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La Marmite du partage dans sa 5ème édition : Une pluie de reconnaissances et un rush de donateurs

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La «Marmite du Partage » vient de lancer sa 5ème édition d’œuvres humanitaires. C’était samedi 28 mai 2016 à l’hôtel Halima de Nouakchott devant un parterre de personnalités dont le président Ahmed Hamza, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie, Me Fatima MBaye, marraine de l’édition, l’international mauritanien Dominique Da Silva, plusieurs opérateurs économiques, artistes et associations sociales. Cette cérémonie s’est déroulé à quelques encablures du mois de Ramadan
Le président de l’association de bienfaisances, «la Marmite du Partage », Khaly Diallo a remercié dans son mot d’ouverture les différentes personnalités qui ont toujours accompagné ses actions sociales. Il a aussi rendu un vibrant hommage à l’équipe de jeunes volontaires qui l’accompagnent depuis des années dans son élan philanthropique en direction des pauvres et des déshérités de la Mauritanie que son association accompagne durant tout le mois de Ramadan, en offrant dans les différents quartiers marginalisés de Nouakchott, le souper du soir.
Une vidéo des activités de l’association a été par la suite projetée. Elle montre l’action que «la Marmite du Partage » mène sur le terrain de l’entraide sociale et de l’humanitaire, les différents services rendus aux populations, ses différentes brigades de volontaires, thé, bissap, cuisine, etc. Le tout dans la bonne humeur et parfois dans la souffrance caniculaire.
«Servir les plus démunis, atténuer la souffrance des pauvres » sont la devise de cette association qui compte aujourd’hui plusieurs centaines de jeunes volontaires et des dizaines de mécènes qui savent que leur argent est bien utilisé dans de nobles causes.
Dans la musique, l’humour massacrant et le bon entrain des animateurs, la cérémonie a été ponctuée par la remise de certificats de reconnaissance et de certificat d’excellence.
La vente aux enchères d’un tableau et de deux timbres fiscaux a permis à la «Marmite du Partage » de récolter plus d’un million d’ouguiyas au cours de la soirée sans compter le don t d’un million d’UM offert par Djeynaba Salla et son réseau humanitaire français, lui valant ainsi un déplacement à Nouakchott pour assister à la cérémonie.
Un certificat particulier, qui a valu un standing up, a été décerné à notre confrère, Feu Cheikh Oumar NDiaye, disparu lors d’un accident tragique en décembre 2015. L’occasion de quelques larmes dans l’assistance (Khali Diallo n’a pas pu se retenir) pour lui rendre hommage ainsi qu’aux deux autres victimes du drame, Ahmedou Ould Abdel Aziz et Ahmed Ould Taleb.


Mauritanie : question démographique et autonomisation des femmes au Sahel

DR UNFPA DAKAR


Mabingue NGom, le Directeur régional pour l’Afrique du Centre et de l’Ouest du Fonds des Nations unies pour la population (l’UNFPA), Mabingue NGom, a assisté le 28 mai à l’atelier régional de Nouakchott sur l’engagement en faveur du dividende démographique et de l’autonomisation des femmes au Sahel. Au cours de la conférence de presse qu’il a animée en marge des travaux, il a déclaré que la «rencontre de Nouakchott est importante » soulignant que «l’avenir de l’Afrique en dépend », notamment sa jeunesse et en particulier, les jeunes filles. Ces dernières seraient pénalisées, a-t-il dit, « par des pratiques sociales défavorables à leur épanouissement et à leur développement ».

« En mettant en œuvre l’autonomisation des femmes et le dividende démographique au Sahel (le SWEDD), nous pouvons changer l’Afrique » a affirmé Mabingue Ngom. Lors d’une conférence de presse qu’il a animée en marge de l’atelier régional de Nouakchott, il a insisté sur l’importance des changements de comportements, telle la lutte contre les mariages et les grossesses précoces qui empêchent les filles de pousser leurs études plus loin dans l’enseignement secondaire et supérieur. Ces pratiques sont tout simplement, selon lui, «incompatibles avec une Afrique confrontée à l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et à l’Agenda 2030 des objectifs de développement durable (ODD) ».

