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Arrestation des leaders d’IRA : Les militants antiesclavagistes dénoncent une décennie de persécutions

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Plus d’une dizaine de personnes, tous membres de l’association antiesclavagiste IRA, dont une bonne partie du bureau exécutif, ont été déférées, entendues puis placées à la prison centrale par le Parquet de Nouakchott-Ouest, mardi 12 juillet 2016. Rébellion armée contre une force publique, manifestation non autorisée et appartenance à une organisation non reconnue, le tout élevé au flagrant délit, constituent entre autres les charges retenues contre elles. Mais, selon les militants du mouvement IRA, le déroulé des faits rapportés par plusieurs sources de presse et la déclaration de certains avocats sont explicites. «Les arrestations des militants ainsi que leur déferrement se sont déroulés en violation flagrante des procédures judiciaires, si elles ne frisent l’affabulation qui cache mal une persécution menée depuis des années contre une organisation dont le seul tort est de s’attaquer à l’esclavage et au racisme d’Etat en Mauritanie ». Ils estiment que «la cabale menée tambour battant contre IRA ne serait que les prémisses d’une opération d’envergure destinée à décapiter et à éradiquer une ONG antiesclavagiste qui a bâti sa renommée nationale et internationale sur sa lutte pacifique et sans complaisance pour l’égalité et la justice sociale en Mauritanie».

Après plusieurs jours d’incarcération dans des conditions jugées illégales par plusieurs organisations internationales, comme Amnesty International, dans des communiqués publiés à l’occasion et qui soulignent l’absence de charges, de contact des détenus avec leur famille ou leur avocat, plusieurs cadres et militants d’IRA ont été déférés selon certaines sources aux environs de 4 heures du matin, le mardi 12 juillet 2016, au Palais de justice pour être entendu par le Procureur de la République de Nouakchott-Ouest. Un interrogatoire qui aurait duré plusieurs heures et aux termes duquel, ils ont été inculpés et incarcérés à la prison centrale. Selon Me Ebetty, l’un des avocats du mouvement, «je croyais que ce genre de procédure était dévoyé dans mon pays ». Une fois de plus, l’avocat déplore un dossier vide, mais dénonce surtout le caractère affabulateur de la flagrance évoquée par le Parquet, car «les personnes inculpées n’ont pas été prises la main dans le sac, mais arrêtées plusieurs heures voire plusieurs jours après les faits incriminés, chez eux ou dans la rue» a-t-il fait remarquer.

