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Référendum constitutionnel : adversaires et partisans ouvrent les hostilités

Alors que les supputations vont bon train sur la tenue programmée du référendum d’ici la fin de l’année, adversaires et partisans de la révision constitutionnelle se livrent déjà à de féroces luttes par déclarations interposées.

Le conseil des ministres dans sa dernière réunion hebdomadaire du jeudi 30 mars dernier a confirmé la décision du gouvernement de convoquer un référendum populaire autour des amendements constitutionnels rejetés par le Sénat. Si les partisans du pouvoir se mobilisent déjà pour gagner les suffrages des Mauritaniens en faveur du OUI, les forces opposées multiplient de leur côté leurs efforts pour faire avorter ce qu’ils considèrent être un énième «coup d’état institutionnel».

L’offensive des forces opposées

Après le Front national pour la démocratie et l’unité (FNDU) un regroupement de dix-sept partis politiques qui a déjà annoncé son intention de faire capoter le référendum populaire que le pouvoir cherche à imposer, trois anciens chefs d’Etat et quatre ex-Bâtonnier de l’Ordre national des avocats ont également signifié leur opposition totale à ce qui est considéré comme un «coup d’Etat contre la Constitution». Des accusations de haute trahison sont déjà portées contre le Président de la République.

Il faut dire que plusieurs fronts font aujourd’hui opposition, dont des parties jugées acquises à la majorité, notamment les membres du Sénat et la Cour constitutionnelle.

Le FNDU compte certainement faire bouger la rue dans les semaines à venir, par des contre-campagnes hostiles au référendum constitutionnel, voire même par une éventuelle désobéissance civile, à l’image de ce qui se passe actuellement en Amérique Latine, notamment au Vénézuela où le Chef de l’Etat Maduro est accusé de «rupture constitutionnelle» poussant la rue à une insurrection populaire. Même scénario au Paraguay, où des manifestants ont saccagé et brûlé le Parlement pour s’opposer à un amendement permettant au président d’être réélu en 2018.

Toutes les options semblent ainsi plausibles dans une Mauritanie où l’exacerbation semble avoir atteint son paroxysme avec une opposition de plus en plus aigrie par sa mise en quarantaine, une rue bouillonnante sous l’effet de la crise de survie, du chômage, des restrictions budgétaires, du marasme social et économique de plus en plus insupportable.

L’environnement politique serait d’autant plus favorable à l’explosion d’une rébellion politique même au sein de la majorité que le président Mohamed Abdel Aziz semble déjà appartenir au passé, eu égard à son mandat finissant. C’est ce qui expliquerait sans doute la fronde des sénateurs dont la plupart appartiennent à la majorité.
Ainsi, la commission de suivi du Sénat réuni jeudi dernier pour la première fois après son refus d’entériner les amendements constitutionnels aurait considéré le recours du Président de la République à l’article 38 pour compenser sa défaite devant la procédure parlementaire, comme anticonstitutionnelle.

Cette position est également celle de trois anciens chefs d’Etat, Mohamed Khouna Haidalla (1981-1984), Ely Ould Mohamed Vall (2005-2007) et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (2007-2008) qui ont chacun dans un communiqué fustigé l’entêtement du pouvoir à contourner la Constitution et le risque de dérapage qu’une telle attitude pourrait entraîner.

C’est dans ce cadre que quatre anciens bâtonniers de l’Ordre national des avocats, Me Diabira Maroufa, Me Yacoub Diallo, Me Mahfoudh Ould Bettah et Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeiny ont publié une déclaration commune dans laquelle ils soulignent que la procédure initiale suivie par le Président de la République par rapport aux amendements constitutionnels, était la bonne, car conforme à l’article 99 de la Constitution. Chacune des deux chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat, devaient séparément approuver le projet d’amendements à deux tiers de leurs membres avant qu’il ne soit proposé au référendum constitutionnel. Ils considèrent que le rejet du projet d’amendements par l’une des chambres, en l’occurrence le Sénat, le rendait définitivement caduc.
Les ex-bâtonniers se sont dits étonné de voir le Président de la République brandir l’article 38 de la Constitution, un article qui selon eux, aborde les conditions générales d’un référendum que les articles 99, 100 et 101 définissent dans ses procédures spécifiques. Selon le principe juridique bien connu «les règles spéciales dérogent aux règles générales », l’article 38 (règle générale) ne peut en aucun cas être utilisé en matière de révision constitutionnelle qui est du ressort des articles 99, 100 et 101 (règles spéciales).

