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Mauritanie : meeting « Coalition Birame », rejet de la présidentielle et feuille de route pour tout remettre à plat

Le meeting du dimanche 21 juillet 2024 à l’ancien aéroport de Nouakchott, organisé par la « Coalition Birame président 2024 », ensemble de mouvements et de partis politiques dont certains en gestation, a tenu toutes ses promesses. Un rassemblement monstre formé par des centaines de militants et partisans, des discours enflammés, une extraordinaire et discrète mobilisation policière. Fait marquant, une feuille de route en plusieurs points adressée au pouvoir pour tout remettre à plat.

Debout, l’arrivée triomphale de Birame – Crédit Aidara

Faute d’une autorisation pour une marche qui était prévue le jeudi 18 juillet 2024, la « Coalition Birame président 2024 » a finalement reçu en compensation, face à un pouvoir qui a dû lâcher du lest, un meeting qui a finalement eu lieu le dimanche 21 juillet 2024 à l’ancien aéroport de Nouakchott.

La mobilisation a rassemblé des centaines, voire plusieurs milliers de militants, partisans et curieux. L’estrade prévue pour les officiels était entourée par plusieurs barrières derrière lesquelles s’était agglutiné une foule immense que les organisateurs habillés en gilets jaunes avaient du mal à contenir.

Aux alentours, des dizaines de voitures, dont certaines serviront de perchoir, des bus et des camions dont les toits disparaissaient sous une avalanche humaine. Chaque fronton de dunes était pris d’assaut par des nuées de personnes qui ne voulaient rien rater du meeting qui battait son plein.

A l’intérieur du cercle délimitant l’espace réservé à l’estrade officielle, aux invités de marque, aux journalistes, quelques dizaines de militants qui étaient parvenus à se faufiler se mêlaient aux organisateurs qui peinaient pour maintenir l’ordre.

Des discours de réchauffe

Quelques minutes avant l’arrivée de Birame Dah Abeid, classé 2ème avec 22% des suffrages selon les chiffres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), confirmés par le Conseil constitutionnel, donnant le président sortant, Mohamed Cheikh Ghazouani, vainqueur avec plus de 56% des voix de l’élection présidentielle du 29 juin 2024, plusieurs leaders se sont succédé au micro. Saadani Seddoum, l’amazone du mouvement KAVANA, avait remporté la vedette grâce à une sortie qui résumait avec toute la puissance de sa rhétorique tout ce que ceux qui vont la suivre avait dit.

Une immense foule au rendez-vous sans Internet – Crédit Aidara

Un, la coalition Birame restera soudé derrière son leader, Birame Dah Abeid, et aucun membre de la coalition ne fera scission comme y travaille les officines du renseignement.

Deux, le refus catégorique des « résultats frauduleux de la présidentielle » et l’affirmation sans ambages que le vrai président de la République, c’est Birame Dah Abeid.

Successivement, Abdessalam Horma, président du parti Sawab, Samba Thiam, président des Forces populaires de changement FPC (parti non encore reconnu), les représentants de la CVE et de Fouta Tampi, entre autres, prendront la parole ainsi que le doyen Ladji Traoré et ses camarades transfuges du parti Alliance Populaire Progressiste APP. Tout le directoire de campagne du candidat est aussi passé au perchoir pour traduire l’aspiration du peuple mauritanien au changement, « un changement volé par le bourrage des urnes et les bureaux fictifs, les chantages des électeurs et les déplacements massifs de votants dans des hameaux jadis dépeuplés » ont-ils déclaré.

« Nous n’accepterons pas ce énième hold-up électoral »

Une partie de la tribune officielle – Crédit Aidara

Théâtrale a été l’arrivée de Birame Dah Abeid après que la foule ait été chauffée à blanc par les discours de réchauffe, les refrains des rappeurs et les danses des jeunes militantes. Bras tendus vers la foule en délire, Birame a pratiquement déchiré l’immense rassemblement, drapé d’un boubou bleu chemise blanche à moitié visible dans la voiture qui le conduisait vers la tribune.

