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Pourquoi les femmes et les nouveau-nés meurent tant en Mauritanie, débat entre experts

Pendant toute la journée du 29 juillet 2019, les acteurs de la santé maternelle et infantile ont disséqué les résultats de l’Enquête Rapide sur les Besoins en Soins Obstétricaux et néonataux d’Urgence (ERB SONU) 2018. Il était question de discuter du nombre important de femmes et de nouveau-nés qui meurent en Mauritanie du fait d’une grossesse ou d’un accouchement.  Les experts sont unanimes que ces décès sont dus, en grande partie, à l’absence de soins obstétricaux et néonataux de qualité dans les formations sanitaires.

Table officielle (Crédit Aidara)

Les résultats de l’ERB SONU 2018 ont eu l’effet d’une massue assénée sur les participants de l’atelier du 29 juillet 2019 organisé par le Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR) avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). Certaines formations sanitaires ne manquent en général que d’une fonction vitale pour sauver les femmes en couche et contribuer à la réduction du fort taux de mortalité maternelle et néonatale. Seul satisfecit, la Mauritanie compte 9 SONU Complets (SONU C), soit 4 Centres hospitaliers régionaux (Aïoun, Atar, Sélibaby et Néma) en plus de 5 centres de santé à Nouakchott, à savoir les hôpitaux nationaux et le centre de Sebkha.

Ouvrant les travaux de l’atelier, le Secrétaire général du Ministère de la Santé, M.Abdallahi Ould Bouhada, a reconnu les avancées réalisées dans le domaine de la santé de la mère et de l’enfant, mais trouve que «beaucoup reste à faire». Selon lui, les résultants de l’ERB SONU 2018 et de la mission exploratoire dans les zones d’intervention de l’UNFPA peuvent aider à «mieux cerner les problèmes et apporter des solutions afin qu’aucune femme ne meurt en donnant la vie». Il a enfin lancé «un plaidoyer fort aux acteurs impliqués dans la santé maternelle et infantile», pour qu’ils fédèrent leurs actions avec le ministère de la Santé «pour une meilleure prise en compte des résultat de l’ERB SONU et de la mission exploratoire », afin de contribuer à la réduction du taux de mortalité maternelle et infantile au niveau fixé par le gouvernement dans ses documents de politique en matière de santé.

Auparavant, le Représentant Résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, avait rappelé que l’objet de l’atelier est d’œuvrer à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale en se basant, entre autres, sur les résultats de l’ERB SONU 2018, soulignant que «le décès maternel est le point de départ d’un avenir brisé pour une famille » et qu’il a été prouvé par des études scientifiques que «tout décès maternel entraîne généralement la réduction de l’espérance de vie de l’époux et partant celle des enfants». D’où selon lui, l’engagement qui doit être celui de tous, hommes et femmes, «pour contribuer à l’atteinte de l’objectif ZERO décès maternel évitable d’ici 2030», l’un des objectifs des ODD. Pour y arriver, il a cité comme préalables, l’existence de données fiables comme l’ERB SONU comme base de décision et l’intégration des SONU dans toutes les interventions des acteurs, chacun en fonction de ses mandats.

Objectifs et résultats attendus

Les participants ont suivi par la suite deux grandes communications, dont l’une présentée par le Coordinateur du PNSR, Dr. Sidi Mohamed Ould Abdel Aziz, sur les objectifs et les résultats attendus de l’atelier, rappelant les chiffres effrayants de la mortalité maternelle  (582 pour 100.000 naissances vivantes), celle de la mortalité néonatale (29 pour 1.000) et de la mortalité infantile (34 pour 1.000). Il compte, dira-t-il en substance, sur l’Enquête démographique et de santé (EDS) prévue cette année, pour traduire dans les chiffres, les efforts consentis ces dernières années dans ce domaine.  Il a déploré les nombreux décès maternel à Nouakchott dus à l’éclampsie, et les décès à l’intérieur du pays dus à l’hémorragie, à l’infection, ou à d’autres causes liées à des consultations prénatales ou à des orientations mal faites, sinon à la mauvaise gestion des ressources humaines qui explique la concentration du personnel à Nouakchott plutôt qu’en régions.

