message central et émouvant qui a été lu en français et en arabe.

Trois communications ont par la suite été présentées. La première, par le Coordinateur du  Projet de lutte contre le travail des enfants au sein du bureau du BIT, M.Cheikh Thiam.

Dans son exposé il a brossé les principaux domaines d’intervention de son projet, notamment la formation et le renforcement de capacité des acteurs du travail (inspecteurs et contrôleurs du travail), mais aussi l’appui à l’institutionnalisation et à la mise en place du  Conseil national du dialogue social, entre autres.

Lui succédant, Mohamed Baba Deih, consultant, a campé le contexte du travail des enfants en Mauritanie, un pays où les moins de 18 ans représentent la moitié de la population. Il a évoqué les textes internationaux ratifiés par la Mauritanie dans le domaine du travail des enfants, notamment la Convention n°138 de l’OIT relative à l’âge minimum de travail et la Convention n°182 relative aux pires formes des travaux des enfants, mais aussi la Charte africaine pour le bien-être de l’enfant. Selon lui, le nombre d’enfants travailleurs a beaucoup baissé dans le monde, encore plus pour les filles que pour les garçons, une baisse de 40% chez les filles contre 25% chez les garçons.

Il estime qu’en Mauritanie, près de 80% des enfants sont victime de discipline violente, que 10,6% des enfants âgés de moins de 17 ans ne vivent pas avec leurs parents biologiques, que 41,7% des enfants de moins de 5 ans ne disposent pas d’acte d’état-civil.

Il a par la suite énuméré l’arsenal juridique mis en place pour lutter contre le travail des enfants et rendre obligatoire leur scolarité

Enfin, la troisième et dernière communication a été présentée par Frederico de l’ONG internationale «Save The  Children » qui a axé son intervention sur le Profil des enfants en mobilité et leur vulnérabilité face à l’exploitation et à la traite aussi bien dans les pays de transit que dans les pays de destination. Il déplore, surtout en Mauritanie, le manque de données statistiques et anthropologiques sur les raisons qui poussent les enfants à se déplacer, sur leur âge, leur couloir migratoire, mais aussi leur manque de visibilité dans les politiques du pays.

Ces enfants viennent pour la plupart, selon lui, du Mali, du  Sénégal et de la Gambie et se répartissent en quatre catégories : les filles mineures domestique souvent exposées aux violences sexuelles, les filles et les garçons victimes du système du  «Confiage » citant les enfants talibés, les mineurs vivant dans un environnement stable mais attirés par les mirages de l’Europe et enfin, les mineurs vivant dans un environnement familial instable et qui développent un lien avec la rue.

Plusieurs ONG engagées dans la protection des droits des enfants avaient pris part à la manifestation, notamment  l’Association Génération Motivée (AGM), l’Association des femmes chefs de famille (AFCF), le Léons Club.

Selon Aminetou Mint Mokhtar, présidente AFCF, «nous avons recueilli plusieurs filles anciennes domestiques victimes de violences, que nous avons réinjectées dans le circuit de l’enseignement. Nous avons suivi certaines d’entre elles jusqu’au baccalauréat ». Selon elle, son organisation a identifié à Rosso et à Nouakchott 9.484 enfants victimes de domesticité dont 78,8% de filles, ainsi que 7.662 enfants en conflit avec la loi, dont 32% âgés de moins de 14 ans et 68% âgés entre 14 et 18 ans.

Cheikh Aidara