Son discours ne dérogea guère à sa verve rhétorique. Un recueillement devant les morts de Kaédi, l’exigence d’une enquête sur ces évènements tragiques et leur règlement judiciaire, le refus de reconnaître la victoire de Ghazouani, l’engagement à poursuivre la lutte pour la rétrocession de sa « victoire volée » aux élections de juin 2024, et rappel des divers points inscrits sur la feuille de route qui avait été lue par son directeur de campagne, Yacoub Lemrabott, président du mouvement KAVANA.

Les « Ni Ni »

Pour ceux qui ne sont ni avec Birame ni rangé du côté du pouvoir, le président Ghazouani doit prendre de la hauteur pour comprendre le message d’une partie de la population (plus de 40%) qui aspire au changement. Il est surtout invité à apporter les solutions aux problèmes soulevés par tous ceux qui n’ont pas voté pour lui et qui demandent, entre autres revendications, un rééquilibrage dans les nominations, plus de justice sociale et plus d’intérêts aux aspirations du peuple.

Jeunes filles militantes portant une banderole – Crédit Aidara

Certains donnent le « Pacte Républicain » comme une référence dont il ne faut se départir, reprochant à Birame et à plusieurs pans de l’opposition de n’avoir pas adopté ce document. A rappeler que le « Pacte Républicain » a été dénoncé comme une démarche unilatérale et non consensuelle initiée par deux partis de l’opposition jugés non représentatifs sur l’échiquier politique avec le parti au pouvoir INSAF. Même si le contenu paraît aux yeux de certains opposants comme acceptable, ces derniers lui reprochent la démarche qui l’a sous-tendu.

Avis des détracteurs

Le meeting de la « Coalition Birame président 2024 » a été très suivie par l’ensemble des Mauritaniens, y compris le camp adverse.

Certains détracteurs de Birame sont étonnés de le voir « refuser de reconnaître Ghazouani comme président » et en même temps demander le dialogue avec le pouvoir qu’il représente.

D’autre part, ils accusent Birame d’être un extrémiste et un raciste à la solde des Forces de Libération Armée de Mauritanie (FLAM), une organisation née dans les années 80 de la lutte de quelques intellectuels négro-mauritaniens contre le système « beydane » selon leur terminologie. La branche active du mouvement et tout son directoire sont aux USA et en Europe, déportés et forcés à l’exil depuis plusieurs décennies.

Abdessalam Horma (à gauche) leader du parti Sawab – Crédit Aidara

Durant toute l’histoire politique de ces quarante dernières années, les FLAM sont ainsi agités comme un épouvantail par les différents régimes comme le danger qui menace la vie de la communauté arabe, dans une stratégie de conservation et d’unité de cet ensemble pour éviter qu’elle ne sorte du giron du pouvoir seul sensé les protéger.

Ainsi, pour éloigner l’électorat « beydane » de la candidature de Birame et pour contrer sa campagne de refus des résultats de l’élection présidentielle, le pouvoir a mis en place une stratégie de diabolisation, jouant sur la peur d’un complot ourdi pour déstabiliser le pays et accusant les FLAM d’être derrière ce plan. Samba Thiam, ancien membres des FLAM et qui a accepté de revenir au pays, sur la demande de l’ancien Président Sidi Cheikh Abdallahi, pour compétir dans l’arène politique, est pointé du doigt et jeté à la vindicte populaire. Président d’un parti politique non encore reconnu, les FPC, Samba Thiam paye les frais d’accusations montées de toutes pièces, selon ses proches.

C’est ce qui fera dire à Birame, « si Samba Thiam est si dangereux, pourquoi le pouvoir le laisse tranquille sans l’interpeller et démontrer au peuple mauritanien qu’il complote pour brûler le pays ».

Cheikh Aïdara

Cheikh Aïdara

Feuille de route politique présentée par la coalition « Birame Président 2024 »

Les dernières élections présidentielles ont conduit à une crise politique et sociale aiguë, ayant coûté la vie à de nombreux jeunes innocents et perturbant gravement la vie des citoyens et limitant leurs mouvements et communications.