Le mouvement IRA est presque né avec l’arrivée de l’actuel régime au pouvoir en 2007. D’emblée, ses initiateurs ont placé leur lutte contre l’esclavage sur un modèle inédit, un tantinet provocateur, anticonformiste, voire même selon certains observateurs, un brin insolent avec une forte dose de communautarisme. Loin d’être la première organisation à défendre la cause des esclaves ou de leurs descendants, les Haratines, IRA est la première, selon ses membres, à s’attaquer frontalement au système dominant, accusé d’avoir fait main basse sur tous les leviers du pays, les fonctions politiques, administratives, militaires et économiques. Son idéologie est basée sur la refondation complète du système en place, basée sur l’émergence d’une société égalitaire caractérisée par l’équité et la citoyenneté.
Face à cette nouvelle force sociale dont la popularité allait crescendo à coups de slogans révolutionnaires, d’emprisonnements et de coups de théâtre dans la dénonciation, les militants d’IRA se sont plaints des scénarii mis en place par le pouvoir actuel pour contenir leur organisation naissante.
Ils accusent ainsi les Renseignements généraux (RG) d’avoir déployé plusieurs scénarios, dont les défections individuelles ou de masse provoquées à dessein pour débaucher les militants et les cadres d’IRA, avec forces promesses sociales ou pécuniaires. Mais ces défections provoquées n’ont pas pu entamer, selon eux, l’ascension antiesclavagiste dont les rangs s’agrandissaient de plus en plus.
Puis vint la période d’accalmie au cours de laquelle, selon les partisans d’IRA, «le pouvoir chercha à flirter avec les dirigeants du mouvement dont l’aura internationale prenait de l’ampleur ». C’est la période au cours de laquelle, les services de l’ordre et l’administration territoriale avaient coopéré selon eux avec le mouvement, dans ces campagnes de dénonciations, «même s’il n’y avait pas de condamnation pour les esclavagistes ni de réinsertion sociale pour les personnes ou les familles libérées de leur joug » estiment-ils.
C’est l’époque des tournées régionales et des meetings populaires qu’IRA initiera sur l’ensemble du territoire mauritanien. Le phénomène «Birame» s’installa avec la peur née au sein des familles par rapport aux bonnes mineures issues de la couche harratine. Les partisans d’IRA pensent que leur lutte contre l’esclavage a permis des avancées importantes sur le plan institutionnel et juridique, notamment l’adoption de la Loi de 2007 criminalisant l’esclavage en Mauritanie, la feuille de route contre l’esclavage et ses séquelles sous la supervision du Rapporteur des Nations Unies pour les droits de l’homme, sa criminalisation dans la loi fondamentale comme crime contre l’humanité, la création de l’agence Tadamoun, l’institution de tribunaux spéciaux pour le jugement des affaires liées à l’esclavage, etc.
Mais IRA et ses partisans déclarent avoir toujours regretté l’absence d’application des textes et dispositions juridiques, soulignant que «toutes les personnes traînées devant les tribunaux pour actes esclavagistes n’ont jamais été poursuivies ; les rares déferrées devant les juges jouissaient d’une liberté dès la première comparution et celles ayant séjourné en prison l’ont été pour quelques jours, avant d’être libérées et absoutes ». Ils ont également dénoncé l’indifférence des pouvoirs publics par rapport aux victimes d’esclavage, lesquels selon eux, ne disposent une fois libérées, ni d’indemnisation ni de plan de réinsertion sociale. «Pauvres, déboussolés et sans aucune expérience d’une vie de liberté, ils vont grossir les rangs des miséreux dans les taudis malfamés des villes urbaines, notamment Nouakchott » selon les cadres du mouvement IRA.
Par contre, s’indignent les antiesclavagistes, «les incarcérations, les brimades policières et les emprisonnements sont notre lot quotidien, face à un système multiséculaire nourri à la sève de la domination et de l’exploitation ».
