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D’Istanbul à Nouadhibou : Le président Aziz sous la phobie du tout sécuritaire

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La phobie du tout sécuritaire semble marquer le quinquennat finissant de Mohamed Abdel Aziz. Mardi 24 mai 2016, quelques heures avant qu’il ne débarquer à l’aéroport de Nouadhibou de retour d’Istanbul en Turquie, où il avait participé au sommet humanitaire mondial, c’est la panique. Personne n’est autorisé à l’accueil, hormis une dizaine d’autorités locales. Ni les hautes personnalités qui ont fait le déplacement, ni les journalistes de la presse indépendante, audiovisuelle, électronique et papier, pourtant dûment conviés et badgés n’ont échappé à l’humiliation d’un renvoi sans ménagement hors de l’aéroport.

La ville de Nouadhibou a vécu ces derniers jours sous l’effervescence des alliés du pouvoir. Ce sont d’abord les pontes de l’UPR (Union Pour la République, parti au pouvoir) qui vont entretenir l’ambiance, traînant dans leurs sillages tous les hauts fonctionnaires de l’Etat. Histoire de chauffer l’atmosphère et de créer les conditions d’un rush populaire et d’un accueil digne de ce nom au président Mohamed Abdel Aziz qui a promis un aller simple, d’Istanbul vers la cité économique.
Après une participation au Sommet humanitaire mondial qui s’est tenu dans la deuxième ville de Turquie,  le président de la République a débarqué directement à l’aéroport de Nouadhibou, mardi soir dernier.
Une atmosphère inédite du tout sécuritaire va cependant doucher l’enthousiasme de ses soutiens. A la place des accueils jadis populaires à l’aéroport, des mesures draconiennes vont circonscrire l’accès à la passerelle à seulement une dizaine de personnes, les autorités administratives et quelques élus. Le reste de la foule sera contenue loin de l’enceinte de l’aéroport, là où la masse de hauts responsables ruminera sa déception. Le cérémonial de « serrement des mains » si caractéristique jadis des voyages présidentiels ne serait plus qu’un lointain souvenir. Pire, l’isolement du président Mohamed Abdel Aziz par rapport à ses soutiens semble être devenu une partie du protocole, car les mêmes restrictions ont été imposées lors de sa visite à Néma, le 3 mai dernier.
La panique soudaine liée à l’insécurité, de plus en plus ressentie par les responsables sécuritaires, se serait même soldée par des arrestations préventives. C’est ainsi que des informations auraient rapporté plusieurs arrestations dans le milieu de certains cercles mécontents, notamment les gardes côtiers victimes de licenciements abusifs.
La colère était encore plus grande chez les journalistes de la presse indépendante. Invités officiellement et dûment badgés, c’est avec rage qu’ils verront leurs autres confrères de la presse publique (télévision et radio nationale, agence mauritanienne d’information) franchir la porte d’entrée de l’aéroport pour couvrir en direct l’arrivée du chef de l’Etat. Ils ont été empêchés de bénéficier de cette primauté à l’information, repoussés de loin en loin, par les éléments du protocole et les agents des forces de l’ordre.
«Qui que soit le responsable d’une telle mesure draconienne, rien la justifie » estime un journaliste de la presse électronique. Un autre considère que l’affront dont ont été victimes les journalistes de la presse indépendante à Nouadhibou n’est qu’une des facettes du mépris qu’accorde le pouvoir actuel à la liberté de la presse dans le pays, lequel s’est manifesté par la guerre économique menée contre leurs organes.


Atelier régional de Nouakchott: SEM. Mokhtar Diay face à la presse

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Après la cérémonie d’ouverture de l’atelier régional de Nouakchott sur l’Autonomisation des femmes et le dividende démographique, qui s’est ouvert hier, mercredi 25 Mai 2016, le ministre de l’Economie et des  Finances SEM Mokhtar Ould Diay était face à la presse nationale et internationale.

Le gouvernement élabore en ce moment une stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP), est-ce qu’on peut obtenir les principaux axes de cette politique ?