Le régime actuel est entièrement responsable de cette escalade injustifiée après avoir manipulé le processus électoral et falsifié la volonté des électeurs de manière effrontée. Malgré cela, la compilation de nos résultats indique que M. Mohamed Ould Ghazouani ne peut pas être élu dès le premier tour ; par conséquent, nous rejetons les résultats fabriqués par la CENI.

Le gouvernement actuel détient la clé pour sortir de la crise et, s’il agit de manière sincère, la coalition sera ouverte aux négociations nécessaires pour résoudre la crise.

La coalition « Birame Président 2024 », convaincue que l’intérêt supérieur de la nation prime sur toute autre considération et consciente de la nécessité de maintenir la sécurité publique et la sérénité des citoyens, présente la feuille de route politique suivante au régime actuel et à l’opinion publique nationale et internationale :

1. *Phase d’apaisement immédiat

   – Libérer tous les prisonniers politiques (certains étant toujours détenus dans des casernes) avec l’élucidation de certains cas de disparition forcée.

   – Mettre fin à l’état d’urgence non déclaré en retirant les forces de sécurité des rues des villes.

   – Créer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les événements douloureux de Kaédi et traduire les coupables devant la justice pour leur infliger les peines les plus sévères.

   – Rétablir immédiatement le service de l’Internet.

   – Autoriser les manifestations pacifiques.

   – Abroger la loi sur les symboles et garantir les libertés publiques.

2. *Phase de dialogue national inclusif axée sur deux volets conduisant à :

   *A) Volet électoral et démocratique

   – Lever immédiatement l’interdiction de reconnaissance des partis politiques et appliquer la loi relative à la légalisation des partis en revenant au système déclaratif.

   – Assurer le respect de la loi sur les libertés publiques et fondamentales (réunions, associations, liberté d’expression, manifestations, etc.).

   – Revoir l’ensemble du processus électoral (code électoral, audit des registres, découpage électoral, financement, méthode de vote, mode de désignation du chef de l’opposition, recensement à vocation électorale, commission électorale consensuelle, etc.).

   – Adopter la proportionnelle intégrale aux élections législatives, considérant la nation entière comme une seule circonscription électorale ; ce qui limitera la banalisation de la vie politique et renforcera l’harmonie et la cohésion nationales, avec un seuil de 3% des suffrages exprimés pour accéder au parlement pour tout parti politique.

   – Dissoudre le parlement et organiser des élections législatives anticipées en adoptant la proportionnelle intégrale avec un seuil de 3% pour être éligible au parlement.

   – Revoir les lois du code électoral pour établir une véritable démocratie permettant une alternance pacifique au pouvoir, par :

 –  la Dissolution de la commission électorale nationale indépendante et le choix d’une nouvelle commission composée de personnalités reconnues pour leur intégrité et leur probité.

   – interdiction de l’inscription à distance sur les listes électorales et son bannissement en tant que source de fraude majeure en plus de l’élimination des bureaux de vote fictifs.

   – Non-renouvellement de mandat pour tout membre actuel du Conseil constitutionnel et le choix des nouveaux membres parmi des personnalités juridiques indépendantes, éminentes et crédibles.

   *B) Volet politique (discussion des questions profondes liées à l’unité nationale)

   – Résoudre les questions complexes telles que le passif humanitaire et l’initiation d’une enquête qualitative et quantitative pour déterminer, de manière exhaustive, les contours de la problématique de l’esclavage et ses séquelles.

– Officialiser toutes les langues nationales.

   – Réformer l’enregistrement biométrique.

   – Organiser les Etats généraux de la nation pour réformer les institutions de l’État.

   – Etendre l’assurance maladie universelle pour couvrir tous les citoyens.

   – Prendre des mesures urgentes et immédiates en faveur des pauvres et des marginalisés, comme la réduction des prix des produits de première nécessité et leur stabilisation.

La coalition « Birame Président 2024 » estime que ces mesures sont de nature à permettre une sortie de la crise actuelle et de poser les jalons d’une nouvelle ère marquée par la confiance et la coopération au service de l’intérêt général de notre peuple.