Ainsi, la lune de miel entre le pouvoir et IRA n’aurait duré, selon certains spécialistes de la question esclavagiste en Mauritanie, « que le temps d’une prestation locale pour contenter la communauté internationale ». Très vite, selon eux, le cours naturel des relations entre le pouvoir et IRA prit son réel visage, celui d’une inimitié sans accalmie qui connut son point culminant avec le fameux autodafé des livres malékites en 2012. Pour beaucoup, cette offense religieuse était synonyme de condamnation à mort définitif pour un mouvement cloué au pilori. Accusé déjà d’accointance avec l’ennemi extérieur, de raciste, de radical, de pourfendeur de l’unité nationale et de la cohésion sociale, IRA se verra greffer le titre d’organisation apostat et condamné à mort. Curieusement, l’autodafé des livres malékites, considéré par la grande masse comme une hérésie impardonnable, ouvrit les débats sur la licité ou l’illicité du geste, ce qui permit d’atténuer son ampleur. Incarcérés à la suite de cet évènement, Birame et quelques uns de ses amis furent libérés et accueillis comme des héros. Leur geste fut salué par plusieurs prix internationaux, dont celui des Nations Unies. Au lieu d’être diminué, IRA sortit de l’épreuve encore plus populaire.
A l’élection présidentielle de 2014, face au boycott de l’opposition et l’absence de vrais challengers, le pouvoir sous la pression ou la suggestion de ses partenaires internationaux, permit à Birame Dah Abeid, président d’IRA, de briguer la magistrature suprême, question de donner un semblant de crédibilité au scrutin, avait-on soutenu. Ce test de popularité, perçu par les détracteurs du dirigeant antiesclavagiste à l’époque comme une occasion rêvée pour lui démontrer son impopularité, fut la grande surprise de cette élection. Le candidat d’IRA obtint le deuxième meilleur suffrage derrière le chef de l’Etat sortant.
Devenue une personnalité internationale de premier rang, reçue par des chefs d’Etat et des parlements partout en Europe, auréolés de  plusieurs prix internationaux, dont celui des Nations Unies pour les droits de l’homme et une place de nominé pour le Nobel de la Paix en 2015, Birame Dah Abeid et son mouvement devenaient une force sociale montante en Mauritanie. La connexion de l’élément harratine à l’élément négro-africain au sein d’IRA, déjà classé comme une organisation radicale hostile à la communauté maure, allait cependant renforcer l’inquiétude du pouvoir à Nouakchott. Son démantèlement relevait désormais de la raison d’Etat.
Les partisans d’IRA accusent ainsi les RG d’avoir infiltré leur mouvement, et d’avoir exploité les sorties intempestives d’un de ses taupes, pour construire un plan de déstabilisation pour mater le mouvement au moment où ses leaders se trouvent à l’étranger.
Selon l’analyse d’un observateur averti de la scène, les informations fournies aux RG pour décapiter IRA, ne peuvent avoir rien d’inédit, car aussi bien la composition du bureau exécutif d’IRA, l’identité de ses dirigeants et de ses militants, ainsi que ses sources de financement si elles existent, étaient déjà connus des services de l’ETAT.
Ils trouvent l’arrestation menée actuellement contre les leaders d’IRA comme ayant été mal conçue et mal ficelée, tant dans sa forme que dans son contenu.
Le déguerpissement des 429 familles de la gazra sise à l’hôpital Bouamatou, le 29 juin dernier, et la résistance des habitants qui s’était soldée par des blessures dans les rangs de la police, utilisé comme justificatif pour impliquer IRA, est en effet considéré par plusieurs observateurs comme un amalgame judiciaire que n’importe quel avocat peut déjouer sans grande peine
La grossièreté des reportages consacrés par les médias d’Etat par rapport à ces incidents, la vaste campagne de diabolisation et d’appel à la haine relayée par plusieurs sites électroniques et les réseaux sociaux, seraient assez grossiers pour ne pas nourrir les suspicions sur les charges retenues contre les détenus.
Certains sont allés jusqu’à lier la persécution menée contre les dirigeants d’IRA aux prix décernés le même jour à Birame Dah Abeid et à son mouvement à Washington, notamment le prix Heroes des combattants contre l’esclavage décerné par le Secrétaire d’Etat américain aux affaires étrangères, John Kerry. Beaucoup d’observateurs n’hésitent d’ailleurs pas à croire que cette avalanche de prix américains, si l’on cite en plus le Prix Lawson à Boston, aurait déclenché l’ire des autorités mauritaniennes et forgé leur détermination à en finir une bonne fois pour toute avec IRA. D’autres y voient un message clair adressé aux dirigeants américains. Les partisans d’IRA payent ainsi la colère de Nouakchott contre Washington