Mabingue Ngom insiste sur le fait que, contrairement au passé où les programmes de développement n’étaient pas mis en œuvre dans des conditions optimales, avec un faible niveau d’exécution qui ne prenait pas en compte les réalités locales, le SWEDD compte bien renverser la tendance. Aussi, le Directeur régional de l’UNFPA estime que «l’engagement des communautés locales est un facteur de réussite », s’estimant heureux de constater que «l’atelier de Nouakchott porte sur cette communication sensible aux réalités locales ».

Il a déclaré que ce sont les bonnes politiques, celles qui sont judicieusement mises en œuvre, et non l’argent, qui font le développement. «L’Afrique, avec ses talents et ses taux de croissances parmi les plus élevés au monde, doit se bâtir autour des ressources disponibles au niveau local » a-t-il souligné. Il estime qu’avec un engagement politique plus fort, le dividende démographique est  un important aspect de l’agenda de développement international post-2015. «Il constitue un chantier pour la nouvelle Afrique de 2063 et ce sera le thème principal de la réunion des Chefs d’Etat de l’Union Africaine lors de leur prochaine réunion en 2017 à Kigali au Rwanda. « Il s’agit également, a-t-il précisé, d’une première étape qu’il faut faire suivre par des ressources de la part des Africains eux-mêmes pour susciter l’investissement international ».

Le SWEDD, une option stratégique pour la Mauritanie
En marge de l’ouverture officielle de l’atelier de Nouakchott des pays du Sahel, le 25 mai dernier, le ministre de l’Economie et des Finances, El Moctar Dyay, avait déclaré que le projet SWEDD était un «maillon important dans le pool des projets lancées ces dernières années en Mauritanie». Il a rappelé les trois axes autour desquels il est articulé : la scolarisation des filles, la lutte contre leur déperdition scolaire et la création d’activités génératrices de revenus pour leurs familles. Le projet tombe à point car il coïncide avec le lancement de la Stratégie de croissance accélérée et de la prospérité partagée (SCAPP) pour la période 2016-2030 dont le processus est en cours depuis trois mois, a-t-il précisé. «Nous estimons pouvoir le finaliser d’ici fin juillet et l’opérationnaliser à travers un premier plan d’action pour la période 2016-2020 avec un programme d’investissement public » a-t-il souligné.

Profil démographique de la Mauritanie
Selon Mohamed Mélaïnine Ould Eyih, le Coordinateur du Projet SWEDD en Mauritanie, «notre fenêtre des opportunités démographiques s’est ouverte depuis 1988 » avant les autres pays membres du SWEDD, avec un taux de croissance du ration de soutien économique qui est passé de 40% en 1984, à 45% en 2014. Selon lui, «la Mauritanie offre aujourd’hui un réel potentiel pour une croissance économique accélérée». Le profil démographique de la Mauritanie a été établi par des experts nationaux avec l’aide du Centre de recherches en économie et finances appliquées de Thiès (CREFAT). Plusieurs projections ont été réalisées et il a été montré que dans le cadre d’un scénario global intégrant l’économie, l’éducation et la santé, le PIB par tête d’habitant passera de 1283 dollars en 2014 à 17.000 dollars en 2052. Ceci implique l’accroissement des investissements publics dans les secteurs de l’éducation et de la formation des jeunes, ainsi que dans l’intensification des politiques d’espacement des naissances, le tout sous-tendu par une campagne pour un changement de comportement favorable au maintien des filles à l’école, la mise en place de politiques d’autonomisation des femmes, la réorganisation du secteur informel, l’amélioration du niveau de vie en milieu rural, la réduction des inégalités entre régions, parmi d’autres mesures à prendre…

Ainsi, les décideurs doivent anticiper le poids démographique à venir et revoir la politique de population en fonction du dividende démographique. La création de pôles régionaux de développement et l’actualisation de la politique  d’aménagement territorial se présentent comme des choix pertinents.