Nouakchott, le 21 juillet 2024


Présidentielle 2024, des morts, des blessés et des arrestations à Kaédi

Selon des informations de presse confirmées par un communiqué du Ministère de l’Intérieur, trois personnes sont mortes à Kaédi, capitale régionale du Gorgol, dans le Sud mauritanien. Dans ce communiqué, le Ministre de l’Intérieur a présenté ses condoléances aux familles éplorées. Une enquête aurait été ouverte par le parquet pour déterminer les circonstances de ces décès, a-t-il affirmé en substance.

Manifestants contre forces de l’ordre-Crédit Aidara (photo archives)

Plusieurs personnes auraient été également blessées durant les manifestations qui ont eu lieu durant la nuit du lundi au mardi, non seulement à Kaédi mais dans plusieurs autres grandes villes comme Nouakchott et Nouadhibou.

Alors que le ministre de l’Intérieur a évoqué la mort des quatre personnes durant les manifestations, d’autres sources parlent d’arrestations ciblées qui ont visé des responsables de la campagne présidentielle du candidat Birame Dah Abeid au niveau de Kaédi.

Parmi les personnes tuées par forces de l’ordre à Kaédi, suite aux manifestations, deux jeunes victimes ont été identifiées, Mbaré Ablaye Diop et Amadou Diobel. Six responsables et membres du staff de campagne de Birame sont actuellement détenus, Ibrahima Sow, son directeur de campagne, Mohamed Diop, superviseur des opérations électorales, Oumar Diarra, chargé de communication, Ly Ibrahima, Bocar Ly et Bebel. Il semble que la répression a été menée par la gendarmerie.

Cheikh Aîdara


Présidentielle 2024, la confiance serait-elle rompue entre le citoyen mauritanien et ses institutions publiques ?

Pathétique est ce qui arrive en Mauritanie. La destruction des institutions et des administrations publiques entamées depuis le contrôle par l’armée des arcanes du pouvoir, il y a de cela plus de quarante ans, a atteint son paroxysme avec cette présidentielle du 29 juin 2024. Une autre élection avec ses lots de contestation.

Emeutes à Nouakchott-Crédit Aidara

Le cycle de hold-up électoral que beaucoup de candidats ont dénoncé, aurait repris ses droits, selon bon nombre d’entre eux et sans trop remonter dans le temps, en 2008. Notamment depuis le coup d’Etat militaire, dont Oud Ghazouani est l’un des artisans, contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu et le plus éphémère parce que son mandat n’a duré que quinze mois. Aujourd’hui ce cycle infernal de coups d’état militaire et institutionnel qui a jalonné l’histoire politique de la Mauritanie est fortement contesté et le peuple n’est plus enclin à voir sa volonté détournée.

En effet, nombreux parmi la population sont ceux qui n’ont plus confiance en la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Elle aurait failli, à leurs yeux, à la noble mission qui lui était confiée et pour laquelle ses responsables ont prêté serment devant Allah et devant les hommes. Celle de superviser en toute neutralité et indépendance la comptabilité des voix des Mauritaniens dans le choix de leurs dirigeants.

Pour eux, la CENI s’est transformé en un instrument au service du maintien ad aeternam, des fossoyeurs de la République. Ceux qui en cinq ans de mandat n’ont apporté que des malheurs à la population, hausse des prix des denrées de première nécessité, apologie de la médiocrité à travers des recrutements et des nominations à caractère népotiste au sein de l’administration publique, discrimination et racisme, répression de toutes les libertés fondamentales, résurgence de l’Etat policier, démultiplication de la gabegie, détournements des ressources nationales et protection des auteurs, déliquescence du service public, et on en passe.

Pire, la CENI est accusée d’être une anti-antichambre du Ministère de l’Intérieur, bras policier armé d’un système qui cherche vaille que vaille à se maintenir contre toute volonté populaire. Le président sortant, Mohamed Cheikh Ghazouani, est perçu par bon nombre d’observateurs, comme l’otage de ce système que certains qualifient de militaro-civil et tribal dont le principe est basé sur la préservation d’intérêts personnels et égoïstes au profit d’une oligarchie qui a saigné la Mauritanie, maintenu sa population dans la pauvreté et la précarité, et qui se partage les prébendes de la République sans la moindre compassion pour ses habitants et les générations futures.