Expulsion de Tariq Ramadan : Une visite jugée inappropriée Mauritanie

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Le célèbre prédicateur suisse d’origine égyptienne, Tariq Ramadan, a été arrêté à l’aéroport de Nouakchott puis expulsé vers le Maroc. Il venait de débarquer d’un vol de la Royal Air Maroc le samedi 16 juillet 2016. Tariq Ramadan était invité par deux associations mauritaniennes pour animer une série de conférences qui devaient s’achever le 20 du mois courant. Aucune explication officielle n’a été donnée par rapport à son expulsion, mais la plupart des observateurs pensent que sa visite, à quelques jours d’un important Sommet de la Ligue Arabe à Nouakchott, était inappropriée eu égard à ses démêlées avec certains pays hôtes de la Mauritanie, tels que l’Egypte et l’Arabie Saoudite.

Beaucoup pensent que l’expulsion de Tariq Ramadan, le  célèbre  prédicateur suisse, était prévisible. Son arrivée en Mauritanie le samedi 16 juillet dernier en provenance du Maroc, alors que se prépare un Sommet historique de la Ligue Arabe à Nouakchott, aurait mis les autorités locales dans un véritable embarras. En effet, l’islamologue d’origine égyptienne qui est connu pour ses idées progressistes et son talent d’orateur hors pair, est un pourfendeur né des régimes arabes dictatoriaux, comme l’Egypte, et des monarchies royales du Golfe, en particulier le Royaume wahhabite d’Arabie Saoudite. Honni aussi bien par les Saoudiens que par le pouvoir au Caire, son séjour en Mauritanie aurait pu compromettre l’arrivée programmée du Roi Selman et du président Abdel Vetah Essissi, entre autres dirigeants arabes . Des risques que le pouvoir mauritanien ne tenait nullement à prendre.
Aussi, dès son débarquement, il a été arrêté à l’aéroport puis renvoyé le lendemain vers le Maroc. Le Professeur Ramadan qui dirige plusieurs chaires d’universités, notamment au Royaume Uni et aux Etats-Unis, a profité de son internement forcé à l’aéroport Oumtoumsy de Nouakchott pour poster une vidéo sur sa page facebook. Selon lui, son interdiction d’entrée en territoire mauritanien pourrait avoir été commanditée par Paris ou par Riadh et qu’il trouve incompréhensible qu’une République Islamique comme la Mauritanie puisse l’expulser alors qu’il était venu animer des conférences religieuses sur la radicalisation, sur la justice et la paix sociale. Il a appelé les Mauritaniens à poursuivre la lutte contre l’esclavage, le racisme et les discriminations. Il était l’invité de l’association Main dans la Main de l’Imam Sarr et l’association La Marmite du Partage de Khally Diallo.
Cet incident a été diversement apprécié par l’opinion publique nationale. Beaucoup ont dénoncé l’expulsion de Tariq Ramadan, estimant que ce geste était contraire aux valeurs d’hospitalité du peuple mauritanien. D’autres ont évoqué les bénéfices que les Mauritaniens auraient pu tirer des conférences de cet illustre islamologue, rendu célèbre par ses confrontations télévisées avec des célébrités françaises, comme Nicolas Sarkozy et Manuel Valls. Tariq Ramadan est surtout apprécié pour ses idées et ses capacités oratoires, qui ferait peur à certains européens qui le trouvent trop brillant pour un musulman et à certains Etats arabes qui le considèrent comme un dangereux réformateur. Ainsi, ceux que l’expulsion de Tariq Ramadan ont révolté estiment que la décision des autorités mauritaniennes est mal placée d’autant plus que la vidéo qu’il a placée sur sa page facebook a été visionnée par plus de 3.000 personnes en quelques heures, alors que son audience en Mauritanie était estimée à 2.000 auditeurs.  Ils estiment que dans un monde globalisé comme celui d’aujourd’hui, interdire l’accès des territoires à des penseurs comme Tariq Ramadan est un geste puérile, car rien ne peut arrêter mes idées de franchir les frontières.
En revanche, il y a ceux qui ont salué l’expulsion de Tariq Ramadan, voyant en lui un frère musulman proche des islamistes de Tawassoul et dont la présence en Mauritanie pourrait nuire aux intérêts du pays, notamment dans ses relations avec certains pays arabes, comme l’Arabie Saoudite et l’Egypte.
A noter que la Mauritanie est le 8ème pays arabe musulman à avoir interdit l’accès de son territoire à Tariq Ramadan.


Evènement du KSAR : «Les RG ont utilisé des malfaiteurs pour tremper IRA»

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Si les autorités mauritaniennes ont vite accusé le mouvement IRA et ses membres d’être à l’origine des violences qui ont émaillé le déguerpissement des habitants du squat sis à l’hôpital Bouamatou, la cellule de communication du mouvement IRA accuse elle directement les Renseignements généraux mauritaniens (RG) d’être derrière ces graves incidents. Les observateurs trouvent que les autorités administratives de Nouakchott sont allés vite en besogne en s’immisçant dans un dossier pendant devant la justice et en désignant publiquement des coupables sensés pourtant être innocents jusqu’à ce qu’une cour régulièrement constituée ne se prononce sur leur cas, comme le stipule la Constitution mauritanienne.