Dialogue politique en Mauritanie : Entre les exemples congolais et sénégalais

Aziz inaugure l'usine de lait

Si au Sénégal, le dialogue politique a permis de réunir les acteurs de la vie nationale, y compris le PDS de Me Abdoulaye Wade, après la mini-crise qui a accompagné la révision constitutionnelle sur le mandat présidentiel,  au Congo-Brazzaville, l’appel lancé à la communauté internationale par la coalition de l’opposition pour initier un dialogue politique intervient alors que l’on compte encore les morts après les émeutes qui ont suivi la réélection forcée, pour un 3ème mandat obtenu sur le cadavre de la constitution, de Denis Sassou Nguessou. Entre les deux scénarios, la Mauritanie se cherche une voie qui semble de plus en plus se radicaliser.

Le Forum national pour le développement et la démocratie (FNDU), principale coalition de l’opposition vient de lancer un appel à mobilisation pour «faire échouer le dialogue politique prévu». Dans un communiqué qu’il vient de publier, le FNDU invite ainsi «toutes les forces patriotiques, personnalités et citoyens soucieux de l’avenir du pays, à se mobiliser pour faire échec à cette mascarade qui vise à engager le pays dans une voie périlleuse qui ne peut conduire qu’à des changements non maîtrisés ». Le communiqué indique que «le dialogue n’apportera pas les réponses attendues par les Mauritaniens qui constituent les seules préoccupations du FNDU».
Tout indique en effet que le pouvoir se prépare à lancer dans quelques jours, un dialogue qui risque de laisser en rade les pontes de l’opposition démocratique. Selon des sources proches du pouvoir, le dialogue qui s’annonce regroupera un panel beaucoup plus large et divers que celui tenu en novembre 2011 où seul un pôle de trois partis de l’opposition avait pris part. Des pourparlers avancés pourraient ainsi aboutir à une participation plus large. Quelques partis membres du FNDU seraient même attendus, à l’image du parti Arc-en-ciel, mais aussi des partis sans attache à une coalition tels que l’AJD/MR, ou encore d’autres non encore reconnus comme les FPC ex-Flam. D’anciens transfuges du RFD et du parti Tawassoul, des dissidents de l’UFP, ainsi que des partis formés par d’anciens cadres de l’opposition, pourraient apporter au dialogue programmé un certain élan consensuel. Mais selon plusieurs observateurs, «un dialogue politique sans Ahmed Ould Daddah restera sans aucune importance pour une grande partie de l’opinion nationale et internationale ».
Reste que certains prônent déjà l’exemple du Sénégal qui vient d’entamer un dialogue politique inclusif où toutes les questions seront mises sur la table, le mandat présidentiel, le statut de l’opposition ou encore la création de sièges de députés pour les Sénégalais de la diaspora, entre autres. Ce qui aurait pu servir de «pré-conditions » pour l’opposition représentée par le PDS, dont la libération de Karim Wade, font ainsi partie des négociations en cours.
A la différence du Sénégal, l’opposition mauritanienne compte d’abord «avoir les résultats du dialogue avant le dialogue »selon les partisans du pouvoir qui s’étonnent de l’attitude de ceux qui cherchent «à mettre les charrues avant les bœufs ».
Pour l’opposition cependant, ces pré-conditions sont les gages de la bonne foi d’un pouvoir qui n’a jamais respecté ses engagements.
Seulement, selon d’autres observateurs, ce blocage dont le dépassement aurait pu conduire au scénario sénégalais risque d’exacerber davantage les tensions et aboutir au scénario congolais.
En s’entêtant contre la volonté de son opposition à transgresser la constitution qui ne lui permettait que deux mandats, le président Denis Sassou Nguessou qui rempile pour la troisième fois, aurait ainsi conduit son pays vers l’instabilité politique et sociale. Des émeutes auraient fait des morts et pour sortir de la crise, l’opposition congolaise regroupée au sein du Frocad-IDC (Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique-Initiative pour la démocratie au Congo) vient ainsi de lancer un appel à la communauté internationale pour l’ouverture de pourparlers politiques.