Les opportunités existent selon Dr. Sidi Mohamed Ould Abdel Aziz pour renverser la tendance, citant la SCAPP 2016-2030, le PNDS, la loi sur la santé de la reproduction et son décret d’application, non sans évoquer les défis qui persistent, comme la faiblesse des infrastructures et des services SONU de qualité, les moyens limités en équipements et en médicaments, la qualité de la ressource humaine et l’absence de coordination pour l’intervention des acteurs et partenaires.

Principaux résultats de l’ERB SONU 2018

Dr. Kane Amadou Racine, ancien Coordinateur du PNSR et ancien fonctionnaire international à l’OMS, a présenté les résultats de l’ERB SONU 2018 qui a ciblé les 9 Wilayas (sur les 15 que compte la Mauritanie), là où les taux de mortalité maternelle et néonatale sont les plus élevés. Il s’agit des deux Hodhs, Assaba, Gorgol, Guidimagha, Adrar, et les  3 Wilayas de Nouakchott, soit un échantillon de 201 formations sanitaires.

Si l’objectif spécifique de l’enquête, selon Dr. Kane est de guider les décideurs dans la planification et l’allocation des ressources nécessaires pour renforcer le système de santé en utilisant les SONU comme porte d’entrée, l’objectif global est de faire le point sur les formations sanitaires disposant de services SONU, d’apprécier leur répartition, la qualité de la ressource humaine et des soins  prodigués aux patients, mais surtout la disponibilité du matériel vital (ventouse, aspirateur oral) et des médicaments essentiels (antibiotiques, utérotoniques, anticonvulsivants, contraceptifs).

Il a évoqué ensuite les résultats de la mission exploratoire des zones d’intervention de l’UNFPA dans les deux Hodhs, Assaba, Gogol, Guidimagha et Nouakchott, et leur recoupement avec l’ERB SONU, à savoir la non éligibilité de la quasi-totalité des formations sanitaires aux normes fixant la qualité de SONU B. La plupart des centres de santé manquent en général d’une ou deux fonctions, voire trois, dont les plus récurrentes sont la ventouse et l’aspirateur.

La fin de l’atelier a été marquée par un panel des partenaires au cours duquel, les principales agences, les organisations nationales et internationales ont chacun expliqué les actions qu’ils mènent dans le domaine de la santé de la mère et de l’enfant en Mauritanie.

Réactions 

Les réactions ont été nombreuses et le débat animé aux termes des deux communications.

Zeynabou Taleb Moussa, présidente de l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (AMSME) : «je me demande pourquoi personne n’a rien fait pour combler le gap, en mettant à disposition le matériel manquant, ventouse et aspirateur manuel, ce qui empêche la majorité des structures de santé d’être SONU B».

Vatimetou Mint Moulaye, Présidente de l’Association des Sages-femmes : «il n’y a pas eu de progrès depuis la première enquête SONU de 2013, par rapport surtout à ce manque récurrent d’un matériel aussi vital et peu coûteux que la ventouse au niveau des formations sanitaires »

Cheikh Aïdara

 


Atelier sur l’Enquête SONU 2018 Mauritanie, deux experts de l’UNFPA font le tour des partenaires

En prélude à l’atelier du lundi 29 juillet 2019 destiné à la restitution des résultats de l’Enquête Rapide sur les Besoins en Soins Obstétricaux et Néonataux d’Urgence (ERB SONU) 2018 en Mauritanie financée par le Projet SWEDD, le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) a mobilisé deux experts internationaux spécialistes de la santé maternelle et infantile pour faire le tour des partenaires.

Dr. Azendegbe Nestor (à gauche) et Dr. Dahada El Joud (à droite) les deux consultants de l’UNFPA (Crédit Aidara)

Du 22 au 25 juillet 2019, Dr. Azandegbe Nestor, Consultant international, ancien Conseiller Régional à l’OMS et ex-Représentant résident de l’UNFPA et Dr. Dahada El Joud, MPH, PhD en Santé de la Mère et de l’Enfant, Consultant international, accompagnés de deux cadres de l’UNFPA, Bocar MBaye, Chargé de Programme Santé de la Reproduction (SR) et Planification Familiale (PF) et Brahim Vall Mohamed Lemine, Chargé de Programme Population et Développement, ont fait le tour de certains partenaires intervenant dans le domaine de la santé maternelle et infantile pour les préparer à l’atelier du 29 juillet 2019 relatif à la restitution de la dernière enquête sur les SONU réalisée en 2017-2018. Cette enquête a été menée dans 9 régions sur les 15 que compte le pays.