Effectivement, le gouvernement a élaboré une stratégie de développement du pays pour la période 2016-2030. Le processus de cette stratégie est en cours. Il a été lancé il y a  trois mois. Nous estimons que d’ici fin juillet, il va permettre de finaliser cette stratégie et de l’opérationnaliser à travers un premier plan d’action pour la période 2016-2020, de finaliser l’élaboration d’un programme d’investissement public. Ce qui va nous permettre de nous positionner pour l’organisation d’une table-ronde pour la mobilisation des financements pour cette stratégie avant la fin de l’année 2016.
Bien que provisoire, trois axes se dégagent de cette stratégie. Un premier axe sur l’accélération de la croissance économique durable, inclusive et tirée par le secteur privé. Un deuxième relatif au développement du capital humain capable de supporter une seule ambition, le développement du secteur de l’éducation, de la santé, la transformation du milieu rural par l’accès des populations aux services de base. Enfin, un troisième axe relatif à la bonne gouvernance, la bonne gestion, l’état de droit et le renforcement de la justice.
A signaler que le lancement du projet SWEDD coïncide avec l’engagement du processus d’élaboration de la SCAPP. Son apport à l’élaboration de notre stratégie et à l’amorce de la mise en œuvre de certains des axes que je viens de citer est désormais devenu une réalité.


Mauritanie : parade populaire pour la libération des leaders d’IRA, mouvement anti-esclavagiste

SORTIE BIRAME

«Chaque fois qu’il sort de prison, Birame devient encore plus populaire !» fait remarquer un observateur alors qu’une foule d’un millier de personnes était massée devant la prison civile de Nouakchott depuis les premières heures de cet après-midi du 17 mai 2016. La libération des deux leaders du mouvement anti-esclavagiste, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan (emprisonnés depuis dix-neuf mois) est imminente, elle galvanise les cœurs des militants. Accoutrements traditionnels, danses populaires, résonnements creux des tam-tams et des tambourins donnent au spectacle un air exotique bercé par la multitude de voix sonores et les grésillements de haut-parleurs où se relayent divers orateurs.  Reportage.

Mardi 17 mai 2016, début d’après-midi, un temps très doux balaie les alentours de la prison civile de Nouakchott. Déjà l’apparat des grands jours. Des jeunes filles aux tenues bigarrées entourent un «Tbal » que des mains juvéniles maltraitent à souhait sous le déhanchement d’une vieille femme aux gestes amples et souples. Certaines arborent des coiffures traditionnelles de mariés, où l’art maure côtoie la culture peulh. D’autres portent des blouses blanches avec, sur le dos, l’inscription «IRA section Teyarett » (Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan dirigent l’ONG IRA Mauritanie « Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste »). A même le sol, une dizaine d’hommes en tee-shirts blancs et serwals noirs, sont assis avec sur leurs genoux des photos cadrées des deux leaders emprisonnés. Toute cette foule dense et compacte attend le moment crucial où les deux hommes franchiront la porte de la prison vers la liberté.

Tôt le matin, cette même foule se trouvait à quelques cinq cent mètres plus au nord. Devant la Cour Suprême, là où le verdict scellant le sort des deux leaders d’IRA devait être prononcé. «Beaucoup d’entre nous étions présents devant la Cour dès les premières heures de l’aube pour éviter que les forces de l’ordre ne viennent avant nous pour occuper la place » commente un homme. Ils étaient nombreux à assurer l’ordre, avec la même densité, le même folklore et les mêmes membres du Comité de Paix d’IRA, tous en chemise blanche, pantalon et cravate noire. Vers 13 heures, un  vrai tonnerre de cris emplit l’espace. Un avocat vient d’annoncer : «La Cour a décidé la libération de Birame et de Brahim !». Scènes de liesse, débordement de marée humaine. Direction la prison civile où l’acte final devait être consommé. La presse fut conviée grâce un bref communiqué diffusé par la cellule de communication d’IRA. Birame et Brahim donneront une conférence dès leur sortie de prison, cette intention explique la présence de tant de journalistes, de caméras et de micros… Tous les objectifs étaient braqués sur la porte de la prison où quelques gardes déambulaient, jetant de temps en temps un regard à demi-inquiet vers la foule qui grossissait. Quelques cars de la Police anti-émeute étaient stationnés avec discrétion un peu plus loin. Cinq d’entre eux sont venus quelques instants discuter avec les chargés d’ordre du mouvement IRA. La circulation a été quelque peu barrée à cause du débordement de la foule, mais la situation fut vite arrangée, tout est rentré dans l’ordre.