De violents heurts ont opposé le 29 juin 2016 un groupe d’individus masqués à une force de police venue exécuter un ordre de déguerpissement de quelques familles qui squattaient depuis des années un terrain privé. Un car de la police a été brûlé durant l’incident et plusieurs autres véhicules appartement à des particuliers ont été également endommagés. Dans la foulée, plusieurs policiers ont été pris à parti par les manifestants armés de pierres et d’armes blanches, selon le témoignage des policiers dont certains éléments ont été grièvement blessés. Vingt-quatre heures après cet évènement, la police a procédé à l’arrestation de plusieurs dirigeants et membres du mouvement IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste).

La version des autorités
Selon la version officielle, un terrain appartement à un homme d’affaires a été squatté par des centaines de familles de la communauté harratine, il y a de cela plusieurs décennies. Ce terrain était destiné à un complexe hôtelier. Le projet n’a jamais eu lieu, et le propriétaire a finalement morcelé ce vaste espace situé en face de l’hôpital Bouamatou qu’il aurait vendu en lopins de terres. Soucieux de présenter une image moins reluisante de la Mauritanie à quelques encablures d’un Sommet arabe extraordinaire, les autorités auraient décidé de faire déguerpir les familles installées. Un deal aurait ainsi été conclu aux termes duquel les habitants seront déplacés vers une zone périphérique de Nouakchott en contrepartie de lopins de terre qui leur seront attribués plus une compensation financière symbolique. Un montant de six millions d’ouguiiyas aurait été remis à des représentants des familles. Seulement, il semble qu’une partie d’entre elles n’étaient pas au courant au deal et n’a reçu ni compensation ni lopin de terre. Une autre version soutient que toutes les familles recensées dans le squat ont bénéficié des mêmes égards.
Le 29 juin, le préfet du Ksar accompagné de techniciens et d’éléments de la police est accueilli par une foule de jeunes en colère. Une violente altercation s’en était suivie au bout duquel des policiers auraient été pourchassés, bastonnés, blessé. Un car de police fut incendié et des véhicules privé endommagés.
Le lendemain, la police arrête le 3ème vice-président d’IRA, Diop Amadou Tijane à son domicile qui sera perquisitionné et ses ordinateurs emportés. Six autres éléments du mouvement seront également appréhendés chez eux. Le 1er juillet, c’est au tour de Balla Touré, Secrétaire aux affaires extérieures d’IRA, d’être arrêté.
Dans son JT de 20h 30 ; la télévision publique accorda une grande tranche à l’évènement, fait parler les populations et le Wali de Nouakchott-Ouest. Ce dernier accuse sans ambages le mouvement IRA d’être à l’origine des évènements. Il précise que Diop Amadou Tijane  Ballé Touré et les autres responsables d’IRA avaient mené la fronde et qu’ils ont été arrêtés sur les lieux.
Le même jour, les autorités administratives procédèrent au transfert des familles au quartier Dubaï situé à l’entrée de la commune de Toujounine, sur la route de l’Espoir. Quelques 429 familles sont concernées par le déguerpissement-relogement.
Les détenus d’IRA ont été conduits dans des destinations inconnues. Ainsi, le pouvoir mauritanien se trouve de nouveau confronté au mouvement IRA un mois après la libération de ces deux leaders, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan, respectivement président et vice-président de cette association qui œuvre dans la lutte contre l’esclavage et le racisme. Au moment des faits, les deux leaders précités étaient en tournée aux USA où le Département d’Etat venait de leur décerner le Heroes Award pour leur combat. Auparavant, le mouvement avait reçu à Boston le Prix Lawson James 2016.