D’Istanbul à Nouadhibou : Le président Aziz sous la phobie du tout sécuritaire

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La phobie du tout sécuritaire semble marquer le quinquennat finissant de Mohamed Abdel Aziz. Mardi 24 mai 2016, quelques heures avant qu’il ne débarquer à l’aéroport de Nouadhibou de retour d’Istanbul en Turquie, où il avait participé au sommet humanitaire mondial, c’est la panique. Personne n’est autorisé à l’accueil, hormis une dizaine d’autorités locales. Ni les hautes personnalités qui ont fait le déplacement, ni les journalistes de la presse indépendante, audiovisuelle, électronique et papier, pourtant dûment conviés et badgés n’ont échappé à l’humiliation d’un renvoi sans ménagement hors de l’aéroport.

La ville de Nouadhibou a vécu ces derniers jours sous l’effervescence des alliés du pouvoir. Ce sont d’abord les pontes de l’UPR (Union Pour la République, parti au pouvoir) qui vont entretenir l’ambiance, traînant dans leurs sillages tous les hauts fonctionnaires de l’Etat. Histoire de chauffer l’atmosphère et de créer les conditions d’un rush populaire et d’un accueil digne de ce nom au président Mohamed Abdel Aziz qui a promis un aller simple, d’Istanbul vers la cité économique.
Après une participation au Sommet humanitaire mondial qui s’est tenu dans la deuxième ville de Turquie,  le président de la République a débarqué directement à l’aéroport de Nouadhibou, mardi soir dernier.
Une atmosphère inédite du tout sécuritaire va cependant doucher l’enthousiasme de ses soutiens. A la place des accueils jadis populaires à l’aéroport, des mesures draconiennes vont circonscrire l’accès à la passerelle à seulement une dizaine de personnes, les autorités administratives et quelques élus. Le reste de la foule sera contenue loin de l’enceinte de l’aéroport, là où la masse de hauts responsables ruminera sa déception. Le cérémonial de « serrement des mains » si caractéristique jadis des voyages présidentiels ne serait plus qu’un lointain souvenir. Pire, l’isolement du président Mohamed Abdel Aziz par rapport à ses soutiens semble être devenu une partie du protocole, car les mêmes restrictions ont été imposées lors de sa visite à Néma, le 3 mai dernier.
La panique soudaine liée à l’insécurité, de plus en plus ressentie par les responsables sécuritaires, se serait même soldée par des arrestations préventives. C’est ainsi que des informations auraient rapporté plusieurs arrestations dans le milieu de certains cercles mécontents, notamment les gardes côtiers victimes de licenciements abusifs.
La colère était encore plus grande chez les journalistes de la presse indépendante. Invités officiellement et dûment badgés, c’est avec rage qu’ils verront leurs autres confrères de la presse publique (télévision et radio nationale, agence mauritanienne d’information) franchir la porte d’entrée de l’aéroport pour couvrir en direct l’arrivée du chef de l’Etat. Ils ont été empêchés de bénéficier de cette primauté à l’information, repoussés de loin en loin, par les éléments du protocole et les agents des forces de l’ordre.
«Qui que soit le responsable d’une telle mesure draconienne, rien la justifie » estime un journaliste de la presse électronique. Un autre considère que l’affront dont ont été victimes les journalistes de la presse indépendante à Nouadhibou n’est qu’une des facettes du mépris qu’accorde le pouvoir actuel à la liberté de la presse dans le pays, lequel s’est manifesté par la guerre économique menée contre leurs organes.