Aujourd’hui, les yeux restent braqués sur la Cour constitutionnelle qui devra organiser et superviser le référendum constitutionnel. Beaucoup se demandent si cette Cour a son mot à dire ou non dans cette querelle autour de l’usage de l’article 38 par le Président de la République pour faire passer un texte rejeté par le Parlement.

 

La majorité prépare la campagne du OUI

Nonobstant le tollé soulevé par les adversaires de la révision constitutionnelle, la majorité favorable au Président Mohamed Abdel Aziz mobilise déjà ses forces pour la grande bataille du OUI. Le dernier Conseil des ministres vient de confirmer que le référendum populaire aura bel et bien lieu. Des constitutionnalistes consultés auraient affirmé la possibilité pour le Président de la République de contourner les articles du Chapitre 11 de la Constitution relative aux procédures de révision constitutionnelle. Ils lui ont ainsi brandi l’article 38 qui lui permet de consulter le peuple sur toute question d’intérêt national.

Ainsi, la majorité présidentielle compte lancer une vaste campagne d’adhésion populaire autour des points de la constitution dont la révision est réclamée, et cela bien avant les délais permis par la loi, à savoir quinze jours avant le vote. Or, jusqu’à présent aucune date n’est encore retenue pour la tenue du référendum.

C’est le ministre porte-parole du gouvernement qui a lui-même annoncé le lancement de la campagne, lors de sa sortie le jeudi 30 mars dernier en marge du Conseil des ministres.

Déjà les initiatives pour le OUI essaiment comme des sauterelles. Une occasion saisonnière inespérée car ces campagnes favorables aux positions du pouvoir sont l’occasion  de largesses démesurées. Ainsi, le référendum constitue une opportunité à ne pas rater pour les individus et pour les groupes qui pourraient ainsi à la faveur des mobilisations populaires, se refaire une nouvelle santé financière.


Référendum constitutionnel : le gouvernement persiste et signe

Le pouvoir a décidé malgré toutes les déclarations hostiles aux amendements constitutionnels, dont celle de trois anciens chefs d’Etat, d’aller vers le référendum populaire. Le gouvernement vient de le confirmer lors de sa réunion hebdomadaire par le biais du communiqué final pris en conseil des ministres.

Réuni ce jeudi 30 mars 2017, le conseil des ministres a adopté deux projets de loi relatifs à la révision constitutionnelle qui sera proposée à un référendum populaire dont la date n’est pas encore fixée officiellement.
Le premier projet de loi constitutionnel qui sera soumis au référendum porte sur la révision de certains articles de la Constitution du 20 juillet 1991, conformément aux résultats issus du dialogue politique tenus du 29 septembre au 20 octobre 2016 et auquel une partie très importante de l’opposition n’avait pas pris part.

Selon les motifs avancés, ces amendements visent à améliorer les performances des institutions de la République et mettre en place un nouveau cadre de représentativité populaire par le biais de la création de conseils régionaux capable d’améliorer la planification pour un développement intégré des régions.
Il s’agira dans ce cadre de la suppression de plusieurs institutions, tels le Sénat, le Haut Conseil Islamique, la Haute cour de la Fatwa, la Haute Cour de Justice, le Conseil économique et social, entre autres.

Le deuxième projet porte sur la révision de l’article 8 de la Constitution, conformément aux résultats du dialogue politique précité. Il s’agit, selon la lecture des motifs, d’améliorer le drapeau national pour y adjoindre un souffle patriotique. Ce sont les deux fameuses bandes rouges sensées représentées le sang versé par les martyrs tombés durant la résistance à la pénétration coloniale.