Les RG ont tout manigancé
«La mise en scène est tout simplement grotesque » affirme Hamady Lahbouss, conseiller du président Birame Dah Abeid et responsable de la communication du mouvement IRA. Selon lui, ni Diop Amadou Tijane, ni Balla Touré, ni aucun des membres d’IRA arrêtés ne se trouvaient sur les lieux où s’étaient déroulés les incidents du Ksar. Ainsi, le mouvement IRA voit dans les évènements passés la main des RG pour mater l’organisation, agacé qu’elles sont par la cérémonie de remise du Prix des héros contre l’esclavage et la traite que le Secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, John Kerry a remis personnellement à Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan.
«Le mouvement IRA, et les autorités mauritaniennes le savent plus que quiconque, n’a jamais agi avec violence et les incidents qui se sont déroulés au Ksar ne portent nullement sa signature » a précisé Hamady. Selon lui, les hommes enturbannés qui étaient à l’origine des graves évènements du Ksar sont des multirécidivistes à la solde des RG. «Rappelez-vous de la manifestation des jeunes du M 25 février lorsqu’ils se sont vus en 2012 confrontés à des bandits utilisés par ces mêmes services de l’Etat » a-t-il ajouté.
Selon les responsables d’IRA, le pouvoir mauritanien a utilisé ces malfaiteurs pour s’en prendre de nouveau à IRA. La tournée de Birame Dah Abeid à Dakar et ses interventions dans les médias sénégalais, n’ont pas été au goût du régime en place. «La colère des autorités a été exacerbée par les trophées que le mouvement vient d’obtenir aux Etats-Unis à quelques jours d’intervalle. D’abord le Prix Lawson James 2016 pour le combat non-violent décerné par le Centre international sur la résolution Non-violente des conflits à Boston, et ensuite, le Prix des Héros contre l’esclavage et la traite délivré par le gouvernement américain à Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan ».
Hamady a également relevé la contradiction flagrante contenue dans le déclaration télévisée du Wali de Nouakchott-Ouest qui a attesté que les personnes arrêtées l’ont été sur les lieux, alors que tout le monde sait qu’ils ont été cueillis un par un dans leur domicile. «Pourquoi la police n’a pas arrêté les gens qui étaient à l’origine des violences sur les lieux où elles se sont produites ? » s’est-il demandé. Selon lui, la volonté du pouvoir d’en découdre avec IRA est claire, soulignant que les évènements du Ksar n’étaient qu’un scénario mal ficelé dont les victimes sont malheureusement de pauvres policiers.
Beaucoup au sein du mouvement trouvent que le jeu des autorités est si grotesque qu’elles ont dévoilé leur intention en accusant directement IRA avant même que la moindre enquête ait été diligentée pour situer les responsabilités. «L’accusation publique du Wali de Nouakchott-Ouest contre IRA porte en elle-même les dessous de cette scabreuse affaire » a noté Ould Lehbouss. Selon  lui, il n’appartient pas à l’administration de juger qui est coupable ou non, mais à la justice, or celle-ci ne s’est pas encore prononcé sur le dossier, a-t-il fait remarquer.
Birame Dah Abeid, son épouse ainsi que Brahim Bilal Ramadan et Dado Kane doivent regagner Nouakchott d’ici le 3 juillet selon les sources du mouvement. Les observateurs s’attendent à ce qu’ils soient arrêtés dès leur arrivée à l’aéroport international Oum Tounsy.


La fédération mauritanienne de football innove par la base

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La 16ème Assemblée générale ordinaire de la FFRIM (Fédération mauritanienne de football) du vendredi 24 juin 2016 a réservé des surprises de taille. Les dirigeants du football semblent avoir opté pour le renforcement des clubs et des ligues régionales, pour booster le championnat national et établir un partenariat d’un type nouveau entre les acteurs de terrain et leurs instances supérieures. Désormais, les résultats des clubs et les dividendes qu’ils engrangeront seront jaugés à l’aune de leurs performances. Les détails du programme ambitieux de la FFRIM pour la saison 2016-2017 ont ainsi été étalés dans trois rapports, le rapport administratif et l’ambitieux projet de la fédération, présentés tous les deux par le président Ahmed Ould Yahya, et le rapport financier exposé par son vice-président, Pape Amghar Dieng.

