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Finale de la Coupe nationale de Basket-Ball : Participation remarquée de l’UNFPA

«L’UNFPA est une organisation qui travaille pour le bien-être des enfants, des jeunes, des femmes et des adolescents pour que leur potentiel soit libéré et c’est dans ce cadre que nous avons soutenu cette activité». C’est par ces propos que Mme Cécile Compaoré Zoungrana, Représentante résidente du Fonds des Nations Unies pour la Population en Mauritanie (UNFPA) a exprimé ses impressions aux termes d’une belle finale qui a opposé samedi 20 mai 2017 à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott, l’équipe d’El Mina à celle de Boghé. Score final, 74 contre 61.

La Représentante de l’UNFPA honorée par l’ancien président de la fédération de Basket, NDiage Dieng

Le terrain de basket de l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott a abrité en nocturne, samedi 20 mai 2017, la finale de la Coupe nationale de basket-ball, match placé sous le haut patronage du Ministre de la Jeunesse et des Sports, Ahmed Ould Djibril. Avaient assisté à la rencontre, le ministre de la Culture et la Ministre Déléguée chargée des Affaires Maghrébines, le Wali de Nouakchott-Ouest, ainsi que plusieurs hautes personnalités, dont les représentants de l’UNFPA, de l’UNICEF, l’ancien président de la fédération de basket, le général NDiage Dieng, et le conseiller à la Primature, Ahmed Challa, invité d’honneur.

Table officielle : le ministre des Sports et à sa gauche le ministre de la Culture

Dès 18 heures, le mythique terrain de basket avait déjà affiché plein, au son des tam-tams et des bruits assourdissants des supporters des deux équipes. Le Challenge était d’autant plus grand, que la finale opposait une équipe de la Capitale, Nouakchott et une ville de l’intérieur, Boghé.

L’ambiance bon enfant qui régnait laissera la place aux environs de 20 heures 30 au derby tant attendu, juste après l’arrivée des officiels et l’hymne national.

Amené par son dynamique président, Moussa MBareck, les jeunes d’El Mina prendront le match en main, dominant du début à la fin une accrocheuse équipe de Boghé qui compte quelques bonnes individualités.

Au coup de sifflet final, El Mina l’emportait par le score sans appel de 74 à 61, déclenchant un concert d’enthousiasme dans les gradins. Au cours du match, les supporters de Boghé ont à plusieurs reprises manifesté leurs mauvaises humeurs par des jets de bouteilles d’eau sur la main courante, ce qui a peu perturbé le déroulé de la rencontre.
Le ministre de la Jeunesse a remis à la fin du match la coupe au capitaine de l’équipe d’El Mina plus un chèque d’1 Million d’ouguiyas, tandis que son challenger s’est retrouvé avec un chèque de 300.000 UM. La coupe du meilleur marqueur a été décernée à Alassane Niang d’El Mina et celle du meilleur joueur à Alassane Gaye de Boghé. Quant à la coupe du Fair-Play, elle a été attribuée à l’équipe de Nouakchott.

Le ministre des Sports remettant le trophée et le chèque d’1 Million au capitaine de l’équipe d’El Mina

A la fin de la rencontre, la Représentante Résidente de l’UNFPA, Mme Cécile Compaoré Zoungrane a exprimé sa joie d’avoir assisté à la finale, que son organisation a soutenu. «L’UNFPA est une organisation qui travaille pour le bien-être des enfants, des jeunes, des femmes et des adolescents pour que leur potentiel soit libéré et c’est dans ce cadre que nous avons soutenu cette activité» a-t-elle déclaré à la presse. Le sponsoring par l’UNFPA d’une telle rencontre s’expliquait également selon elle, par le thème phare qui a été retenu pour cette fête et qui recoupe les objectifs de l’UNFPA tels qu’adoptés pour l’année 2017 par l’Union Africaine, «Investir dans la jeunesse comme dividende démographique».

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Equipe de l’UNFPA

Selon Djeynaba Diallo, jeune supportrice d’El Mina «la rencontre a été d’un bon niveau. Nous remercions les sponsors qui ont soutenu la finale, notamment l’UNFPA, l’UNICEF et Mauritel, car la jeunesse a besoin d’être soutenu». Pour Malick Sy, supporter de Boghé «nous sommes heureux d’être parvenu jusqu’en finale, mais le basket a besoin d’être soutenu davantage à l’intérieur du pays où le minimum pour le développement de ce sport manque».