Dans toutes leurs rencontres, les experts ont insisté sur la nécessité de mettre en place des SONU de qualité dans les centres de santé, soulignant qu’en agissant sur les grossesses et les accouchements compliqués, qui ne représentent que 15% de cas, on réduit de trois quart le nombre de décès maternel et infantile, et cela en l’espace de 3 à 5 ans.

Rencontre entre les consultants et le Coordinateur du PNSR (Crédit Aidara)

PNSR. Au cours de leur entretien avec Dr. Sidi Mohamed Abdel Aziz, Coordinateur du Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR), la discussion a buté essentiellement sur les critères de classement des SONU en SONU B ou SONU C, trouvant que pour une ou deux fonctions manquantes (banque de sang et aspirateur manuel en général) sur les sept ou neuf retenues par les normes internationale, un pays comme la Mauritanie se retrouve avec une seule structure classée SONU B.

Rencontre avec le Coordinateur du Projet SWEDD accompagné de son collègue du PNSR (Crédit Aidara)

Projet SWEDD. Avec M.Mélaïnine Eyih, Coordinateur du Projet «Autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel» ou Projet SWEDD, le débat a porté sur l’absence du volet Santé de la Reproduction, pourtant prévu initialement, dans les projets financés par le projet SWEDD, notamment dans sa composante 2. Il a cependant indiqué les efforts consentis dans l’achat et la mise à disposition des médicaments ainsi que dans la formation des élèves et le renforcement des capacités des praticiens au niveau de l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences de la Santé (ENSSS). Les résultats de l’ERB SONU 2018, permettront selon lui la mobilisation des ressources pour la SR dans le Projet SWEDD Phase 2.

Rencontre avec la directrice (Crédit Aidara)

ENSSS. Avec Dr. Zeynabou Haidy Haimoudan, Directrice de l’ENSSS, l’accent a été mis sur la formation des élèves, notamment les sages-femmes, dans la prise en charge des urgences obstétricales. Toute la santé de la mère et de l’enfant dépend, selon les experts, sur la qualité de ceux qui seront formés dans cette école, érigée grâce à l’appui de l’UNFPA au rang de Centre de référence régionale avec système de mentorat, a souligné la directrice.

Le CCoordinateur du Projet INAYA face aux consultants (Crédit Aidara)

Projet INAYA. L’entretien avec M.Mohamed Mahmoud Khattry, Coordinateur du Projet INAYA lancé en janvier 2019 sur financement de la Banque Mondiale et logé au Ministère de la Santé, a permis aux experts de saisir l’importante révolution que cette unité est en train d’apporter dans le mode de financement de la santé en Mauritanie. En effet, le Projet INAYA est lié par contrat résultat aux formations sanitaires qui sont rétribués en fonction des bilans qu’ils apportent dans l’amélioration des services de santé. Le projet opère dans sa phase pilote au Guidimagha et au Hodh Gharbi, avec élargissement en 2020 au Hodh Charghi.

Avec Dr. Mohamed Cheikh de l’OMS (Crédit Aidara)

OMS. Dr Mohamed Ould Cheikh du Bureau OMS Mauritanie, a affirmé aux consultants de l’UNFPA que son institution «attend de voir les résultats de l’enquête pour savoir où en sommes-nous et comment épauler le pays sur la base de données fiables ». Pour des SONU de qualité, capables de faire reculer la mortalité maternelle et infantile, il faudrait selon lui, accompagner la démarche par une plus grande vulgarisation des directives de l’OMS et encourager une politique de délégation des tâches au niveau des formations sanitaires.