C’est aux environs de 23 heures, ce vendredi 24 juin 2016, correspondant à la 18ème nuit du mois de Ramadan de l’an 1437 de l’Hégire, que s’est ouverte dans l’amphithéâtre de la FFRIM, la 16ème Assemblée Générale de l’instance dirigeante du football mauritanien. Le programme fourni de la soirée, exposé par le Secrétaire général de la fédération Ahmedou Ould MBeïrick annonçait déjà une très longue nuit.
Etaient présents, les membres de la FFRIM, notamment son président, Ahmed Yahya, ses vice-présidents, Moussa Khaïry, Massa Diarra et Pape Amghar Dieng, les présidents de clubs de 1ère division et les présidents de ligues régionales, ainsi que deux représentants du ministère de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Boïbeni, directeur des Sports et Bâ Aliou Gata, conseiller technique du ministre.
Côté représentants des clubs, trois absences étaient notées, la Police, la SNIM et Toujounine, alors que sur les 16 ligues régionales, seul le représentant du Hodh Gharbi était aux abonnés absents. Le quorum étant atteint, l’AG pouvait se tenir et délibérer ainsi valablement.

Rapport du président de la FFRIM
Après le discours d’ouverture prononcé par Bâ Aliou Gata dans lequel il a réitéré l’engagement du département des Sports et celui du gouvernement dans l’appui à la FFRIM, l’assistance devait suivre l’exposé d’Ahmed Ould Yahya.

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Dans son rapport, il a d’emblée annoncé deux bonnes nouvelles. La première concerne la nouvelle clé de répartition des prix pour le championnat au prorata des places obtenues par chaque club, avec 17.500.000 UM pour le premier, un montant qui décroît crescendo jusqu’aux deux clubs relégables (le 13ème et le 14ème) qui recevront tout de même 5 millions d’UM chacun. La deuxième bonne nouvelle est l’allocation d’un salaire pour les Secrétaires généraux des ligues régionales et le loyer de leur siège.
Le président a salué les performances enregistrées par les différentes équipes nationales durant leur participation aux compétitions internationales, avec l’honorable participation des Séniors à la CAN 2017 et celle des U-23 ainsi que des U-20. Selon Ahmed Yahya, l’ambition est de relever le niveau du championnat national de 1ère division, en aidant financièrement les clubs, mais surtout en les incitant à mettre en place une politique de marketing pour s’attirer des sponsors.
La FFRIM a également développé, selon Ould Yahya, plusieurs programmes de formation de haut niveau au profit des cadres administratifs de la fédération, mais surtout en direction des techniciens, notamment les entraîneurs, les arbitres et les médecins sportifs. La FFRIM a pour ambition, dira en substance Ahmed Ould Yahya, de «faire du championnat de 1ère division mauritanien, l’un des plus forts du continent et d’inscrire nos équipes nationales parmi les plus performantes au niveau mondial».
Il a par la suite félicité le triple champion de la Mauritanie, le FC Tevragh-Zeine qui a raflé la Super Coupe, le Championnat national et la Coupe du Président de la République, mais aussi l’ASAC Concorde, vice-vainqueur de la Coupe nationale et le FC Nouadhibou, vice-championne.
Passant en revue le rapport d’activité de la FFRIM depuis sa 15ème Assemblée générale ordinaire tenue le 5 juin 2015, Ahmed Ould Yahya a rappelé, sur le plan administratif et institutionnel, le renouvellement des instances qui s’est soldé par l’élection d’un nouveau bureau et la création récente de trois ligues régionales à Nouakchott suite au dernier redécoupage administratif de la capitale, mais aussi l’élaboration de manuels de procédures administratives et financières.
Sur le plan des infrastructures, il a noté la construction du stade de Zouerate, la réhabilitation du stade de Nouadhibou et celui de l’Académie ainsi que les deux pelouses qui sont prévues pour le stade Cheikha Ould Boïdiya de Nouakchott.