Rien qu’en se basant sur la déclaration d’un haut responsable espagnol qui avait parlé des 15.000 résidences appartenant à des Mauritaniens à Las Palmas ces dernières années, chacun peut mesurer l’ampleur de la saignée qui a affecté l’économie du pays. Il n’est un secret pour personne que beaucoup de nantis mauritaniens, hommes d’affaires, administrateurs et hauts gradés de l’armée possèdent des villas à l’extérieur ainsi que des doubles nationalités. Leurs progénitures étudient dans les plus prestigieuses écoles et universités à l’étranger. Ils s’y soignent, y passent leur vacance et y gardent leur argent volé du pays. Pour eux, la Mauritanie n’est qu’une vache à traire. Ils y restent tant que la situation est stable. A la moindre incartade, ils sautent eux et leur famille dans le premier avion. Ce fut le cas en 2003 lors de la tentative de coup d’Etat de Hanana et ses amis.

C’est ça que les éléments du système cherchent à préserver. Or, ils ne peuvent y arriver qu’en soutenant ce système prévaricateur dont l’objectif n’est nullement national mais clanique et tribalo-affairiste.

De quoi s’agit-il ?

Lundi 1er juillet 2024, le président de la CENI, Dah Ould Abdel Jelil, ancien ministre de Taya et ancien gouverneur du Guidimagha, avait annoncé les résultats de l’élection présidentielle compilés depuis le soir du 29 juin 2024, à la clôture du scrutin. Il a égrené devant les médias publics et privés, les chiffres déjà affichés sur le site informatique « Myceni » et a livré les résultats officiels provisoires qui donnent le président sortant, Mohamed Cheikh Ghazouani vainqueur des élections avec un score de plus de 56%.

Annonce des résultats provisoires par le président de la CENI-Crédit Aidara

L’annonce de ces résultats sera suivi quelques heures plus tard, par des défilés monstres organisés par les partisans du pouvoir sur les artères de Nouakchott et dans d’autres villes du pays.

Mais ces résultats ont été fortement contestés par son principal challenger, Birame Dah Abeid, classé deuxième du scrutin avec 22, 10%. Il avait organisé le 30 juin au soir à son siège de campagne situé à l’Ilot K de Nouakchott une conférence de presse durant laquelle il avait déclaré ne pas reconnaître les résultats livrés par la CENI et ne reconnait pas Mohamed Cheikh Ghazouani comme président de la République. Dans la foulée, il se proclama président légitime de la Mauritanie, accusant la CENI de vouloir lui voler sa victoire comme elle l’avait fait en 2019.

Lundi 1er juillet, une immense foule était sortie sur le sillage de Birame pour une marche qu’il a voulu pacifique pour protester contre les résultats. Selon lui, sur la base d’une compilation des procès-verbaux de ses représentants, ses informaticiens avaient trouvé des résultats contraires à ceux avancés par la CENI.

Ses caravanes seront bloquées par les forces de l’ordre, et son siège de campagne fut bouclé pendant toute la journée, interdisant son accès à ses partisans et aux journalistes. A noter que plusieurs responsables de campagne de Birame ont été arrêtés. Son directeur exécutif de campagne au niveau national, Bakary Tandia a été séquestré pendant deux jours par la police politique lorsqu’il s’était présenté pour voter dans son bureau. Il a été relâché avec de plates excuses. Idem pour son directeur de campagne Yacoub Lemrabott, ainsi que d’autres notamment à Kaédi remporté par la Coalition Birame 2024. Cette dernière ville a enregistré dans la nuit du mardi 2 juillet 2024, quatre morts parmi les jeunes détenus par les forces de l’ordre. Le parquet a promis d’ouvrir une enquête.