Portés en bandoulière

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La foule attendait l’air un peu assagi malgré quelques poches de vitalité soutenues par les tam-tams et les tambourins, puis elle se réveilla. Les avocats avançaient vers la foule, doigts de la victoire en l’air, sous les applaudissements. Ils apportaient le mandat de levée d’écrou délivré par le Procureur de la République. L’ordre avait été donné par la Cour Suprême – qui avait balayé les verdicts prononcés en première et deuxième instance – qui avait requalifié les faits et renvoyé les magistrats à leurs pinacles en mentionnant l’article 102 du Code pénal qui ne prévoit qu’un an de prison. A cet égard, la Cour Suprême estime que Birame et Brahim ont purgé leur peine et payé leur dette, de «fausses dettes» estiment plus d’un observateurs et surtout les intéressés qui considèrent avoir été arbitrairement emprisonnés pour des raisons politiques et racistes.
Avec l’arrivée des avocats porteurs de la délivrance, la foule se porta plus en avant, retenue par une barrière de bras formés par les éléments du Comité de paix, corps de parade dévolu à la protection rapprochée du leader du mouvement, Birame Dah Abeid. Deux journalistes d’une chaîne arabe sortirent de la foule, ils avaient le privilège d’une primauté pour une interview parce-qu’ils avaient auparavant rejoint les détenus dans leurs cellules. Quelques membres de la famille de Birame et de Brahim les suivirent, des garçonnets et des fillettes habillés comme à la fête. Ensuite surgit le sénateur Youssouf Sylla, écharpe débordant à peine de la poche de sa «Dara’a ». Il discuta quelques instants avec un gradé de la garde puis rejoignit le peloton d’accueil formé par quelques figures d’IRA, comme Diop Amadou et le président d’Arc-en-ciel, Balas. L’ancien -membre des Cavaliers du Changement -auteurs du coup d’Etat manqué de 2003 contre Ould Taya – Ould Hendeya, était aussi là, en plus d’autres personnalités du Mithaq Harratine.
Une clameur sourde envahit l’espace. Des agents de la société d’assurance contigüe assistaient à la scène du haut de leur balcon au deuxième étage. Gendarmes et douaniers, dont les locaux jouxtent la prison, se placèrent ensemble devant leur institution pour se rincer les yeux face à cette marée noire clamant leurs leaders. Bras levés au ciel, Birame et Brahim ainsi que leurs avocats se tenaient la main. La barrière de protection formée par les éléments du Comité de Paix se brisa. Une immense foule se porta vers les leaders. Brahim fut hissé au dessus des épaules, tandis que Birame et ses gardes du corps bataillaient dur pour s’extirper de l’étau humain. C’était le délire. Une forêt de bras et de têtes noires noyaient les deux leaders dans une atmosphère de folie collective. Un millier de poitrines scandaient «Bi-Rame ! Bi-Rame ! Bra-Him ! Bra-Him ! ». Les deux hommes furent hissés dans le camion où devait se dérouler la conférence de presse. A l’intérieur de la caisse, la bousculade : les micros disputaient la primauté aux caméras et aux stylos dans une atmosphère surréaliste. Le camion démarra en trombes alors que Birame et Brahim étaient assaillis par les questions des journalistes assoiffés de scoop.
«Notre libération est le fruit du combat mené par des hommes et des femmes militants d’IRA. Je remercie tous ceux qui ont participé à ce dénouement, la communauté internationale, la classe politique, les organisations des droits humains. C’est un sentiment de victoire qui nous anime aujourd’hui et nous sommes en train de récolter le fruit de notre résistance face au système raciste et esclavagiste. Nous ne cesserons jamais de défendre les idéaux d’IRA et nous allons rendre son humanisme à ces esclaves chosifiés, nous allons débarrasser la Mauritanie du pouvoir despotique de Mohamed Abdel Aziz » a clamé d’emblée Birame Dah Abeid. Selon lui, «IRA ne changera pas sa stratégie d’un iota, car c’est une stratégie qui paye. Nous allons continuer sur notre lancée jusqu’à ce qu’on mette fin à la dictature ».
A propos du Rapporteur spécial des Nations Unies contre l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme, Philip Alston, qui avait animé une conférence de presse controversée après un séjour de dix jours en Mauritanie, Birame considère qu’il a été «très tendre, voire laxiste avec la Mauritanie, car la réalité est encore pire que ce qu’il a mentionné». De son côté, Brahim a déclaré qu’il était prêt à  » retourner en prison, ici même avant de rentrer chez moi ». Pour lui, «c’est la résistance de notre combat qui a permis notre libération », il estime que le discours de Néma de Mohamed Abdel Aziz sur les harratines prouve qu’il déteste les harratines, «au point qu’il n’a pas pu s’empêcher de révéler son extrême racisme envers eux et tous les noirs du pays». Sur une question relative à l’éventuelle participation du mouvement IRA au dialogue politique, Brahim Bilal Ramadan estime que «c’est une insulte que de nous poser une telle question ». «Comment nous demander de dialoguer avec un homme qui nous a mis en prison avec un tel mépris et une telle injustice ? » s’est-il indigné.