Entretien avec Dr. Sidi Ould Zahaf de l’UNICEF (Crédit Aidara)

UNICEF. Avec Dr.Sidi Ould Zahaf de l’UNICEF, il a été plutôt question de la synergie des efforts entre les principales agences des Nations Unies travaillant sur les questions de la mère et de l’enfant, notamment dans les zones de convergence.

En compagnie de Mohamed Vadel de la Banque Mondiale (chemise bleu) -Crédit Aidara

Banque Mondiale. Mohamed Vadel Taleb Hacen de la Banque Mondiale s’est quant à lui réjoui de la coïncidence entre l’organisation de l’atelier du 29 juillet sur les résultats de l’ERB SONU et l’arrivée d’une mission du Global Financing Facility (GFF), un mécanisme de financement mondial de lutte contre la mortalité maternelle et infantile qui vient d’accepter la Mauritanie, après deux tentatives infructueuses. D’importants financements additionnels sont ainsi attendus.

A l’AFD (Crédit Aidara)

AFD. A l’Agence Française de Développement (AFD), les experts n’ont pas pu rencontrer la personne directement responsable du volet Santé (parti en congé), mais se sont entretenus avec Anne-Sixtine Vialle-Guerin, Chargée de projets-Education et qui a été chargée par son collègue absent de la remplacer. L’occasion pour les consultants de rappeler les efforts déjà consentis par l’AFD dans le domaine de la santé en Mauritanie, notamment le financement de l’enquête SONU en 2013 et sa participation active dans tout le processus jusqu’à la restitution des résultats.

A l’AECID avec le Coordinateur Général en chemise et cravate (Crédit Aidara)

AECID. L’entretien avec M.Juan Lavin Suarez, Coordinateur Général de la Coopération Espagnole en Mauritanie (AECID) a permis de constater une certaine convergence d’intérêt par rapport à la santé de la mère et de l’enfant, bien que pour l’AECID, la priorité est accordée à la malnutrition. Néanmoins, M. Juan a souligné les efforts déployés depuis des années par son institution dans la construction et l’équipement de services de santé primaire, notamment dans les régions Sud du pays (Trarza, Brakna,Gorgol, Guidimagha).

Les experts ont rencontré par la suite d’autres acteurs, comme  l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF) et la Coopération belge.

Cheikh Aïdara


Un nouveau leader politique nommé Birame Dah Abeid

Quid de la cérémonie d’envergure organisée au Palais des Congrès de Nouakchott, lundi 22 juillet 2019, par le candidat à la présidentielle de 2019, Birame Dah Abeid et ses soutiens ?

Birame Dah Abeid entouré de ses soutiens (Crédit Aidara)

Après s’être illustré sur le plan international pendant des années comme champion des droits de l’Homme, portant la cause antiesclavagiste comme une Croix, ce qui lui vaudra durant plus d’une décennie emprisonnements, brimades et exactions chez lui, mais aussi honneurs et médailles ailleurs, y compris un prestigieux Prix des Nations Unies en 2013, Birame Dah Abeid, leader abolitionniste, président du mouvement mondial Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA Mauritanie) se révèle incontestablement comme le deuxième homme fort du pays. Après sa deuxième place lors de la présidentielle de 2013 où il se positionna juste derrière le président de la République en exercice, coiffant au poteau deux poids lourds de l’échiquier politique national, il a réitéré l’exploit lors de la présidentielle du 22 juin 2019.

Seydina Ali Mohamed Khouna, ministre porte-parole du gouvernement, en turbaon bleu (Crédit Aidara)

Non seulement il a déjoué tous  les pronostics, en se plaçant derechef juste derrière le candidat du pouvoir, coiffant pour la deuxième fois au poteau, un ex-Premier ministre soutenu par une large coalition de partis de l’opposition, de la majorité révoltée et d’une pléthore de personnalités indépendantes, ainsi que deux autres candidats d’envergure, il a triplé son score. Sa popularité déjà acquise, malgré les fraudes électorales sans lesquelles il aurait certainement forcé, pour ne pas dire mieux, le candidat du pouvoir au deuxième tour, fait qu’aujourd’hui, Birame Dah Abeid est désormais incontournables sur l’échiquier politique mauritanien.