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Sur le plan de l’organisation des compétitions, il s’est félicité du bon déroulement des compétitions nationales, la Super Coupe, le championnat national, la Coupe nationale, le championnat de 2ème division, avec la montée en première division des équipes, Jeunesse de Riadh et Deuz.
Ahmed Yahya a également fait remarquer que le nombre de licenciés est passé de 2000 avant l’arrivée de la nouvelle équipe à environ 11.400, passant de 10.723 en 2015 à 11.342 en 2016.
Le président de la FFRIM s’est aussi félicité du développement du Futsal et du foot féminin, ce dernier étant pris en charge par le programme FIFA «Live Your Goals », mais aussi l’ancrage du FFRIM Awards, devenu une actualité de première plan avec la participation de pays frères et de stars du foot africain.
Ainsi, le début du championnat des U-17, prévu le 10 juillet prochain, ne serait à ses yeux que la concrétisation de l’obligation faite aux clubs de se doter d’équipes de la catégorie.
Autre réalisation phare de la FFRIM qui fait sa fierté, le travail abattu par le la FFRIM TV avec 120 vidéos d’archives des compétitions nationales et même internationales où les équipes mauritaniennes ont été engagées.
Parmi les réalisations dont se vante également la fédération, les partenariats qu’elle a pu tisser avec des institutions aussi prestigieuses que la Mauritel, sponsor officiel, mais aussi avec l’UNICEF et tout dernièrement avec la banque Attijara-Wafa Bank. Il se dit également honoré d’apprendre que le FC Tevragh-Zeina compte participer à la prochain Coupe Arabe. «Grâce à notre classement FIFA, FC Tevragh-Zeine jouera directement dans le 2ème tour, sautant ainsi le 1ère tour réservé aux nations les moins bien classées, comme Djibouti, Somalie, Comores… » devait ajouter Ould Yahya.
Enfin, il s’est félicité de la gestion rigoureuse des fonds de la FFRIM attestée par le bureau international KPMG qui avait épluché ses comptes pour vérifier non seulement la bonne utilisation des fonds alloués par la FIFA, mais aussi ceux en provenance de diverses sources.

Rapport financier
Le budget 2016-2017 de la FFRIM s’équilibre en dépenses et recettes à Un milliard cent vingt-huit millions huit cent cinq milles cent trente cinq ouguiyas (1.128.805.135 UM), selon Pape Amghar Dieng, vice-président et financier de la fédération.

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L’Etat mauritanien est ainsi le premier appui du football national avec 761.914.389 UM représentant sa subvention accordée aux équipes nationales (équipe A, U-20 et U-17), soit 67,5% du budget. La FIFA appui la FFRIM avec une subvention de 116.747.592 UM, plus un bonus de 52.843.995, représentant respectivement 10,34% et 4,68% du budget. Les autres recettes sont formées par les recettes du sponsor Mauritel (plus de 67 millions UM), les billetteries, les espaces publicitaires, les recettes d’Attijari-Bank (10 millions UM)…

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Les dépenses soutenues par la FFRIM sont légèrement supérieures aux recettes, car elles s’élèvent à Un milliard cent vingt-deux millions neuf cent cinquante six ouguiyas (1.122.019.956 UM).
Les équipes nationales absorbent 67,91% des dépenses (761.914.389 UM), les autres dépenses concernant le fonctionnement de la fédération (13.602.780 UM) et les compétitions nationales (55.026.565 UM).

Soutien aux clubs et aux ligues
Dans sa nouvelle politique de soutien aux clubs et aux ligues régionales, la fédération a décidé d’allouer aux clubs la somme de 114.250.000 UM et aux ligues, le montant de 25.200.000 UM, tout en relevant à 10 Millions d’UM le prix accordé au vainqueur de la Coupe nationale de football.
Ces allocations sont cependant soumises à des contrats obligations, ainsi qu’au principe de la dépense justifiée. Ainsi, tout club qui signe forfait sera financièrement sanctionné. La FFRIM a également mis fin aux payements par cash ou par chèque. Chaque club ou ligue est tenu d’ouvrir un compte sous une double signature et ne recevra plus l’aide de la fédération que par virement bancaire.

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Chaque club devra aussi se doter de deux équipes U-17 et U-15, et s’attacher les services d’un entraîneur détenteur au moins d’une licence C de la CAF pour l’équipe A, d’un entraîneur de niveau fédéral 1 et fédéral 2 pour les deux catégories inférieures. En plus, les clubs sont tenus de faire figurer au moins deux jeunes de moins de 20 ans dans leur feuille de match au cours des compétitions disputées par leur équipe A

Cheikh Aidara