 

Parade à pied sur 10 kilomètres

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La conférence de presse ambulante s’est poursuivie sur des kilomètres. L’incroyable procession, faite de cars bondés, de véhicules petit modèle, de tricycles ainsi qu’une masse humaine en marche, avait emprunté la route de l’aéroport, longeant la façade orientale de l’Etat-major de la gendarmerie nationale, déchirant le rond point Madrid, où les véhicules, venant des quatre directions, avaient interrompu leur progression. Des dizaines de personnes, massées tout au long de la route menant vers les P.K, lieu de résidence de Birame, agitaient les mains. Des femmes à demi-dépoitraillées brandissaient les pans de leur Melahfa. Certaines lançaient des you-yous stridents. Toute la largeur de la route était occupée. Les voitures venant dans un sens ou dans l’autre, étaient obligées d’emprunter les bas-côtés. Beaucoup brandissaient le V de la victoire. Certains automobilistes et leurs passagers, crevant de curiosité, s’arrêtaient pour apercevoir les héros du jour. Des doigts pointaient sur Birame et Brahim, debout dans le camion, mains agitées, en réponse aux gestes de la foule. «Ils sont là ! Ils sont là ! » s’écriaient-ils. A hauteur des cimetières, sur les deux dunes encore nues, deux groupes procédaient à des inhumations. Silhouettes lointaines regardant du haut de leur perchoir, cette déferlante humaine. Par respect aux morts, les tambourins qui accompagnaient la procession s’étaient tus. Ils reprirent de plus belle, une fois les cimetières dépassés. Il en fut ainsi, jusqu’au P.K 10. A part une femme noire hystérique qui avait poursuivi par ses insultes le convoi, aucun incident n’émailla la parade des militants d’IRA. Infatigables, le corps et les habits trempés de sueur, «les chemises blanches et pantalons noirs» et la foule qui les accompagnaient poursuivaient leur héroïque progression. Les slogans repris par cœur variaient au gré du niveau d’épuisement. «Birame lla Tweli ! » criaient les uns, les autres répondaient en chœur «Aziz Khaïv Minak ! », ce qui veut dire «Birame ne recule pas, Aziz a peur de toi».
P.K 10, «Avenue Birame». Une véritable marée humaine. Impossible de faire passer une aiguille. Une clameur montait au ciel. Le service d’ordre d’IRA eut du mal à s’accorder sur une option. Fallait-il le faire descendre là et poursuivre le reste du trajet à pied, ou continuer avec le car ? Cette deuxième option l’emporta tellement la folie de la première semblait évidente. Centimètre par centimètre le car se frayait un chemin au milieu de cette forêt noire. Des centaines de bras, des cris d’hystérie, des interpellations, un brouhaha indescriptible. Des dizaines de personnes étaient perchées sur leur terrasse. Une fois le camion arrivé à destination, Birame et Brahim parvinrent sous une haie humaine, à rejoindre la terrasse de la maison où se trouvaient déjà une vingtaine de personnes. Brahim fit un discours qui disait la détermination d’IRA à poursuivre son combat, il parla aussi de l’emprisonnement arbitraire dont ils furent victimes et évoqua la nécessité pour les Mauritaniens de conjuguer leurs efforts pour l’édification d’une société égalitaire, sans injustice et sans discrimination. Puis, Birame prit la parole, il fustigea le «pouvoir dictatorial, discriminatoire et esclavagiste de Aziz », s’en prit à la «bande de voleurs qui l’entoure et aux esclaves de service qui les servent ». Sur le discours de Néma, «Aziz a porté son mauvais œil sur les harratines, je lui répondrai, comme nous le disons dans la Gebla : nous les boucs reproducteurs, nous ne nous arrêterons pas ! » Hilarité bruyante dans l’immense foule massée à ses pieds. Puis, «les enfants des Harratines sont dépravés ? Et les enfants de Aziz, ce sont eux qui sont bien élevés, eux qui volent, pillent et tirent à bout portant sur les gens ! » Acclamations, rires goguenards, hilarité. Tout était dit. Ainsi, la foule a vu ses héros et entendu le discours de ses fantasmes. Puis, après un moment, la foule se dispersa. Heureuse !