Simple amateur de basket, Pape Demba NDiaye, étudiant en économie, trouve pour sa part que «rien ne vaut plus qu’investir dans la jeunesse, car c’est la force du pays et son avenir, mais aussi son défi majeur, car sans une jeunesse épanouie, c’est une société en danger que l’on risque de couver».

Il était prévu que le ministre de la Jeunesse et des Sports fasse une conférence de presse à la fin du match, mais elle a été annulée au dernier moment.

Cheikh Aïdara


Semaine de l’Europe en Mauritanie : le BIT au cœur de la fête

La Semaine de l’Europe, célébrée du 8 au 12 mai 2017 par la Délégation en Mauritanie, a été marquée par plusieurs activités, en présence des autorités mauritaniennes, de la société civile, d’organisations et institutions internationales comme la représentation locale du Bureau International du Travail (BIT).

Emploi, pêche, économie, jeunesse, genre, médias… Ce sont-là quelques thèmes qui ont été abordés aux détours de conférences-débats ou de projections cinématographiques tout au long de la Semaine de l’Europe qui vient d’être célébrée du 8 au 12 mai 2017 à Nouakchott.
La cérémonie phare de la Semaine fut sans doute le cocktail-diplomatique offert le 9 mai aux invités de marque dans l’enceinte de la Délégation européenne et qui a été marquée par les discours officiels et solennels échangés entre l’ambassadeur chef de la Délégation, SEM José Antonio Sabadell et le ministre des Pêches et de l’Economie Maritime, M.Nany Ould Chrougha.


L’occasion pour ce dernier de magnifier les relations entre la Mauritanie et l’Europe, soulignant que ces relations vont s’axer sur les nouvelles orientations stratégiques relatives à la valorisation des produits péchés dans les eaux mauritaniennes, en termes de transformation et de création d’emplois. Pour le diplomate européen, l’organisation de cette journée marque les trente ans de coopération entre l’Europe et la Mauritanie, notamment dans le domaine des pêches.
Le bureau du BIT a été fortement présent au cours de la Journée, à travers notamment M.Federico Barroeta, son représentant et point focal en Mauritanie, mais aussi par M.Marc Ninerola, chef du Projet «Bridge» et certains de leurs collaborateurs.  L’occasion pour le BIT de présenter une riche exposition sur ses activités en Mauritanie, notamment dans le domaine de l’emploi, à travers notamment son «Chantier-Ecole de formation professionnelle à Aleg » mais aussi à travers ses actions dans la protection des travailleurs et des migrants.


Il faut dire que la Semaine de l’Europe s’était ouverte le 8 mai par une conférence sur l’Union européenne à l’Université de Nouakchott et un film sur le «Miracle de Berne » à l’ambassade d’Allemagne. Le mardi, «Portes ouvertes sur l’AECID-SNDP » fleuron de la coopération entre la Mauritanie et l’UE dans le domaine de la pêche, suivi d’une conférence-débat «Emploi et Pêche » au Marché de Poisson et le soir, cocktail-diplomatique à la Délégation. La semaine de l’Europe s’est poursuivi les 10, 11 et 12 mai par des séries de conférences et de cinéma, sur la société civile, la jeunesse, le genre, les médias, le changement climatique…


De Gouraye à Nouakchott : L’Odyssée d’un indésirable de la République

Déclaré Persona non grata à Sélibaby, Boghé, Aleg et Boutilimit, Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), indésirable dans son pays et Messie ailleurs, est rentré à Nouakchott, escorté sur plus de six cent kilomètres par une armada de policiers, de gendarmes et de gardes qui se le sont relayés comme une patate chaude.

L’arrivée de Birame Dah Abeid, président d’IRA, le 7 mai 2017 au Guidimagha, a suscité une véritable levée de boucliers au sein de l’appareil sécuritaire du pays, allant jusqu’à secouer le pouvoir et la Présidence de la République, d’où fusait manifestement toutes les instructions relative à la gestion d’une affaire qui avait profondément ébranlé les féodaux soninkés. La preuve, Sélibaby, capitale du Guidimagha et porte par laquelle le leader abolitionniste comptait entrer sur invitation d’associations antiesclavagistes soninkés, sera fermée pendant deux jours à tout étranger à la région.