Par l’adoption de ces deux projets de loi, le pouvoir signe et persiste dans sa détermination à aller vers un référendum populaire controversé alors que la scène politique connaît de profondes dissensions.
Trois anciens chefs d’Etat, Mohamed Khouna Haïdalla (1981-1984), Ely Ould Mohamed Vall (2005-2007) et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (2007-2008) viennent chacun dans un communiqué de condamner l’entêtement d’un régime qui selon eux «est en train de conduire le pays vers des lendemains incertains ». A ces voix, viennent s’ajouter d’autres lancées par l’opposition radicale réunie sous le Forum national pour le développement et l’unité (FNDU), une partie non négligeable de la société civile et de personnalités indépendantes. Tous s’élèvent contre ce qu’ils appellent «un coup d’état constitutionnel », allusion à l’usage par le pouvoir de l’article 38 de la Constitution après le refus du Parlement d’entériner les amendements constitutionnels qu’il voulait faire passer par la seule procédure valable, celle dictée par l’article 99 de la Constitution.

La confrontation sur le terrain politique pourrait s’exacerber par ce coup de force par lequel le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz compte imposer ses amendements.

Le FNDU a prévu une grande campagne pour faire échouer le référendum, alors que d’autres parlent déjà d’éventuelles risquent qu’une démarche initiative du régime pourrait entraîner.

Certains observateurs croient que de la confrontation qui s’annonce, dépendra en grande partie les enjeux prévus en 2019. Que Mohamed Abdel Aziz réussisse à imposer sa 3ème République, les Mauritaniens devront ainsi s’attendre à une alternance au pouvoir qui sera largement biaisée, par un maintien en l’état d’un système politique qui tient le pays en otage depuis 1978.

Que l’opposition parvienne à déjouer ce plan savamment ourdi, elle pourra espérer enfin obtenir la véritable alternance politique que le peuple mauritanien attend depuis plus de quatre décennies.


Hommage de Moussa Ould Khaïry, président du FC Tevragh-Zeina, à El Hadj Raouraoua : un grand ami de la Mauritanie tire à demi, sa révérence

Véritable figure sportive du continent africain, Mohamed El Hadj Raouraoua qui a conduit la fédération algérienne de football  (FAF) de 2001 à 2005, puis de 2009 à 2013, a passé la main à Kheiredine Zetchi le 20 mars 2017. Il vient également de perdre son siège au sein de la Confédération africaine de football (CAF), à 70 ans, au profit du Marocain Fouzi Lekjaa.

Mohamed Raouraoua

Mais Mohamed El Hadj Raouraoua ne quitte pas cependant le monde du football, car il préside depuis 2014 l’Union des associations de football arabe après la démission de Nawaf Ben Fayçal et préside également l’Union nord-africaine de football.Malgré les attaques et les coups féroces qu’El Hadj Raouraoua n’a cessé d’encaisser tout au long de sa riche et foisonnante carrière, c’est pourtant grâce à lui que l’Algérie retrouvera la coupe d’Afrique 2010 en Angola et aussi la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.

Il reste malgré tout une icône du football mondial. Quelqu’un disait de lui il y a quelques années, «Mohamed Raouraoua, cet homme longiligne, à la soixantaine bien frappée, très connu dans la sphère du football mondial, mais pas seulement…est un produit du peuple qui s’est forgé à la force du poignet ».

Ancien directeur de la télévision nationale algérienne, ancien directeur de l’ANEP, il s’est distingué dans le monde culturel comme un homme de contacts.

Avec le milieu footballistique, les débuts seront cependant pleins de déception, déjà dès 1980. Ce qui l’amènera d’ailleurs à s’éloigner d’un monde plein de rumeurs et de coups bas.

Son retour par la grande porte dans le monde du football, à la tête de la fédération algérienne en 2001 marquera une véritable saga qui fait aujourd’hui d’El Hadj Raouraoua, l’emblématique concepteur du renouveau footballistique en Algérie.