Le «Précis de Néma» expliqué aux nuls

UPR

Jamais discours politique n’a mobilisé autant de monde que le discours du Président Mohamed Abdel Aziz le 3 mai 2016 à Néma. Pas moins de vingt-deux espaces publics ont été ainsi investi simultanément le vendredi 13 mai 2016 à Nouakchott pour des séances d’explication, de commentaire et d’analyse relatives à ce que beaucoup d’observateurs considèrent comme le discours le plus controversé dans l’histoire politique de la Mauritanie. Les détracteurs du régime sont même allés jusqu’à comparer les orateurs de l’UPR investis de cette mission d’explication aux interprètes de certains précis théologiques, comme les «Shourah Khlil», ce bréviaire du rite malékite en vigueur en Mauritanie et dont l’exégèse assez compliquée a donné naissance à une littérature florissante très savante.

Les habitants de Nouakchott avaient rendez-vous le vendredi 13 mai dernier avec de véritables foires à paroles, comme il en existait dans l’Arabie préislamiques à la Mecque, avec des places réservées à la rhétorique, comme Aqqa. Des dizaines de ministres, de cadres à tous les niveaux avaient investi ces places de meeting. Objectif, expliquer le discours que le président Mohamed Abdel Aziz avait prononcé le 3 mai au cours de sa visite dans la région du Hodh Charghi. Ce discours avait porté sur plusieurs points, dont deux qui auraient essentiellement provoqué la controverse, notamment la  révision constitutionnelle pour dissoudre le Sénat et la procréation chez la communauté harratine. L’opposition mauritanienne avait particulièrement surfé sur ces axes, parvenant à drainer l’un des plus gigantesques rassemblements que Nouakchott ait jamais connus.
Les membres du gouvernement ont ainsi organisé la riposte pour d’abord prouver leur capacité à mobiliser la rue et ensuite, déconstruire le discours de l’opposition. La défense du discours de Néma fut ainsi acharnée, notamment dans ses aspects que l’opposition aurait insidieusement déformés dans l’objectif, selon les partisans du pouvoir, de semer la discorde et la désunion du peuple mauritanien.
Tous les intervenants ont ainsi développé la thèse selon laquelle le président Mohamed Abdel Aziz au cours de son discours à Néma n’a pas pointé du doigt la communauté haratine lorsqu’il a parlé de démographie incontrôlée et de l’avenir incertain de beaucoup d’enfants victimes des tragiques dislocations familiales.
Le reste des interventions portera sur les réalisations accomplies dans plusieurs domaines, notamment sur le plan routier et le désenclavement de plusieurs villes et localités du pays, soulignant que ces réalisations sont incomparables sur toute l’histoire du pays, depuis 1960.
Certains orateurs ont soutenu la démarche du président visant la suppression du Sénat et le renforcement de la décentralisation avec la création des conseils régionaux, tandis que d’autres se sont appesanti sur les actions menées dans le domaine de la lutte contre les séquelles de l’esclavage et la promotion sociale des descendants d’anciens esclaves à travers l’Agence Tadamoun, citant en exemple la fin des bidonvilles et la distribution des terrains d’habitation en faveur de cette couche sociale,  leur présence de plus en plus forte dans les centres de décision et les nombreux projets de développement qui leur sont destinés dans leurs localités d’origine et leurs lieux de résidence citadine. Beaucoup de critiques et de diatribes ont également été distribué. Ni le mouvement IRA, ni le RFD, encore moins Tawassoul ou l’ancien Chef de l’Etat, Ely Mohamed Vall, particulièrement visé, n’ont échappé à ces coulées de laves. Des incidents ont surtout émaillé ces meetings de l’UPR. Trois ministres au moins auraient été agressés, dont le ministre des Finances à Teyarett et le ministre de la Défense à Sebkha. Beaucoup de scènes surréalistes aussi, telles que les chaudes larmes du Dircab du Premier ministre.