Selon des informations concordantes, la classe féodale soninké, sous la houlette de ses plus grands cadres, auraient contacté directement le président Mohamed Abdel Aziz pour lui dire que s’il laisse Birame poursuivre tranquillement son périple au sein des esclaves soninkés, le vote en faveur du référendum constitutionnel sera sérieusement compromis au Guidimagha. D’où les instructions données au Wali, Diallo Oumar Amadou, de prendre toutes les dispositions pour empêcher aux militants d’IRA de pénétrer jusqu’à Sélibaby et à Birame de rester ne serait-ce qu’une demi-journée dans la région. A quelques doigts de la retraite, le gouverneur devait redoubler de zèle pour couronner sa longue carrière d’administrateur par la gestion du cas Birame, une affaire dont il n’avait pas du tout besoin à ce stade de sa vie professionnelle. Aussi, avait-il parcouru toute la région, semant la terreur et la panique au sein des classes serviles, dans les hameaux et les villages. Ainsi, beaucoup parmi ceux qui étaient prêts à recevoir Birame, à Gouraye, Diaguili et dans d’autres villages cédèrent sous les menaces d’emprisonnement. Seuls les militants antiesclavagistes de Diogountoro ont résisté à ces menaces. Bakayoko, l’un de ses leaders, aurait ainsi tête aux autorités à qui il a dit «je suis toujours prêt à recevoir Birame comme invité, même si cela doit me conduire en prison».

Tachott, la porte de filtrage

Depuis l’annonce de l’arrivée du président d’IRA par la porte de Gouraye qui fait face à la ville sénégalaise de Bakel, les autorités régionales du Guidimagha avaient porté l’alerte sécuritaire à son maximum. Diallo Oumar Amadou savait qu’il jouait sa tête. Aussi, fit-il installer des barrages de la gendarmerie sur toutes les voies d’accès menant à Sélibaby et à Gouraye. Des dizaines de militants d’IRA qui avaient quitté les autres villes du pays pour rallier le Guidimagha seront formellement identifiés puis refoulés au niveau de plusieurs points d’accès. Même ceux qui avaient tenté de se fondre dans l’anonymat des taxi-brousses ou des bus de transport. Cela était d’autant plus facile que la quasi-totalité des militants d’IRA sont connus. Beaucoup d’entre eux sont fichés suite à des manifestations, des marches de protestation ou des sit-in non autorisés menés ces dernières années et matés dans la répression.
A Tachott, une brigade mobile de la gendarmerie a été spécialement installée pour filtrer les entrées vers Sélibaby, située à une vingtaine de kilomètres. Le 3 mai 2017, Balla Touré, Secrétaire chargé des relations extérieurs d’IRA et ses compagnons, Samba Diagana, Hanana MBoïrick, Kaw Lô, et leur chauffeur, ont été chopés à Gouraye puis reconduits jusqu’à Nouakchott. Cet incident aurait certainement, selon certains membres d’IRA, motivé l’installation de ce poste avancé.

Trois jours plus tard, le 6 mai 2017, une délégation conduite par la vice-présidente du mouvement, Coumba Dado Kane, et comprenant Khattri Rahel, Mama IRA (une dame de fer membre d’une association antiesclavagiste soninké), Dah Boushab, Ousmane Lô et Ahmed Hamdi seront ainsi stoppés net à Tachott par cette brigade de gendarmerie. Il faisait minuit. Après avoir récupéré leurs pièces d’identité, les gendarmes les ont communiqués à leurs supérieurs. Quelques minutes d’attente et les instructions tombèrent. La délégation était priée de rebrousser chemin. L’entrée à Sélibaby leur était fermée. Après une nuit en pleine brousse, les membres de la délégation ont joué aux obstinés. Une partie regagnera Tachott, situé à 5 kilomètres du poste de gendarmerie. Coumba Dado Kane, à bord de la Prado qui devrait ramener Birame, jouera les têtues.