Birame appelle ses partisans à manifester contre les résultats-Crédit Aidara

Durant toute la journée du lundi, Nouakchott et plusieurs villes de l’intérieur seront le théâtre de marches de protestations, arrestations de militants, coups de gaz lacrymogène. La situation va s’empirer la nuit vers 23 heures. Des foules immenses étaient sorties dans tous les recoins du pays, en particulier à Nouakchott et Nouadhibou, proclamant Birame président de la République. La confusion était totale et peu sont ceux qui n’y avaient pas cru. Une forte rumeur ayant circulé sur la rétrocession par le pouvoir de ses droits à Birame. Cette rumeur allait s’ajouter à des masses innombrables de fausses informations, intox et autres fakenews.

Si les partisans de Birame ont approuvé sa démarche, trouvant normal de faire bouger la rue pour réclamer sa « victoire », d’autres ont critiqué cette méthode, estimant que Birame devait réunir ses preuves et suivre le processus normal de recours auprès des instances compétentes, en l’occurrence le Conseil constitutionnel et même les juridictions de droit.

Mardi 2 juillet, Internet a été coupé sur l’ensemble du territoire national pour circonscrire le vent de protestation qui souffle sur le pays. Mais bon nombre d’observateurs ont appelé au calme, estimant que le pouvoir de Mohamed Cheikh Ghazouani qui avait entamé son processus de réélection par des arrestations jugées arbitraires dans les rangs des partisans de l’ex-président Aziz, doit jouer la carte de l’apaisement et de la concertation. Car si ces partisans le considèrent président légitimement élu, près de 48% de la population mauritanienne qui avaient voté contre lui, exigent le changement dans son mode de gouvernance.

Cheikh Aïdara


Présidentielle 2024, Ghazouani rempile, Birame se rebiffe et organise une marche avortée

Les résultats provisoires du scrutin du 29 juin 2024 sont tombés. Selon les décomptes de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le président sortant Mohamed Cheikh Ghazouani remporte l’élection présidentielle au premier tour, avec plus de 56% des voix. Il rempile ainsi pour un second mandat de 5 ans. Il est suivi par le leader antiesclavagiste, Birame Dah Abeid, avec un peu plus de 22%. Ce dernier a réfuté les résultats annoncés. Dimanche soir, il a conduit ses partisans dans une marche qui devait les conduire vers les locaux de la CENI.

Durant la campagne présidentielle – @Crédit Aidara

Il n’a fallu que quarante-huit heures pour que les Mauritaniens soient fixés sur les résultats provisoires du scrutin présidentiel du 29 juin 2024. Il faut dire que la CENI a commencé à débiter les résultats par bureau une heure environ après la clôture du vote. Dimanche en fin d’après-midi, près de 98% des 4.503 bureaux de vote répartis sur le territoire national étaient déjà dépouillés et les résultats publiés sur le site Myceni, accompagnés des procès-verbaux.

Les premiers résultats à être publiés furent ceux de l’étranger. Si Hamady Mohamed Abdi, le candidat du parti islamiste Tawassoul est arrivé en tête dans les pays du Golfe arabique, Arabie Saoudite, Emirats et Qatar, Birame Dah Abeid avait raflé la première place en Europe, aux USA et en Côte d’Ivoire, en particulier.

Plié au premier tour

Le scrutin du 29 juin 2024 a été plié dès le premier tour avec un taux de participation de 55,39%, loin des 62% de 2019. Le président sortant, Mohamed Cheikh Ghazouani a été en effet déclaré vainqueur à l’issue du premier tour avec 56,12 % des suffrages exprimés, selon les résultats provisoires proclamés par la CENI. Les résultats officiels et définitifs seront annoncés dans quelques jours par le Conseil constitutionnel après examen de tous les recours introduits par les candidats contestataires.

Birame Dah Abeid confirme sa place de challenger avec 22, 10% des suffrages exprimés. Il a enregistré un bond quantitatif extraordinaire par rapport à ses 8% de la présidentielle de 2014 et ses 18% de 2019.

Il a conservé ses fiefs de Sélibaby, Kaédi, Nouadhibou, en plus de plusieurs localités du pays et trois des neuf départements de Nouakchott, Sebkha, El Mina et Riyadh. Par contre il a perdu Rosso et MBout et a gagné Kankossa en Assaba.