C’est cet homme, véritable ami de la Mauritanie, que je tiens aujourd’hui à honorer. Mohamed Raouraoua a en effet beaucoup aidé le football mauritanien, la fédération mais aussi certains clubs, dont le FC Tevragh-Zeina que je dirige. Il a aidé aux soins de plusieurs de ses joueurs, a défendu partout au niveau du football mondial comme du football africain, les causes de la Mauritanie.

Je ne dirais pas adieu l’artiste, mais au revoir, car nos chemins ne cesseront de se croiser.

Moussa Khaïry
Président de FC Tevragh-Zeina
Vice-Président de la Fédération Mauritanienne de Football
Président de la Ligue Régionale de Nouakchott-Ouest


Crise constitutionnelle en Mauritanie : dans la douleur, la majorité recolle ses morceaux brisés

L’urgence pour le Président Mohamed Abdel Aziz réside dans la réconciliation au sein de sa majorité, affaiblie par des rivalités jugées stériles entre les trois piliers de son régime, le président de l’UPR, Sidi Mohamed Ould Maham, le Premier ministre Yahya Ould Hademine et son prédécesseur Moulaye Mohamed Laghdaf, Ministre conseiller à la Présidence de la République. La rencontre entre ces trois hommes il y a quelques jours serait ainsi les prémisses d’une trêve jugée suffisante pour mettre fin à une inimitié qui serait à l’origine de la grande fissure au sein de la majorité et partant de la fronde des Sénateurs.


Le président Mohamed Abdel Aziz aurait donné des instructions à Sidi Mohamed Ould Maham, président de  l’Union Pour la République (UPR) pour recoller les morceaux brisés du parti-état après le coup de semonce que lui a portés ses sénateurs. Cette opération chirurgicale a été précédée par un replâtrage entre le Premier Ministre Yahya Ould Hademine et son prédécesseur Moulaye Mohamed Laghdaf, en présence de Sidi Mohamed Ould Maham, président du parti-état, des hommes dont les rivalités auraient installé la division et la zizanie au sein du parti-Etat et sa majorité.

Ces premiers soins d’urgence, le président Mohamed Abdel Aziz  vient de les appliquer dès sa sortie de la conférence de presse qu’il a animée le mercredi 22 mars dernier. Histoire de préparer  dans trois mois, un référendum constitutionnel qu’aucune fausse note interne ne viendrait perturber. Dans l’entendement de Mohamed Abdel Aziz, le refus d’une vingtaine de sénateurs de sa propre majorité, à entériner le projet d’amendements constitutionnels qu’il comptait faire passer comme lettre à la poste par le Parlement, ne peut s’expliquer que par les tiraillements internes nés de la rivalité politique entre les deux poids lourds du Hodh Oriental, Ould Hademine et Ould Mohamed Laghdaf.
Cette impasse dans laquelle les Sénateurs frondeurs ont placé le pouvoir est telle qu’elle oblige le président à emprunter des contournements très controversés pour un référendum populaire qu’il compte convoquer en vertu de l’article 38 de la Constitution.

C’est pour se préparer à cette échéance, malgré les cris de tollé de l’opposition dite radicale, que le président Mohamed Abdel Aziz aurait requis des toilettages au sein de l’UPR pour en «extirper » les brebis galeuses. Une voie royale, selon plusieurs observateurs, pour punir les Sénateurs rebelles auxquels il s’est attaqué sans ménagement lors de la conférence de presse du mercredi dernier.

Il semblerait en effet que l’UPR se dirige vers une purge au sein de ses instances dirigeantes, le Bureau Exécutif et le Conseil National, voire même certaines fédérations régionales. La tenue d’un Congrès extraordinaire du parti serait même envisagée. Des têtes pourraient ainsi tomber. Seraient visés, tous ceux qui auraient eu de loin ou de près des liens avec l’échec de la voie parlementaire et dont les auteurs principaux restent les 20 sénateurs de la majorité qui avaient fait blocage aux amendements proposés par le président Mohamed Abdel Aziz.