Le 7 mai, aux environs de 12 heures, des journalistes venus couvrir l’évènement crée par le retour de Birame en Mauritanie, après une longue tournée en Europe et aux USA, et qui allait certainement apporter du nouveau dans une actualité morose et fade, butèrent sur cette même brigade et connurent le sort des militants d’IRA. La porte de Sélibaby leur était aussi fermée.

Ce qui s’est passé à Gouraye

Aux environs de 12 heures, Birame débarqua à Gouraye accompagné d’un seul membre d’IRA. Il raconte.
«J’ai été reçu par le commissaire de Gouraye, au milieu d’un véritable déploiement des forces de l’ordre. Il me fit asseoir en attendant de recevoir des instructions. Quelques minutes plus tard, il me dit que le chef d’arrondissement me demandait si j’étais prêt à le rencontrer et dans ce cas, si j’allais le rejoindre avec ma voiture ou s’il m’en envoyait une. Je lui ai répondu que j’étais prêt à le rencontrer mais que ma voiture est bloquée à Tachott, il devait donc m’en envoyer une. Un peu plus tard, le commissaire me fit savoir qu’il y avait changement de programme. Je devais quitter le Guidimagha sous escorte de la gendarmerie. C’est alors que les autorités décidèrent de laisser passer Coumba Dado Kane et la voiture qui devrait me ramener ».

A Tachott, le reste de la délégation bloquée là depuis des heures, avait suivi au téléphone, grâce à Coumba, l’évolution de la situation à Gouraye. Ils apprirent  que Birame allait être refoulé sous escorte de la gendarmerie.
Assis sous une gargote à plus de 45° à l’ombre,  ils venaient juste de commander quelques plats de riz à la viande d’une qualité médiocre, lorsque le convoi leur passa sous le nez. Ils se lancèrent précipitamment à ses trousses. A hauteur de Djadjibini, ils croisèrent les deux véhicules de la gendarmerie qui venaient de passer le relais à la brigade de Mbout.

La Prado, au lieu de prendre la route de Kaédi, piqua par la bretelle vers le centre-ville, obligeant l’escorte à faire de même. La section locale d’IRA avait préparé un accueil modeste dans la maison d’une des militantes les plus chevronnés du mouvement, Toutou. Les gendarmes s’installèrent près de la maison. Chansons, youyous, accueillirent Birame qui décida de passer la nuit. Un dîner somptueux lui fut servi au milieu des militants, dont une écrasante majorité de femme. Le lendemain cap sur Boghé.

Boghé : le commissaire débarque dans la maison

Arrivée à Boghé vers 13 heures, la délégation d’IRA fut accueillie au domicile d’un militant par une foule de jeunes, hommes et  femmes. Une trentaine de personnes enthousiasmées se trouvait là . Trente minutes après, le commissaire de Boghé, Henoune Ould Sid’Elemine, débarqua accompagné de quatre policiers. Dehors, une Toyota remplie d’éléments armés et cagoulés. «Pas d’attroupement ! » indiqua le commissaire qui s’est entretenu longuement avec Birame. Le ton est monté un peu. Puis Birame, sortit en trombe et lui lança : «si la présence de ces gens te gênent, tu n’as qu’à les embarquer ou fait ce que tu veux, je ne suis pas comptable de leur présence ici ».

Le commissaire entreprit de faire sortir tous les jeunes ressortissants de Boghé, en plus de quelques journalistes locaux venus quérir des informations ou une interview avec le leader abolitionniste, surtout que son périple au Guidimagha avait rempli les réseaux sociaux.

N’empêche, la maison se remplit de nouveau, tandis que quelques policiers chassés par l’harmattan, se réfugièrent dans la maison, sous un hangar à l’écart de la délégation, accompagnés de jeunes Boghéens.

Birame animera ainsi une conférence de presse à l’intention des correspondants de quelques journaux et sites, notamment «Le Calame » mais aussi «Le Véridique », entre autres. Il est revenu sur son périple au Guidimagha, insistant sur l’idéologie de son mouvement basé sur la lutte pacifique contre le racisme et l’esclavage en Mauritanie.