Malgré ce classement qui en fait le deuxième homme fort du pays, il a contesté les résultats, estimant que s’il s’est tu pour « sa victoire arrachée en 2019 », il ne se taira pas cette fois, estimant être l’objet d’un « holdup électoral ».

En effet, lors de la conférence de presse qu’il a animée quelques heures après la fermeture du vote et le début des dépouillements au soir du samedi 29 juin, il avait demandé au président Ghazouani de « reconnaître sa défaite et de lui transmettre les clés de la présidence de la République », non sans accuser la CENI de fomenter un « coup fourré ».

Dimanche, il a mobilisé ses partisans pour une marche « pacifique » qui devait le mener de son domicile au PK 9 vers le siège de la CENI où il comptait organiser un sit-in pour protester contre les résultats. Son convoi a été bloqué par des éléments de la garde nationale à plusieurs kilomètres de sa destination. Son siège de campagne à l’Ilot K a été pris d’assaut par les forces de l’ordre qui ont évacué ses alentours et empêcher son staff et ses partisans d’y pénétrer.

En même temps, plusieurs manifestants sont sortis dans des quartiers populaires, comme Basra et Netek à Sebkha, mais aussi à El Mina et Nouadhibou. Des pneus ont été brûlés et quelques commerces vandalisés. Un climat de terreur qui a poussé le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Mohamed Lemine dit Ould Houerthi à faire une sortie à la télévision nationale pour affirmer que les forces de sécurité ont ramené l’ordre dans le pays, que la situation est sous contrôle et que les autorités ne permettront pas que la quiétude sociale et la paix civile soient mis en péril.

Des irrégularités constatées

Plusieurs irrégularités ont été constatées par les différents états-majors des candidats. Sont cités, les déplacements d’électeurs en particulier des grandes villes comme Nouakchott et Nouadhibou vers des circonscriptions à l’intérieur du pays. Des bourgades hier dépeuplées se sont retrouvées avec des milliers d’électeurs comme la petite localité de Nimjat qui a permis à Ghazouani de remporter la région du Trarza. Sont aussi cités, les bourrages d’urnes, le renvoi de représentants de candidats de l’opposition, les votes multiples, la substitution d’électeurs, certains votant à la place d’autres, l’achat de conscience, à travers notamment l’utilisation d’institutions publiques, comme Taazour pour la Solidarité, le Commissariat à la sécurité alimentaire, les registres de l’Etat-civil, etc.  L’implication des hauts cadres de l’Etat, ministres et autres directeurs centraux, a été aussi dénoncée. Ils sont accusés d’avoir manié la carotte et le bâton, distribué des menaces de privation de services publics comme sanction pour les localités qui voteraient autrement qu’en faveur du président sortant et le chantage électoral.

Birame et d’autres candidats ont notamment promis de joindre toutes ces plaintes aux autres griefs qui nourriront les recours qu’ils déposeront auprès de la CENI et du Conseil constitutionnel.

Ces démarches seront entamées, selon leur porte-parole, dès qu’ils finiront leurs procédures de vérification des procès-verbaux en leur possession qu’ils compareront avec les résultats proclamés par la CENI.

Il faut noter que les observateurs internationaux lors d’une conférence de presse qu’ils ont organisé à l’issue du scrutin ont affirmé que les élections se sont déroulées en toute transparence et liberté et que la Mauritanie vient d’administrer une belle leçon de démocratie.

Cheikh Aïdara

Résultats de l’élection présidentielle du 29 juin 2024

Inscrits : 1.939.342
Taux de participation :
55,39%
Votants : 1.074.208
Bulletins nuls :
53.787
Bulletins neutres :
31.608
Suffrages exprimés :
988.813

  • Mohamed Cheikh Ghazouani        554.956                 56,12%
  • Birame Dah Abeid                            218.546                22, 10%
  • Hamadi Mohamed Abdi                  126.187                12,76%
  • El Id MBareck                                       35.288                 3,57%
  • Ba Mamadou Bocar                             23.617                 2,39%
  • Outoumane Antoine Soumaré          20.360                  2,06%
  • Mohamed Lemine El Wavi                     9.875                 1,00%