Cependant, c’est un tout autre Birame qui s’est révélé pendant et après le scrutin de 2019. Un leader antiesclavagiste qui s’est mué en l’espace de deux scrutins présidentiels en un fin stratège. Son pragmatisme politique qui le pousse aujourd’hui à acculer le pouvoir autour d’un dialogue consensuel pour arracher par la négociation autant de concessions en faveur d’une cohabitation pacifique avec le pouvoir actuel, prolongement de celui qui lui succédera dans une semaine, en a dérouté plus d’un. D’aucuns auraient voulu le voir prolonger la confrontation avec le pouvoir, ce qui aurait eu des conséquences imprévisibles sans apporter des solutions viables pour une population mauritanienne exsangue et vidée déjà par dix années d’une gouvernance anarchique et coûteuse.

Le ministre Amédi Camara (2ème à partir de la gauche) (Crédit Aidara)

Ce revirement d’une lutte par la rue, jadis marque déposée du mouvement IRA qu’il dirige, vers une politique de concertation et de dialogue, a ainsi transparu lors de la cérémonie que sa coalition  a organisée lundi 22 juillet 2019 au Palais des Congrès de Nouakchott. Le discours que Birame Dah Abeid a prononcé durant cette soirée, en présence de deux ministres du gouvernement, Seydina Ali Ould Mohamed Khouna et Amédi Camara, en plus d’un gotha appréciable de la société civile et de personnalités d’envergure comme le président de la Commission nationales des droits de l’homme et le Bâtonnier de l’Ordre national des avocats, a été clairvoyante, conciliante mais ferme dans ses principes.

De G. à Dr. Kane Hamidou Baba, Sidi Mohamed Boubacar et Mohamed Maouloud (Crédit Aidara)

La pertinence de la position postélectorale que les candidats de l’opposition, Mohamed Maouloud, Kane Hamidou Baba, Sidi Mohamed Boubacar avec Birame Dah Abeid ont choisi pour décongeler une scène politique longtemps figée dans une animosité qui a fini par empoisonner la vie de tout un peuple, est sans doute la solution la plus intelligente qui pourrait marquer la cohabitation future, entre la majorité formée par le camp du prochain président, Mohamed Ould Ghazwani, et le nouveau pôle recomposé de l’opposition démocratique.

Cheikh Aïdara


Finale Sénégal-Algérie, ça se passe ici à Nouakchott

La finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2019 prévue le 19 juillet au Caire opposera le Sénégal à l’Algérie. Un remake de la rencontre des poules qui a été sanctionnée par la victoire au 1er tour des Fennecs sur les Lions de la Téranga sur le score étriqué de 1 but à 0. La finale qui chauffe déjà les rues du Caire, de Dakar et d’Alger, risque cependant de prendre un goût tout particulier à Nouakchott.

La capitale mauritanienne avait en effet vibré dimanche lors de la qualification du Sénégal et de l’Algérie aux dépens respectivement de la Tunisie et du Nigéria. Des défilés monstres motorisés ont déchiré les avenues de Tevragh-Zeina, quartier chic résidentiel de Nouakchott, où les habitants sont sortis en masse brandissant les drapeaux de l’Algérie à bord de leurs luxueuses voitures. C’est la partie arabe de la population qui festoyait déjà la victoire des Fennecs avec un accent de succès prévisionnel sur le Sénégal.

Au même moment, des défilés à pied, à motos, vélos et charrettes à traction animale déchiraient les rues de Sebkha, El Mina, et autres quartiers à dominance négro-mauritanienne pour saluer avec fracas la qualification du Sénégal à la phase finale de la CAN, 27 ans après la mémorable finale de 2002.

Le 19 juillet prochain, Nouakchott sera ainsi silencieusement divisé tout au long des 90 minutes qui opposeront Sénégalais et Algériens. La victoire de l’une ou l’autre équipe transformera Nouakchott en un brasier de réjouissances, car l’ampleur des défilés des victorieux, dépassera de loin, la nuit où les Mourabitounes avaient arraché leur première qualification à la CAN aux dépens du Botswana.

L’espace d’un match, et les Mauritaniens comprendront combien ils sont divisés, en politique comme en football.

Cheikh Aïdara