Plusieurs cadres d’IRA ont pris la parole dans les langues nationales, à l’image de Coumba Dado Kane et Ousmane Lô.
Un peu avant le départ de la délégation, le président de la section IRA au niveau de Boghé, Bah Ould Eyoub a pris la parole pour exprimer l’adhésion totale des militants au niveau de la région pour le combat d’IRA. «Nous sommes derrière toi pour relever tous les défis que tu t’es fixé » a-t-il conclu, s’adressant à Birame, dont le corps nageait de sueur sous un boubou léger et un sous-vêtement blanc. Boghé était pris sous une nasse de chaleur torride.

Bouhdida, une visite sans surveillance policière

Birame et sa délégation quittèrent Boghé, escortés par une voiture de police qui s’arrêtera juste au rond-point de la route de Rosso. «C’est sûr qu’ils n’ont plus de gasoil » railla un militant. Le convoi poursuivit son chemin, loin de toute surveillance policière. Direction, Bouhdida, localité située à une vingtaine de kilomètres d’Aleg, la capitale régionale du Brakna. Un arrêt de quelques minutes au cours duquel plus d’une trentaine de personnes s’attroupèrent sous un hangar autour de Birame que la plupart voyaient pour la première fois. «Si cette visite était mieux préparée, on vous aurait rempli la cour. Vos partisans sont nombreux ici et nous sommes tous avec ton combat » déclara une femme, la quarantaine. Applaudissements sonores et quelques tambourinements sur un fût vide. Le départ de Birame sera salué par une salve de youyous. Cap sur Aleg, où la délégation devait passer la nuit.
Aleg et Boutilimit barricadés

Le rond-point d’Aleg avait disparu sous le foisonnement des tenues kaki. Une véritable armada policière, casques vissés sur la tête et matraque au ceinturon, obstruait la bifurcation qui menait vers la ville d’Aleg. Comme si ce mur humain ne suffisait pas, une Toyota de la Police tout en diagonale barrait le chemin. Les voitures de la délégation, la Prado de Birame en tête, s’immobilisèrent sur le bas-côté, tandis que des passagers qui faisaient le pied de grue sur la nationale menant vers Boghé, jouèrent aux badauds. Quelques minutes s’écoulèrent. Le Directeur régional de la Sûreté (DRS) du Brakna, Mohamed Ali Ould Mélaïnine, boubou blanc, cheveux grisonnants, s’avança vers la voiture de Birame. Ce dernier sortit et le rejoignit sur le talus. Les deux hommes s’abîmèrent dans de longs palabres dont les propos échappèrent au reste de la délégation. Puis, Birame se dirigea vers ses amis. «Nous sommes interdits d’entrer dans la ville d’Aleg. Les ordres viendraient de très haut, selon le DRS » lâcha Birame. Quelqu’un lui lança, irrité, alors qu’il prenait place dans la Prado. «Et la route de Nouakchott, elle nous est aussi fermée ? » Birame sourit et lui répondit «c’est vrai, je vais le lui demander ». Il redescendit et se dirigea vers le DRS. «Mon commissaire, j’espère que la route de Nouakchott ne nous est pas fermée aussi ? » Le commissaire lui répondit : «non, elle est ouverte ».

La délégation, suivie pendant quelques mètres par une voiture de police, s’ébranla. Cap vers l’étape de Boutilimit qui n’était prévue dans le programme que le lendemain.
De Boutlimit à Nouakchott, la ligne droite

Au carrefour de Boutilimit, là où la voie bifurque sur une bretelle de contournement, une voiture de police était à l’accueil. Ordre fut donné au convoi d’emprunter cette voie, qui permet d’éviter la ville. Ainsi, après Aleg, Boutilimit était aussi interdite à Birame. Une voiture de la police l’accompagnera jusqu’à la sortie de la vieille cité maraboutique.
Le reste du trajet vers Nouakchott se déroula sans aucun incident. Les gendarmes qui jonchaient la route semblaient parfaitement au courant de ce qui se passait. A chaque arrêt, dès qu’ils demandaient les papiers de la voiture au chauffeur et qu’on leur disait que cette voiture fait partie du convoi de Birame Dah Abeid, ils faisaient automatiquement signe de continuer.

Enfin, Nouakchott ! Deux voitures de la délégation arrivèrent les premiers au poste de police du kilomètre 18 marquant l’entrée de la capitale. Beaucoup de policiers sur la chaussée et deux Toyotas clignotant sur les deux bords de la route. «Où est le président Birame ? » s’enquit un gradé. «Il vient ! Il est en cours de route ! » répondit l’un des membres du Comité de Paix, reconnaissable à son pantalon noir, chemise blanche et cravate noire.

La Prado était restée loin, garée quelques kilomètres derrière. La vice-présidente, Coumba Dado Kane se livrait à une interview sollicitée par une station étrangère. Une demie heure et la Prado fit son apparition. Un bref arrêt et la délégation prit le chemin de la ville. Une Toyota de la police la suivit puis s’arrêta quelques mètres plus loin.

Au domicile des Ehel Ahmed, les beaux-parents de Birame, une foule attendait. Les crissements des pneus devant la porte d’entrée furent accompagnés d’une salve de youyous. Dans le salon bondé de monde, Leïla, l’épouse de Birame était couchée près d’un berceau où reposait un bébé. Le dernier né du couple.


Couverture sur des sujets d’esclavage : SOS Esclaves forme des journalistes spécialisés

L’organisation SOS Esclaves que dirige Boubacar Ould Messaoud a organisé, les 4 et 5 mai 2017, une session de formation et d’échanges avec un groupe de journalistes triés sur le volet sur les techniques de couverture des sujets relatifs à l’esclavage en Mauritanie. Des bourses de recherches seront octroyés à certains d’entre eux pour se lancer dans des recherches sur le terrain.

Vue partielle des participants et de leurs formateurs

Pendant deux jours, une dizaine de journalistes choisis pour leur intérêt aux questions des droits de l’homme, notamment la lutte contre l’esclavage, ont été conviés à une session de formation et d’échanges sur le sujet. SOS Esclaves, l’une des organisations les plus actives dans ce domaine, compte ainsi mettre ses vingt années d’expérience au service d’un travail de profondeur, avec l’aide de ses partenaires, l’ONG américaine Antislavery et l’ONG britannique Minority Rights Group International. Deux experts envoyés par ces deux prestigieuses institutions, Emma et Jakub, ont ainsi échangé et formé les participants sur des principes spécifiques d’enquête et d’approche qui pourraient aider dans l’avenir les journalistes à mener des investigations de terrain.

La session avait débuté le 4 mai 2017 par un mot d’introduction du Doyen Boubacar Messaoud qui a fait l’économie de son organisation, SOS Esclavage et de sa riche expérience dans la lutte contre le fléau en Mauritanie. Il sera suivi de notre confrère et non moins activiste au sein de l’organisation, Sneïba Kory qui a brossé pour sa part un état des lieux de l’esclavage dans le pays, soulignant que cette question a été insuffisamment traitée jusque-là par les médias, notamment les médias indépendants, la presse officielle bien entendu s’inscrivant sur la ligne du déni professée par les tenants du pouvoir. Par la suite, Ahmed Ould Wediya, journaliste et vice-président de SOS Esclaves devait souligner que la lutte contre l’esclavage doit prendre des dimensions politiques, économiques, culturelles que sociales.

Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves lisant son discours

Après deux jours de débats riches et fructueux sur le rôle des médias et l’importance de faire des reportages sur l’esclavage, sur une meilleure connaissance des victimes et des anciennes victimes, ainsi que sur l’utilité de l’éthique dans le traitement du sujet, mais aussi sur la manière d’identifier et de développer les récits ayant un impact réel, doublé d’une meilleure connaissance des communautés, une entrevue a été organisée le 6 mai 2017 à l’hôtel Khater entre les journalistes et les activistes.

Il faut signaler que la session a été marquée par la présence d’un représentant de l’Agence Tadamoun pour la lutte contre les séquelles de l’esclavage, d’un représentant du département de la Justice et du représentant du Projet «Bridge» au sein du Bureau International du Travail (BIT) en Mauritanie. La modération de l’atelier a été assurée par le doyen Abdoulaye Ciré Bâ. Au cours de la formation, les journalistes se sont prêtés à une séance pratique au cours de laquelle certains ont joué le rôle d’interviewers et d’autres celui d’esclave ou d’ancien esclave.